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Quel modèle de société ?

Quatre modèles de société

La mise en question du modèle de société dans notre pays est de plus en plus patente. Différents rapports sur l’intégration en sont des analyseurs. Deux modèles sont d’ores et déjà en conflit, l’universalisme républicain et le différentialisme.

Le modèle rationnel. L’universalisme Républicain est devenu une prétention exorbitante au point de vouloir s’imposer au monde entier. Justifié par une interprétation opportuniste des Lumières et de la Raison il fait de la rationalisation de la cité un idéal. Seulement une organisation rationnelle tutélaire y exerce le pouvoir : l’Etat. En fait c’est une oligarchie élitiste qui gouverne à partir de ses bonnes Raisons, et de son monopole de la détermination et du jugement de l’intérêt général. Cet universalisme de la raison supérieure réduit ce qui fait la singularité de chaque être humain et chaque communauté culturelle à ses normes, uniformes. C’est donc là un anti-humanisme qui fait de l’accessoire, la raison, l’essentiel et de l’essentiel de l’humanité en l’homme une tare à éliminer… C’est pour cela que l’émancipation de toute origine et racine culturelle, familiale et religieuse, leur éradication est posée publiquement comme finalité de l’école et le conditionnement normatif aux productions de la raison comme la méthode de formatage et de sélection des élites. Cet universalisme abusif crie au loup dès qu’il faut prendre en considération quelque différence non dûment rationalisée. Ce projet est toujours à l’oeuvre au nom de l’égalité, une « valeur » dénuée de rigueur conceptuelle en l’occurrence. Dans ce modèle il y a la société civile, une société inférieure, sous tutelle y compris ses prétentions démocratiques. C’est le terreau sur lequel prélever des ressources, exercer un contrôle normatif, ruser avec les passions, justifier ses fonctions propres, et jouer avec des libertés fantasmées conçues comme accès aux droits distribués par l’Etat et sous son contrôle. Les étrangers sont invités à se fondre dans cette société civile et toute communauté est suspecte ce qui fait que le lien social est sous la dépendance de l’Etat et la foule de ses structures intermédiaires et associations en mission de service public c’est-à-dire de l’Etat. On notera que l’assistanat est indispensable pour tenir en dépendance la société civile, qu’elle soit bénéficiaire ou ponctionnée, ou les deux.

Le modèle passionnel. Le différentialisme. La révolte contre le système précédent se fait au nom des différences et de la conflictualité attachée à leurs revendications ou leur défense. Les hommes sont identifiés à leurs passions et leurs rapports de force justifiés par des différences apparentes forcément inégalitaires. Chaque groupe s’identifie à la défense de ses intérêts et leur légitimité historique. Celle-ci vient de l’oppression des autres groupes, alliés quelques fois dans quelque conflit mais adversaires par réduction aux différences patentes et leurs conflits existentiels. A certains d’origines étrangères on donnera un pouvoir d’agir qui serait plutôt « pouvoir de réagir contre »… les autres. D’autres verront dans le multiculturalisme une menace pour leur identité propre pendant que d’autres le revendiquent. D’autres encore, réunis en groupes d’intérêts corporatistes chercheront à gagner contre tous les autres. Des communautés d’identité défensive alimenteront le fameux communautarisme par leur intégrisme ethnique, religieux, philosophique ou même économique. Le régime des passions est aussi celui du populisme. On notera que le peuple est appelé à se révolter contre l’oppression désignée, celle des autres qui n’en font pas partie. De ce fait les « milieux populaires », le peuple de gauche ou de droite, sont convoqués à cette résistance ou cette révolte en solidarité avec d’autres communautés discriminées avant de combattre contre leurs prétentions. Des mouvements comme le féminisme, le LGBT, les ex colonisés, les antirascistes ostracistes, les racistes exclusifs, alimentent un populisme généralisé ou chacun se juge l’opprimé de l’autre et légitime ainsi sa défense et ses attaques. Ce modèle de société qui a eu ses heures de gloire avec la lutte des classes et les conflits mondiaux du siècle dernier reste toujours agissant, celui de tous contre tous, de l’autre comme menace. C’est l’un des modèles jugé réactionnaire par le modèle universaliste étatique dit républicain.

Mais ces deux modèles ouvrent sur une autre alternative décisive, la voie de la facilité ou la voie de l’exigence humaine.

Le modèle naturel. Les lois de la nature des choses régissent les affaires humaines croit-on. Alors n’ayant de cesse de dénoncer les atteintes de l’homme à la nature par tous les actes de civilisation et de progrès matériel consommatoire, le retour au naturel est le leitmotiv d’une néo modernité. Vie naturelle, empreinte minimale, respect des besoins naturels et des comportements instinctifs, valorisation de l’enfance et des âges premiers, bons sentiments, relations spontanées, sont autant de critères de bonne conscience où la biologie fait figure de sacré. La vie est un jeu que les autres sont invités à partager. Mais la nature des choses s’exprime aussi dans les lois scientifiques, sociologiques, technologiques même. Dès lors de nouveaux modes de vie respectueux des évolutions biologiques, bio technologiques, d’une économie naturelle dans ses lois et ses productions durables intègrent aussi des relations dégagées de morales et d’exigences qui n’ont pas lieu d’être selon la nature des sentiments et des besoins ressentis. Ce modèle qui s’exprime dans des milieux de proximité ou dans des mouvements mondialisés, dans le local et le global, rejoint le rapport quasi religieux à la terre et à la planète reliées par des systèmes qui tissent les liens d’un transhumanisme, ou d’un post humanisme pour d’autres. La conscience comme évidence collective, se débarrasse des exigences et des disciplines de maîtrise de la nature et de la nature humaine et s’érige en éthique de la nature. Dès lors, au nom de la nature des choses ou des pulsions, toutes les monstruosités sont possibles. Rappelons-nous la place de l’éthique naturaliste dans le nazisme ou de l’éthique sociale égalitaire du stalinisme. Ce ne sont pas des accidents mais les conséquences d’un déni d’humanité.

Le modèle communautaire. La communauté de bienveillance veille au bien de chacun et au bien commun. Comment penser bien commun sans une communauté, une conscience collective, un Sens donné au bien commun qui soit le bien de tous parce que celui de chacun. Le bien humain est dans son devenir, ce que vivre veut dire qui n’est pas survivre. Veiller au bien ce n’est pas autre chose que veiller à ce devenir. Bienveillance nourricière, éducative, économique, politique telle est la responsabilité de chacun et le service qu’il reçoit de la communauté et des autres. Ainsi chacun est à la fois source de bienfaits pour la communauté selon ses potentiels et singularités et à la fois bénéficiaire de bienfaits de par la communauté et les autres. Mais chaque petite communauté est aussi membre de plus grandes et fait l’objet de bienveillance de même que l’on peut attendre sa bienveillance à l’égard de la communauté plus grande et ainsi jusqu’aux plus grandes, territoriales ou non. C’est ce qui permet la diversité culturelle, religieuse et l’altérité des personnes dans un rapport réciproque de bienveillance mutuelle au sein de communautés de devenir. Penser le rapport de bienveillance qui est un respect mais orienté vers un devenir commun et aussi singulier, amène à penser toutes ses formes et ses pratiques, ses degrés et ses déviances. La communauté de bien est donc la base de toute société et de toutes les affaires humaines lorsque le bien humain est le critère de valeurs et donc d’éthique c’est-à-dire un humanisme véritable. Le modèle communautaire n’est pas un angélisme puisque toujours à l’oeuvre au travers de toutes les affaires et les situations humaines. Il est cependant le seul capable de les réguler en rapport avec un Sens du bien commun associé au développement et l’accomplissement humain. Politique et démocratie, économie et activités, éducation et développement sont tous à penser et réaliser sous le régime de la bienveillance, non sans exigences de réciprocité. C’est bien sûr comme cela que doit être accueilli tout autre, nouveau né ou étranger, personne ou communauté.

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Racisme, le temps des pompiers pyromanes

« Raciste » est devenu l’invective ultime. Les officines de communication, férues de storytelling élémentaire le signifient sans le dire à longueur de commentaires et de communiqués twiterrés au petit matin. Tel quotidien, épris de liberté, dénonce un groupe de députés au «front bas». Le front «national» en est évidemment considéré comme le repaire emblématique qu’il suffit de désigner pour stigmatiser les complicités larvées. La référence au temps de l’occupation est de rigueur et Hitler est l’étalon de mesure de toute malignité politique. On ne fait pas dans la demi-mesure ces temps-ci.

Ostracisme, xénophobie, communautarisme, multicuturalisme, différentialisme, anti-jeunisme, homophobie, anti-féminisme, intégrisme, repli identitaire, haine de l’autre sont devenus les figures du racisme qui les subsume. Il est vrai qu’au début du XX ème siècle encore, comme le montre Gustave Le Bon et sa psychologie des foules (1895), le terme de race est utilisé comme un identificateur culturel, familial, familier. Si le Littré qui le confirme témoigne aussi d’une acception zoologique, ce n’est qu’avec une réduction matérialiste, naturaliste que la race et le racisme sont maintenant référés à une conception biologique de l’humain. On en vient même à parler de racisme anti-musulman comme on l’a fait d’un racisme anti-juif. Comme si cela se ramenait à une question biologique, génétique. Pourtant les termes précédents posent des problèmes d’altérité humaine qui n’ont guère de sens en biologie.

L’accusation de racisme est donc une interprétation déviante d’une problématique réelle où la peur de l’autre induit un repli sur soi qui peut aller jusqu’à la haine de l’autre. Le déni de l’autre pour dénoncer la haine de l’autre telle est l’équation commune de l’anti-racisme ordinaire !

Cependant, le problème est réel et son antinomie c’est la fraternité. Il est vrai que la notion de fraternité qui écorche la langue des réducteurs d’humanité, est remplacée par celle de solidarité. Un peu de colle rend deux morceaux de bois solidaires, pas fraternels. Une troupe animale ou un système végétal peuvent se dire solidaires, pas fraternels. Le «vivre à la colle» d’antan n’impliquait pas forcément une grande «fraternité» et le pacte civil de solidarité vient y mettre bon ordre de droit. Or la fraternité est ce qui constitue le lien communautaire d’humanité, d’humanité seulement. La collection n’est pas communauté, et la collectivité pas toujours. La haine de l’autre, tournée vers des communautés honnies et même taxées de racistes, vient s’y opposer et c’est bien là qu’est le mal, le déni de fraternité, le déni de communauté véritablement humaine.

Il est des situations humaines où le sentiment de faiblesse associé à quelque peur exogène, conduit à se rassembler sous la protection d’une communauté englobante, matricielle même, pour se sentir plus sûr, plus en sécurité. Des régressions archaïques, fusionnelles, confusionnelles, privilégiant le bain émotionnel en dérivent, tant du côté du repli protecteur que de la violence défensive. A l’extrême on peut même se sacrifier pour survivre (autrement) à vouloir terroriser ceux qui nous terrorisent. Nous sommes à proprement parler dans la para-noïa. Cette fausse connaissance renvoie à un savoir certain de la malignité des autres, figure en miroir de l’épreuve du mal en soi, de la peur et la terreur, de la culpabilité même à réifier en meurtre quelques fois. L’autre est altération de soi, menace sur son intégrité qui porte à la défense intégriste, offensive, vitale. Tels sont les mécanismes de ces symptômes que l’antiracisme veut condamner. Sans appel.

Mais d’où vient cette peur traduite en peur de l’autre, devenu menace insupportable? Nous sommes submergés par les catastrophismes, dénoncés de ne pas y communier, nous sommes provoqués à nous méfier de tous ces «racismes» déclarés ou larvés que de bonnes âmes nous désignent. Nous sommes invités à nous soumettre à un universalisme qui laisse chacun seul devant le système du monde sauf à nous placer sous la tutelle d’un Etat, bien marri aujourd’hui d’un individualiste ambiant qu’il n’a cessé de tricoter pour son propre compte.

Le cercle vicieux est installé. La peur des uns, leur sentiment de faiblesse se conforte dans le repli, la régression, qui renforce les peurs, la sensibilité émotionelle. Les grands manipulateurs de l’émotion publique (source de l’opinion publique) en rajoutent à chaque occasion ou ne cessent de créer des occasions. L’inquiètement public est l’action des sphères qui nous veulent du bien disent-elles et particulièrement en dénonçant les menaces qui nous guettent. Le ciel pourrait nous tomber sur la tête. Il ne faut donc pas croire au ciel et nous méfier des magiciens qui voudraient nous pousser à quelque béatitude post-prandiale nous mettent-ils en garde. Avoir peur est un devoir, dénoncer les sources de la menace la vertu des grands démocrates. Dénoncer l’autre, le raciste donc, voilà le grand oeuvre de solidarité publique.

Il est des temps de plus grande fragilisation de l’humanité, ceux du changement et paradoxalement ceux des mutations qui nous font progresser. C’est souvent au travers de crises que ces épreuves décisives nous font grandir grâce au dépassement par une nouvelle maîtrise des affaires humaines. Nous sommes dans ce temps-là d’une mutation de civilisation. Mais ce type de passage comme le savent les professionnels du changement, éducatif ou thérapeutique, est délicat. On y a besoin de l’aide de l’autre, de la communauté de soutien (et pas de repli). C’est aussi le rôle de l’autorité en commençant par l’autorité parentale, différenciée. Le danger est d‘être submergé par l’angoisse, celle de toute remise en question pour progresser humainement parlant. L’épreuve de dépassement est menacée par les inquiètements opportunistes de ceux qui ne veulent pas grandir qui ne veulent pas que les hommes grandissent que leurs communautés grandissent. Les «project killers» sont au premier rang, dénonçant par avance les catastrophes que le fait d‘avancer ne manquera pas de provoquer par la faute de l’homme, des autres s’entend. Plus facile de régner sur un monde angoissé que d’y exercer une autorité repère, exposée donc.

Partout dans le monde les signes d’un renouveau, d’une Renaissance, se manifestent avec peut-être moins de coupages de têtes qu’en d’autres temps. Ceux qui veulent être maîtres du monde, universel, maîtres de la Raison unique, la leur, sont aux abois. Il crient au racisme, au communautarisme alors que les communautés de bien, que le Sens du bien commun ne cessent d’inspirer d’autres logiques. Même internet, l’espace permissif de tous les débordements, mature aussi en espaces communautaires qui, en grandissant. se font communautés de bien. Mais n’est pas Obama qui veut…

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Laïcité et signes religieux

Mon ami Jamel Gharbi, universitaire, m’a demandé d’apporter un éclairage sur ces questions de minarets, de burka, de voile, si actuelles et récurrentes, bref des manifestations publiques de signes (ou d’actes) religieux. Un pays aussi intelligent que le notre devrait manifester sa clairvoyance, fort de ses valeurs de laïcité. Ce n’est pas cela qui se manifeste le plus avec des débordements émotionnels et des déclarations définitives, menaçantes mêmes, qui tiennent lieu de réflexion. En fait il y a plusieurs Sens à la notion de laïcité qui mériteraient débat pour y voir clair dans les positions à tenir et les pro-positions à faire aux membres de la communauté nationale. Là aussi il y a un non dit qui craint d’être dévoilé, qui craint l’effort de discernement que le thème de laïcité positive a sollicité il y a peu. Une expression du promoteur de cette formule est de distinguer une laïcité qui s’oppose à toute religion et une laïcité qui accepte toutes les religions dès lors qu’elles respectent un pacte démocratique.

De fait comme tout concept il a plusieurs Sens (humains) qui varient selon les usages, les milieux, les intentions. Je souligne ici que l’Humanisme méthodologique est une anthropologie du Sens comme propre de l’homme et qu’ont été développées des méthodes d’élucidation des Sens, applicables aux concepts et leurs usages. C’est une telle analyse, réalisée il y a plus de 20 ans, que je vais utiliser ici. Un texte plus récent datant de l’affaire du voile en donne des indications plus approfondies avec l’exploration de la notion de spiritualité humaine : les Sens de la laïcité .

Comme pour l’identité nationale il y a un déni de réalité associée à une posture combative dénonciatrice. Le fait est que des gens comme Vincent Peillon sont caractéristiques du problème. Il a d’ailleurs piqué une crise (d’absentéïsme) Jeudi soir à la télévision (14 01 2010). Notons que c’est un spécialiste de la philosophie républicaine et fin connaisseur de Ferdinand Buisson qui aurait créé le substantif de laïcité. Il a d’ailleurs publié au Seuil il y a huit jours un livre intitulé « Une religion pour la République » et en 2008 « La Révolution française n’est pas terminée ».

La problématique passionnelle du 19 éme siècle et du début du 20 ème a mis le problème sous le tapis. Un de ses aspects est le projet toujours en vigueur d’éradication du christianisme et de toute religion quitte à y puiser ostensiblement ou discrètement des valeurs. Une laïcité de combat est aussi porteuse de l’ambition plus qu’ambigüe de créer une nouvelle religion rationaliste. Cela n’a jamais été un projet démocratique, ni explicite pour le grand public. C’est cela qu’il ne faudrait pas dévoiler avec le fait que l’identité nationale est radicalement incompatible et que tout signe religieux est par définition à bannir sauf ceux de la nouvelle religion. Pour ses tenants il n’y a pas de débat possible sauf à risquer le dévoilement, du fait aussi que cette conception de la république n’a rien à voir avec la démocratie.

Il faut dire cependant que sauf à être manichéen, cette critique ne sanctifie pas automatiquement ceux qui ne sont pas d’accord. Les combats de mauvaise foi n’ont pas manqué à l’époque ni aujourd’hui. Pour différentes raisons dont le mouvement du monde et l’émergence d’un nouveau discernement cette position est en crise, ce qui explique des symptômes de sociopathie ou encore l’adoption des pires positions culturelles (Cf  l’article : l’identité française).

Pour en revenir à la laïcité quatre Sens se dégagent schématiquement avec chacun un rapport aux signes religieux.

La laïcité libertaire : chacun fait ce qui lui plait sans contrainte spirituelle, tous les signes religieux sont permis. La liberté individuelle prime sur toute autre considération et notamment exclue le religieux de la vie communautaire pour préserver une neutralité du collectif afin de préserver la liberté individuelle. Les signes religieux sont disqualifiés de leur valeur symbolique, neutralisés en quelque sorte.

La laïcité sectaire : Il s’agit de l’imposition d’une norme antireligieuse, les signes religieux sont interdits. La conscience individuelle propre est disqualifiée lorsqu’elle ne se confond pas avec l’exercice d’une norme intellectuelle formelle de nature juridique, scientifique, administrative. Le rationalisme en a fourni largement les arguments.

La laïcité intégriste : Il s’agit de l’imposition d’une nouvelle religion sans Dieu. Les signes de cette religion laïque s’imposent dans un but d’emprise sur les esprits. En général des rituels et des signes religieux sont repris au nom d’un symbolisme des apparences conservant la lettre et en réïfiant l’esprit (confusion du symbolique et du magique).

La laïcité communautaire : Le Sens du bien commun est aussi le Sens de l’existence individuelle qui n’a d’autre lieu que la cité des hommes que chaque communauté de vie et d’engagement représente. Les signes y sont langage commun de co existence. Sous réserve de référence au Sens du bien commun, la libre expression individuelle s’exprime dans ce langage collectif. Ainsi les signes religieux doivent être « traduits », interprétés dans le langage communautaire, un langage des signes mais aussi des actes.

Dès lors, il est du ressort de chaque communauté (locale, institutionnelle, régionale, nationale etc.) de réguler les formes d’expressions, religieuses ou non, de ses membres. Si le Sens en est spirituel la forme en est culturelle. Peut-être conviendrait-il d’élucider le Sens spirituel des signes en débat avant de les traduire dans les formes culturelles appropriées et d’éviter de prendre la forme pour le Sens et tout Sens spirituel pour celui du bien commun.

Pour la laïcité communautaire l’espace public n’est rien d’autre que l’espace communautaire exigeant d’ailleurs d’intégrer la complexité des ensembles communautaires. L’Humanisme méthodologique propose avec le paradigme communautaire une nouvelle approche des questions de démocratie communautaire par exemple, fondée sur une théorie des communautés humaines.

De ces quatre versions de la laïcité les deux premières s’opposent comme les deux suivantes. La première et la dernière invoqueront la démocratie mais pas la même conception ni la même vision de l’homme. Les deux autres sont de logiques totalitaires. Elles n’ont pas intérêt à se dévoiler dans le contexte actuel et donc à accepter un débat public ou l’expression d’une libre conscience respectueuse des autres.

Est-ce au nom de la liberté de conscience, de l’égalité des droits, et de la fraternité nationale que Mr Peillon a agit et parlé jeudi soir?

Reste encore, pour les religions à savoir ce qu’est leur Sens du bien commun à toutes les échelles c’est-à-dire chaque communauté et distinguer ce qui est expression culturelle de ce qui veut être exprimé. La mutation du monde actuel repose d’une façon plus cruciale la question du statut des représentations. Cesser de leur donner un caractère sacré en soi autrement que par le Sens qu’elles expriment et dans la mesure où ce Sens est Sens du bien commun, d’un accomplissement communautaire des personnes humaines.

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