juillet 2011 archive

Racisme, le temps des pompiers pyromanes

« Raciste » est devenu l’invective ultime. Les officines de communication, férues de storytelling élémentaire le signifient sans le dire à longueur de commentaires et de communiqués twiterrés au petit matin. Tel quotidien, épris de liberté, dénonce un groupe de députés au «front bas». Le front «national» en est évidemment considéré comme le repaire emblématique qu’il suffit de désigner pour stigmatiser les complicités larvées. La référence au temps de l’occupation est de rigueur et Hitler est l’étalon de mesure de toute malignité politique. On ne fait pas dans la demi-mesure ces temps-ci.

Ostracisme, xénophobie, communautarisme, multicuturalisme, différentialisme, anti-jeunisme, homophobie, anti-féminisme, intégrisme, repli identitaire, haine de l’autre sont devenus les figures du racisme qui les subsume. Il est vrai qu’au début du XX ème siècle encore, comme le montre Gustave Le Bon et sa psychologie des foules (1895), le terme de race est utilisé comme un identificateur culturel, familial, familier. Si le Littré qui le confirme témoigne aussi d’une acception zoologique, ce n’est qu’avec une réduction matérialiste, naturaliste que la race et le racisme sont maintenant référés à une conception biologique de l’humain. On en vient même à parler de racisme anti-musulman comme on l’a fait d’un racisme anti-juif. Comme si cela se ramenait à une question biologique, génétique. Pourtant les termes précédents posent des problèmes d’altérité humaine qui n’ont guère de sens en biologie.

L’accusation de racisme est donc une interprétation déviante d’une problématique réelle où la peur de l’autre induit un repli sur soi qui peut aller jusqu’à la haine de l’autre. Le déni de l’autre pour dénoncer la haine de l’autre telle est l’équation commune de l’anti-racisme ordinaire !

Cependant, le problème est réel et son antinomie c’est la fraternité. Il est vrai que la notion de fraternité qui écorche la langue des réducteurs d’humanité, est remplacée par celle de solidarité. Un peu de colle rend deux morceaux de bois solidaires, pas fraternels. Une troupe animale ou un système végétal peuvent se dire solidaires, pas fraternels. Le «vivre à la colle» d’antan n’impliquait pas forcément une grande «fraternité» et le pacte civil de solidarité vient y mettre bon ordre de droit. Or la fraternité est ce qui constitue le lien communautaire d’humanité, d’humanité seulement. La collection n’est pas communauté, et la collectivité pas toujours. La haine de l’autre, tournée vers des communautés honnies et même taxées de racistes, vient s’y opposer et c’est bien là qu’est le mal, le déni de fraternité, le déni de communauté véritablement humaine.

Il est des situations humaines où le sentiment de faiblesse associé à quelque peur exogène, conduit à se rassembler sous la protection d’une communauté englobante, matricielle même, pour se sentir plus sûr, plus en sécurité. Des régressions archaïques, fusionnelles, confusionnelles, privilégiant le bain émotionnel en dérivent, tant du côté du repli protecteur que de la violence défensive. A l’extrême on peut même se sacrifier pour survivre (autrement) à vouloir terroriser ceux qui nous terrorisent. Nous sommes à proprement parler dans la para-noïa. Cette fausse connaissance renvoie à un savoir certain de la malignité des autres, figure en miroir de l’épreuve du mal en soi, de la peur et la terreur, de la culpabilité même à réifier en meurtre quelques fois. L’autre est altération de soi, menace sur son intégrité qui porte à la défense intégriste, offensive, vitale. Tels sont les mécanismes de ces symptômes que l’antiracisme veut condamner. Sans appel.

Mais d’où vient cette peur traduite en peur de l’autre, devenu menace insupportable? Nous sommes submergés par les catastrophismes, dénoncés de ne pas y communier, nous sommes provoqués à nous méfier de tous ces «racismes» déclarés ou larvés que de bonnes âmes nous désignent. Nous sommes invités à nous soumettre à un universalisme qui laisse chacun seul devant le système du monde sauf à nous placer sous la tutelle d’un Etat, bien marri aujourd’hui d’un individualiste ambiant qu’il n’a cessé de tricoter pour son propre compte.

Le cercle vicieux est installé. La peur des uns, leur sentiment de faiblesse se conforte dans le repli, la régression, qui renforce les peurs, la sensibilité émotionelle. Les grands manipulateurs de l’émotion publique (source de l’opinion publique) en rajoutent à chaque occasion ou ne cessent de créer des occasions. L’inquiètement public est l’action des sphères qui nous veulent du bien disent-elles et particulièrement en dénonçant les menaces qui nous guettent. Le ciel pourrait nous tomber sur la tête. Il ne faut donc pas croire au ciel et nous méfier des magiciens qui voudraient nous pousser à quelque béatitude post-prandiale nous mettent-ils en garde. Avoir peur est un devoir, dénoncer les sources de la menace la vertu des grands démocrates. Dénoncer l’autre, le raciste donc, voilà le grand oeuvre de solidarité publique.

Il est des temps de plus grande fragilisation de l’humanité, ceux du changement et paradoxalement ceux des mutations qui nous font progresser. C’est souvent au travers de crises que ces épreuves décisives nous font grandir grâce au dépassement par une nouvelle maîtrise des affaires humaines. Nous sommes dans ce temps-là d’une mutation de civilisation. Mais ce type de passage comme le savent les professionnels du changement, éducatif ou thérapeutique, est délicat. On y a besoin de l’aide de l’autre, de la communauté de soutien (et pas de repli). C’est aussi le rôle de l’autorité en commençant par l’autorité parentale, différenciée. Le danger est d‘être submergé par l’angoisse, celle de toute remise en question pour progresser humainement parlant. L’épreuve de dépassement est menacée par les inquiètements opportunistes de ceux qui ne veulent pas grandir qui ne veulent pas que les hommes grandissent que leurs communautés grandissent. Les «project killers» sont au premier rang, dénonçant par avance les catastrophes que le fait d‘avancer ne manquera pas de provoquer par la faute de l’homme, des autres s’entend. Plus facile de régner sur un monde angoissé que d’y exercer une autorité repère, exposée donc.

Partout dans le monde les signes d’un renouveau, d’une Renaissance, se manifestent avec peut-être moins de coupages de têtes qu’en d’autres temps. Ceux qui veulent être maîtres du monde, universel, maîtres de la Raison unique, la leur, sont aux abois. Il crient au racisme, au communautarisme alors que les communautés de bien, que le Sens du bien commun ne cessent d’inspirer d’autres logiques. Même internet, l’espace permissif de tous les débordements, mature aussi en espaces communautaires qui, en grandissant. se font communautés de bien. Mais n’est pas Obama qui veut…

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Individus et sociétés

Individus et sociétés sont les deux termes dont l’articulation est l’enjeu de toutes les positions et toutes les confusions dans le domaine du politique et de l’économique et aussi du « vivre ensemble ». La plupart des analyses ou des propositions présupposent une conception de l’homme et de la société laissées dans l’ombre au jeu des sentiments et des affirmations péremptoires sur la malignité des autres et les bienfaits assurés. L’individualisme dénoncé cache souvent l’individualisme dénonciateur, la société un espace d’aliénation vendu à nos crédulités.

1 – Les impasses de l’individualisme

L’individualité est une modalité d’existence de la personne humaine. L’individualisme est la réduction de l’homme à cette modalité comme si c’en était l’alpha et l’oméga. Il est souvent assimilé à un égoïsme indifférent aux autres au nom de quoi il s’agirait de le dénoncer et le combattre. Mais au nom de quoi, au nom de qui? Un anti-individualisme en cache quelques fois un autre.

Après tout il s’agit d’une conception de l’homme et de nous-mêmes sur lesquels nous portons jugement humain. C’est avec les moyens élaborés par l’Humanisme Méthodologique que nous allons explorer différentes figures de l’individualisme tel que nous en avons posé le principe. Se conjuguant avec différentes positions d’être, différents Sens et conceptions de l’homme, l’individualisme prend différentes figures, autant de logiques dont la multiplicité permet de brouiller les cartes et de dénoncer facilement l’individualisme de l’autre.

L’individualisme matérialiste.
Élément indivis, on retrouve l’étymologie qui est curieusement la même que celle du terme atome qui veut dire aussi non sécable, indivisible. C’était du moins la vision avant de découvrir que l’atome stable était composé de particules élémentaires et qu’il s’en trouvait instable quelques fois. Ce qui est curieux c’est cet individualisme qui identifie l’individu comme l’élément d’une masse. Cet individualisme ne trouve pas en lui-même les sources d’une quelconque initiative. A l’instar de l’atome qui répond aux lois de la chimie et de la physique, l’individu ici répond aux lois déterministes qui le prennent en masse ceux dune société ou de forces sociales que l’on a voulu décrire. Rien de plus isolé que cet individu rien de plus dépendant. Un individualisme de l’exonération de soi soumis aux forces de la nature. Il n’y est pour rien.

L’individualisme normatif.
C’est un exemplaire d’un modèle établi par la science des modèles et par les lois normatives de ses comportements. Cet individualisme est particulièrement compatible avec un étatisme producteur de normes et qui veille à éviter toute anomalie. La raison explicative s’impose à tous et chacun est justifié par sa conformité aux raisons d’Etat. L’individu est dument identifié, enregistré, numérisé, et il lui incombe de se conformer au même fuyant toute originalité, toute créativité transgressive. Il y va de son confort et de son désintéressement de ses pairs dont il n’est pas responsable, soumis aux mêmes raisons supérieures, tous égaux en droit.

L’individualisme souverain.
Il vise à ne dépendre de rien ni personne et son indépendance est gage de son individualité, de son identité, de sa singularité. C’est à une certaine conception de la liberté qu’il réfère sa souveraineté entièrement vouée à se vérifier par le dégagement de toute responsabilité ou l’engagement des autres à son profit. Il porte la promesse séduisante d’indépendance souveraine qui n’a d’autre fins que de se prouver.
Pouvoir d’emprise ou de séduction sont aussi les trophées de sa réussite mais aussi la source de toutes les jalousies dans ce jeu de miroirs inverses.

L’individualisme idéaliste.
Il vise à atteindre un idéal humain, idéal de conscience et de progrès. L’individualisme idéaliste est occupé à se perfectionner, éducation, formation, sont destinées à établir les compétences selon ses capacités. A ce titre il participe aux projets de civilisation dont le critère et le vecteur sont le perfectionnement humain, c’est-à-dire celui des individus. Pour l’individualisme idéaliste c’est même un devoir que d’édifier l’homme individu. C’est ce qu’on appelle souvent humanisme. Il est vrai que comme cela il échappe aux déterminismes purement matériels et marque sa différence d’avec tout autres choses ou vivant.

Il y a d’autres variantes et conjugaisons mais déjà, quel individualisme dénoncez-vous? depuis quelle position?

L’individualisme souverain abhorre l’individualisme normatif qui le lui rend bien. Libéralisme, social étatisme en sont des caricatures. Opposant liberté et égalité chacun dans un Sens étroit, le sien.

L’individualisme matérialiste et l’individualisme idéaliste ne s’aiment pas comme le collectivisme se moque de l’humanisme. Le premier qui se veut réaliste exige des solidarités nécessaires alors que l’autre postule des vertus à éduquer.

Mais y a-t-il d’autre destin que l’individualisme? Y-a-t-il d’autres visions de l’homme par l’homme ou l’individualité participe à l’existence commune sans y réduire la personne?

Comment l’individu participe-t-il alors à l’existence commune? Différentes positions restent à discerner pour choisir celle où le Sens du bien commun articule développement et accomplissement humains.

2 – L’individu et le lien social

Nous allons passer en revue quatre modèles type centrés sur une conception du lien et de ses deux termes, le groupe et l’individu.

Le modèle de possession.
D’abord la puissance collective celle du peuple, du clan de la tribu, de cette figure que l’on appelle communautarisme à laquelle les individus appartiennent. La puissance qui vient du collectif, légitime le pouvoir qui tiens l’unité du collectif. Au fond il n’y a qu’un individu le collectif et son double le pouvoir. Alors qu’en est-il des hommes? des individus en nombre? Des pions ou des militants, voués ou dévoués au collectif auquel ils appartiennent et dont ils partagent le sort, dit-on.

Le modèle de la cité.
L’organisation rationnelle de la vie collective engagée dans le développement du progrès humain, la civilisation, est édifiée par les citoyens selon les modèles idéaux normatifs. La participation à la cité est définie par des fonctions, des rôles, inscrits dans les scénarios règlementaires. Le salut de l’individu est confié à la cité qui est le chantier du progrès humain. Au citoyen de s’y conformer.

Le modèle de la nature
Le système de la nature est le tout d’où émane chaque chose, chaque vivant, chaque homme parmi eux. Les lois de la Nature sont déterminantes et de ces déterminismes l’évasion apparait comme contre nature. Les individus totalement dépendants transgressent ces lois dès qu’ils prétendent à une transcendance du jugement humain, de la maîtrise humaine, du destin de l’humanité. Il ne leur reste alors qu’à en profiter ou en être victimes et s’en plaindre, hédonisme victimaire.

Le modèle communautaire
Les communautés humaines sont de nature humaine. Elles sont rassemblées chacune, par la mise en commun d’une part humanité des hommes qui les forment, part d’humanité qui les transcende. Les communautés forment pour ceux qui y participent un monde commun habité par les individualités de chacun. Les individus y sont dépendants à la fois du monde commun auquel ils concourent mais aussi membres les uns des autres. C’est dans ce monde commun que se joue simultanément le développement commun et en commun et l’accomplissement des personnes au-delà même et au travers de leur existence commune. Tout cela suppose que les communautés et les hommes soient engagés dans le Sens du bien commun qui est le leur. Encore faut-il le discerner et le cultiver au travers de toutes les affaires communes. Et puis il y a les ensembles communautaires et toute la complexité et la diversité des hommes. C’est là que la fraternité trouve son Sens spécifiquement humain.

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