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Le libéralisme communautaire

Les stades de maturité politique des communautés humaines.

L’émergence du libéralisme communautaire

Roger Nifle 5 Janvier 2016

Nous sommes dans une période de mutation, mutation de civilisation donc de niveau de maturité des sociétés humaines. Toute mutation connait une période de crises, crise de passage avec ses régressions et ses apprentissages de nouveaux mondes, de nouvelles conditions de l’existence humaine. Le passage dans lequel nous sommes engagés laisse apparaitre partout des crises dont on craint l’issue ou dont on espère de nouvelles émergences de civilisation. Des printemps s’annoncent et aussi des violences que l’on croyait derrière nous. Des conditions qui ressemblent à l’arrivée de l’imprimerie ont  déjà bouleversé les relations entre les hommes, même dans les pays les plus démunis, en moins de 20 ans. Seulement les modèles de pensée et de fonctionnement habituels semblent incapables de comprendre ce qui se passe et particulièrement dans notre pays où la Raison semblait souveraine. Alors là où nous plaçons le centre de notre identité collective et de notre devenir commun, le Politique, semble au bord de l’implosion. A ce jour la communauté nationale et ses intellectuels médiatiques et politiques semblent en passe de divorcer. Les attentes de la communauté nationale et les offres du monde politico médiatique semblent incompatibles. Mais n’est ce pas cette communauté là qui est éprouvée par cette mutation, le politique n’en étant qu’un symptôme? Telle se conçoit la communauté et son devenir, tel se conçoivent le politique et ses enjeux. Les modèles de l’un et de l’autre sont obsolètes, le nouveau n’est pas encore mûr.

C’est à ce travail de maturation que nous voulons contribuer, tant pour en comprendre les différents stades que pour en dessiner des perspectives et des projets. Avec L’Humanisme Méthodologique ont été approfondis les phénomènes humains communautaires et les stades de maturation de l’humanité. C’est le phénomène communautaire le plus commun semble-il qui est le lieu d’une mutation radicale et donc de tous les malentendus et de toutes les émergences décisives. La civilisation qui s’annonce est celle des communautés humaines, d’une humanité dont la condition est d’abord communautaire, une « hominescence » dirait Michel Serres qui correspond à un stade de  « maturescence » de l’humanité. Mais franchir un seuil de progrès ne met pas à l’abri des régressions et surtout des troubles que les crises manifestent. Comment nos sociétés et particulièrement la nôtre peuvent se saisir de cet enjeu avant tout politique ? L’Humanisme Méthodologique propose pour cela un paradigme nouveau, le paradigme communautaire qui articule à la fois la compréhension des phénomènes en jeu, la visée de toute maturation communautaire, les processus d’évolution qui permettent de telles transformations.

Ici ce sont les stades de maturité politique qui vont permettre d’éclairer les problèmes et l’orientation souhaitable. La connaissance des quatre stades de maturité politique des communautés humaines va éclairer la situation et dessiner une perspective qu’il faudra ensuite développer par ailleurs.

1 – Le communautarisme tribal

C’est le stade le plus archaïque du politique et des communautés humaines. Y règnent les sentiments et les passions, les promesses fusionnelles et les combats inexpugnables contre les autres, ceux d’autres tribus, d’autres communautés. Le politique c’est le domaine du pouvoir, pouvoir d’emprise qui sait manier séductions, promesses et menaces. Sans ennemis, difficile d’entrer en fusion et la fusion c’est le lien que le pouvoir soutien par l’entretien des passions. Les sciences politiques se sont vautrées dans ces mystères dont le spectacle médiatique réjoui l’arène. Le domaine des tribus communautaristes est vaste. Là ou les enjeux de pouvoir et de possession matérielle ou morale sont actifs, là ou des religions s’abiment dans l’intégrisme, là où les empires se bâtissent et se détruisent, là où les jeux du cirque d’antan passent pour le divertissement culturel indispensable.

Notre pays caractérisé par une culture de l’ordre où la Raison s’est voulue reine, est assailli par le ressentiment contre l’ordre établi, celui des autres, jugé injuste. On s’y abîme dans la doxa révolutionnaire, lieu de toutes les vertus qui, au lieu de construire, dénonce l’adversaire. D’un côté la plainte victimaire multiplie les communautés fortes de leurs défaites et donc de leurs tyrans et exploiteurs en tous genre sans lesquels elles n’existeraient pas semblet-il. D’un autre côté la passion paranoïaque rêve d’anéantir les pouvoirs qui lui échappent, si bien que les extrêmes se retrouvent régulièrement sur le champ de bataille où les fantassins passent d’une armée à l’autre. Toute ressemblance avec l’actualité n’est pas fortuite. Le communautarisme tribal prend donc ainsi des formes nationalistes ou anti-nationalistes, internationalistes ou anti-mondialistes. L’européisme, conception dégradée de l’Europe y ajoute sa place de punching-ball. La France a un rapport abusif avec la Révolution comme un trauma dont ne vient que pathos en attendant la résilience. Epreuve de liberté elle touche à l’humanité de l’homme   tant par sa transcendance au sein des communautés de co-existence et de co-dépendance, que de sa peur de la liberté de l’autre et donc de la sienne propre. Elle devrait aussi se souvenir de la façon dont l’idéalisation de la Raison a permis au 20 ème siècle les hécatombes les plus terribles. Elle devrait se souvenir que les héritiers de ces horreurs sont équipés intellectuellement et techniquement pour commettre le pire et il ne suffira pas de brandir des valeurs idéales pour avoir raison. L’universalisme rationaliste constitue une ligne « Maginot » imaginaire parfaitement vaine surtout quand elle veut s’imposer et prendre le pouvoir sur le monde. Conquérir le pouvoir est le degré le plus bas de la maturité politique des communautés humaines. Nous en avons eu notre saoul ces derniers temps.

2 – Le socialisme égalitaire.

C’est là le stade primaire des communautés humaines et du politique. Primaire n’est pas ici péjoratif sauf s’il y a régression ou infantilisation de la société civile comme dans un maintien sous tutelle. Le politique c’est le domaine de la gestion, de l’administration, de l’organisation collectives. Subsistance, sécurité, confort sont les préoccupations principales des collectivités et de la société. Le politique gère et administre, établissant les modalités qui sont sensées subvenir aux besoins de la collectivité et donc de ceux qui y sont inscrits. L’économie y a une grande place et évidemment le chômage est un dysfonctionnement dont il faut trouver des compensations de même que toutes les défaillances dans le fonctionnements collectif et les redistribuions. Il s’agit bien de fonctionner. Salariés comme fonctionnaires occupent le statut optimal qu’il serait bon de généraliser. Cependant il y a de nombreuses collectivités constituant autant de milieux où ces questions de subsistance, de sécurité et de confort sont aux prises avec les tendances régressives des pouvoirs d’emprises. L’idéal serait de constituer une seule collectivité mondiale qui uniformise les modes de fonctionnement. C’est l’horizon normatif des idéologues politiques mais aussi la règle pragmatique de l’administration des intérêts généraux.

En France où l’ordre est si prisé, l’organisation du fonctionnement égalitaire de la société est une habitude seulement contestée par les jeux de pouvoirs et de contre pouvoirs. Une société bien organisée pour « vivre ensemble «  tel est le régime politique souhaité dans une société immature et dépendante. La République est comprise comme cela, la gestion et l’organisation des affaires collectives. Elle se veut aussi universelle que les principes d’organisation impersonnels qui la régissent. C’est pour cela que les arrangements collectifs ont vocation à être coordonnés entre Etats, c’est-à-dire administrations, comme l’Europe en est un exemple. De ce fait on n’aime pas les communautés dotées d’une personnalité, d’une identité, d’une ambition, d’une originalité, d’une créativité, d’une dynamique différenciée, d’une culture singulière ou pire d’une spiritualité propre. Elles sont assimilées au communautarisme. A l’inverse il faut bien une doctrine pour s’y opposer et cette doctrine c’est le socialisme égalitaire c’est-à-dire indifférencié. Ici l’égalité est un terme de l’équation arithmétique nécessaire à l’équilibre des fonctionnements où les réactions sont prévisibles et le jeu social bien contrôlé sous le régime comptable qui convient. Subsistance, sécurité, confort sont à la charge des  organisations politiques et de la myriade d’associations, de services administratifs et de structures intermédiaires qui sont là pour organiser la société, son fonctionnement et ses règles d’organisation mais aussi ses règles morales, d’une morale fonctionnelle administrative. Pour cela le recours à l’Etat est indispensable, un Etat chargé du service public, de l’action publique, c’est-à-dire de cette administration socialiste égalitaire du collectif. Mais l’Etat lui-même est une organisation administrative à laquelle est voué le politique. Nous sommes là dans une démocratie administrative et comptable où l’idéal statistique et même le tirage au sort sont parmi les procédures espérées par une société irresponsable puisque impersonnelle.

3 – L’élitisme Etatiste.

Il s’agit maintenant d’un âge de maturité plus avancé, l’âge secondaire celui d’une maitrise intellectuelle des affaires humaines et du monde qui nous entoure grâce aux vertus lumineuses de la Raison. Les représentations du monde, des sociétés, de la cité et ses structures, des idéaux vecteurs de progrès s’accumulent en sciences, philosophies, Culture et même Civilisation. Il va de soi que le politique se fonde sur une rationalisation idéale de la cité. Chacun y a sa place selon le titre auquel il peut prétendre dans l’édifice social. De là une forme d’individualisme différencié selon ses mérites, ses études, ses titres, ses diplômes, sa carrière. Chacun a droit de cité dans le développement général auquel il est invité à participer selon les règles établies. L’exaltation de l’individu, de la cité, du progrès individuel et collectif prépare un élitisme où l’échelle de valeur humaniste est en fait l’échelle de maitrise intellectuelle des préoccupations selon les lois de la Raison. La Raison fait loi et le politique est évidemment corrélé à la Raison supérieure tant pour connaître, comprendre ou concevoir les perspectives et les modalités du développement ou progrès collectif.

Ce privilège de la Raison est le viatique que procurent les grandes écoles ou les aristocraties qui en jouissent directement ou indirectement. L’Etat tel que Hegel l’a bien exposé est à la fois détenteur de la Raison supérieure par les élites qui le constituent et donc de la maîtrise de son exercice dans la gestion et d’administration de la société civile. Juge et partie, justifié par son excellence rationnelle il est détenteur de l’Intérêt Général, sa définition et sa réalisation. On voit là qu’il a besoin d‘une société civile à encadrer et d’un politique qui lui octroie ses droits constitutionnellement et  légalement. C’est bien là le rôle qui est assigné au politique.  Quant aux politiques, localement, comme dans toutes les administrations coloniales ils constituent ces chefferies indigènes que l’on aime penser corrompues. Le dilemme entre la représentation locale et la représentation nationale y trouve ses racines. Bien sûr une oligarchie des « maîtres de la Raison » régit les affaires selon ses catégories, ses excellences intellectuelles et maintenant systémiques. Affaires de la société primaire, affaires de l’édifice de sélection des élites, affaires d’accumulation et transmission des savoirs, affaires d’intérêt universel, forcément, comme l’est la Raison.

La France, maîtresse de la Raison et des Lumières, c’est le tableau qui convient aux élites, et oligarchies dont le sommet a été atteint avec cette école nationale d’administration des affaires du monde, ou du moins c’est sa vocation. La démocratie représentative qui légitime cette oligarchie Etatique est l’élection des représentations intellectuelles comme supérieures, à toute réalité humaine particulière. Il n’y a que les chefferies locales qui pourraient avoir d’autres critères d’élection mais elles sont tenues en respect par les faiseurs de lois et de territoires. Nous sommes d’ailleurs les plus productifs en matière de lois et règles qui ordonnent le bon fonctionnement de la société et l’édification de la cité (menacée ont le sait par tous les avides de pouvoir qui remettent en cause l’hégémonie de l’Etat).

Le problème c’est que la mondialisation peine à croire dans l’omniscience de l’Etat français et sa légitimité universelle, malgré son adoption des thèmes planétaires du développement durable et des lois financières de l’économie systémique. Les crises rebattent les cartes et les régressions archaïques comme les solutions primaires sont à l’ordre du jour d’un Etat orgueilleux devenu bien malade.

4 – Le libéralisme communautaire

La liberté est le propre de l’homme et l’axe de son devenir. Aucune chose déterminée par les lois de la nature des choses, actions ou réactions, ou par le hasard n’est véritablement libre. La condition humaine ne se réalise pourtant que dans ce champ des dépendances, simples ou complexes. Mais c’est parce qu’il peut, non pas s’en affranchir mais en révéler la source humaine que sa liberté se découvre comme une conscience d’être co-auteur de son existence, co-réalisateur de son monde, co-constructeur de son avenir. Il y a corrélation entre l’émergence, l’éducation d’une conscience  existentielle qui aboutit à cette révélation de son être de Sens et l’exercice possible d’une liberté de Sens et ainsi de Sens partagés en conSensus, qui sont co-création et co-responsabilité des affaires communes.

A un nouveau stade de civilisation, faut-il s’attendre à des idées simplistes ou à des idées banalisées depuis des siècles ? Ce serait en revenir aux âges de maturation précédents ceux que les crises proposent à nouveau. Et pourtant ce sont les affaires des personnes humaines et des communautés humaines qui sont toujours en jeu mais ce sont les phénomènes humains eux-mêmes qui se comprennent s’engagent et se réalisent autrement.

Le libéralisme communautaire vise le développement d‘une liberté responsable liberté des personnes dans le champ des communautés de co-existence. On aurait pu l’appeler communisme libéral mais les connotations du premier terme sont trop chargées pour un usage dépassionné. Espérons que le libéralisme, si combattu politiquement dans la patrie des libertés, ne contaminera pas trop l’idée de responsabilité communautaire indissociable. Un des termes significatif qui s’est répandu est celui d’empowerment, empowerment des personnes et des communautés humaines. La traduction officielle (commission de néologie) est autonomisation. L’autonomisation est un but et une trajectoire qui n’est pas indépendance mais plutôt une maîtrise des dépendances, exercice d’une liberté responsable. La traduction par « pouvoir d’agir » préférée par certain idéologues français est évidemment régressive.

A ce stade de maturation, les affaires humaines sont engagées dans une trajectoire de plus grande autonomisation de la communauté et des personnes. Le Sens du bien commun propre à la communauté, est l’axe de son développement. C’est là l’enjeu du politique, donner l’orientation et les perspectives du développement communautaire. Dans une communauté majeure la démocratie prend sa vrai dimension celle de la participation des personnes, non seulement aux décisions mais aussi aux réalisations communautaires. Cependant un telle communauté est évidemment concernée par tous les âges de maturation humaine. Ainsi sentiments et passions ne sont plus seulement à assouvir mais à investir dans l’action et la gestion des besoins. Ceux-ci ne sont pas une fin en soi mais l’occasion d’un développement intellectuel, lui-même investi dans la vocation propre de la communauté. L’implication des personnes dans la communauté et son devenir est l’exercice même des responsabilités. La démocratie devient un engagement actif et différencié selon les personnes et leurs capacités. Cependant, il faut distinguer trois stades de la démocratie communautaire mais aussi d’implication dans le devenir commun.

Le démocratie élective qui choisi en général une personne repère chargée ensuite de dire le Sens du bien commun et de l’incarner. C’est aussi un champ de responsabilités majeures dans la communauté tenues par ceux qui en ont la possibilité.

La démocratie représentative qui est constituée de représentants chargés de décliner l’orientation de la communauté en projets, règles, institutions, stratégies. C’est un champ de participation à une intelligence collective et une compétence dans la conception de solutions et de leur mise en oeuvre.

La démocratie participative est focalisée sur des actions et des activités dont la préparation est encadrée par les représentations précédentes. Les membres d’une communauté sont ici acteurs des affaires communes et non pas seulement agents sous tutelle.

Le libéralisme communautaire vise à l’accomplissement simultané des personnes et des communautés humaines et ce au travers de l’existence commune et ses différents stades de maturité. Les enjeux sont économiques avec l’économie communautaire, éducatifs avec l’éducation communautaire, et plus généralement le développement communautaire. On concevra aisément que la liberté responsable de la communauté ne l’empêche pas d’avoir recours à des institutions comme la justice, la police ou l’administration mais ce sont là des services à la communauté et donc sous sa responsabilité et son contrôle. Le service de la communauté ne lui dicte pas sa loi, ne la met pas en dépendance, ne décrète pas son intérêt général et au contraire est évalué selon sa contribution au Sens du bien commun dont le politique est responsable. On voit là les renversements par rapport à certaines déviances nationales.

Les grands axes du libéralisme communautaire comme mutation du politique.

De quelles communautés s’agit-il ? Des communautés territoriales d’abord, comme traditionnellement le sont les communautés politiques. On y retrouve des ensembles communautaires comme les nations ou l’Europe, mais aussi des régions ou inter-régions, communes ou inter-communalités. Les ensembles communautaires ne nécessitent pas forcément une territorialisation. Contrairement aux schémas anciens, des nations majeures peuvent ne pas avoir de territoire ou du moins ne pas être définies par un territoire et des frontières. Ainsi telle ville voit les membres de sa communauté vivant partout dans le monde et cette communauté a une certaine autonomie tout en participant à d’autres communautés régionales, nationales, internationales. Le critère d’indépendance n’est plus un gage de souveraineté c’est-à-dire d’autonomie responsable. Des communes peuvent avoir un territoire sans être des communautés majeures. Dès lors elles sont parties prenantes de communautés plus larges politiquement majeures. Bien d‘autres communautés anciennes ou récentes peuvent constituer des ensembles communautaires et même devenir politiquement majeures. C’est un caractère essentiel de la mutation de civilisation en cours. En effet l’explosion des possibilités de communication et de relation fait naitre des communautés de tous ordres et transforme les communautés traditionnelles. Ainsi le paysage communautaire est en voie de transformation majeure à toutes les échelles.

Parallèlement on voit émerger la question des multi-culturalismes, des mobilités et des phénomènes d’immigration majeurs, celle de quartiers ou de territoires multiculturels et même celle de l’hétérogénéité des communautés locales, nationales ou internationales. Les mouvements culturels ou religieux complexifient le processus.  C’est là que la question des niveaux de maturité du politique est d’une importance capitale.

Pour le communautarisme tribal on devine l’explosion des conflits et des alliances combatives. Nous y sommes. Pour le socialisme égalitaire ces différences désorganisent les modes de gestion et d’administration sociaux économiques. Nous en sommes de plus en plus témoins là où il prédomine. Pour l’élitisme étatiste sa tentative d’intégrer la diversité vise à maintenir ses normes à de plus larges échelles en déniant les différences. Il semble que la tentative ne soit pas un succès comme l’Europe et la crise de l’Etat français l’annoncent. Le libéralisme communautaire propose une relecture des phénomènes communautaires mais surtout de nouvelles pratiques participatives et d‘identité prospective.

Il importe maintenant d’embrasser le champ des communautés majeures avant de considérer les méthodes de développement du libéralisme communautaire.

La considération des communautés de co-existence.

Au plus large la communauté monde n’est pas d’évidence une communauté majeure susceptible immédiatement d’une gouvernance démocratique. Pour cela il faudrait éclairer le Sens du bien commun dont le discernement n’est pas de première évidence comme le montre l’histoire. Mais peut-être faudrait-il privilégier le discernement plutôt que les déclarations formelles. Le cas de la déclaration universelle des droits de l’homme mériterait un tel approfondissement pour en venir à une déclaration des devoirs de l’homme vis-à-vis de l’humanité, de soi et des autres en personnes et en communautés. Un exercice difficile mais qui peut convoquer toutes les sources de discernement spirituel, évitant de se réfugier dans des idéaux incantatoires ou des objectifs seulement pragmatiques. Comme toute communauté, la communauté monde est une communauté de personnes et de nations toutes différentes et que les tentatives de normalisation méconnaissent.

La communauté monde est la communauté des nations ou des grandes régions mais aussi d’autres communautés monde. Chacune doit être prise en considération comme communauté libérale c’est-à-dire appelée à une autonomie responsable. Pas de souveraineté sans responsabilité communautaire. La reconnaissance réciproque des potentiels, richesses humaines, et vocations originales viendrait à identifier chacune sous son meilleur jour sans nier ses faiblesses pour autant. On en verra les méthodes. la confortation de chaque nation, pour elle-même et pour les autres est le seul chemin de paix possible. Ce serait le rôle des communautés mondes d’y travailler et l’accompagner.

Les nations sont des communauté singulières et leur identification à un territoire clos, non seulement est et sera de plus en plus démentie par les faits, déplacements et réseaux mondiaux, mais aussi par le droit toujours communautaire à toutes les échelles. De nombreux conflits sont dus à la négation, au mépris ou à la faiblesse des identités nationales mais aussi à leur réduction territoriale. Le dedans dehors territorial détruit le jeu des altérités communautaires et nationales.

Il est possible que des nations forment des ensembles communautaires multiples auxquels elles prenne part. La seule raison d’être de ces communautés de nations est soit l’entraide notamment pour la maturation des plus faibles mais aussi pour la maturation commune dont le libéralisme politique devrait être dorénavant la visée. Bien des questions sur la gouvernance démocratique et déjà participative des communautés de nations enrichirait ces dernières pour leur propre gouvernance mais aussi leur permettrait de mieux intégrer les communautés régionales dont on voit bien que la question reste insoluble partout où le libéralisme communautaire n’est pas envisagé. Pensons à l’Ecosse, la Catalogne, la Corse, ou le pays Basque, l’Italie, la Belgique pour citer les plus criants. Penser des régions comme communautés majeures autonomes et responsables de leurs engagement communautaires nationaux notamment et bien au-delà selon les cas. Le modèle normatif est à sa fin et les plus anciens obsolètes. Cependant la France connait ou veut méconnaitre deux exemples qui montrent une autre voie. La Réunion dont le rassemblement multiculturel est constitutif, Les Caraïbes où la « créolisation » qu’Edouard Glissant présentait comme pensée archipélique, archipel constitué par toutes ces communautés que l’on appelle là-bas nations. Il est vrai que les modèles que la France y impose en sont plutôt dénégateurs.

La nation française est en crise, crise d’identité surtout lorsqu’on a voulu dénier le fait communautaire et sa nécessaire identification à un « nous », à une âme à laquelle s’identifier. Il faut d’urgence remplacer la norme formelle par la reconnaissance des identités régionales sous réserve que ce soit aussi des identités prospectives tournées vers le devenir commun, identités de projet sans oublier les identités originelles mêmes symboliques et les identités qualifiantes et gratifiantes de valeurs propres (communautaires et non pas des abstractions idéalistes). Les tendances régressives avec leur cohorte de ressentiments et de passions favorisent les communautés victimaires identifiées souvent plus au pire qu’au meilleur et le nationalisme comme forteresse assiégée et vindicative. Il importera de considérer dorénavant non pas les tares identitaires françaises mais la vocation singulière qui en fait la richesse sinon les talents.

Les régions françaises sont prises dans le tourbillon de l’actualité. Comment faire signe aux communautés provinciales tout en les enfermant dans des carcans territoriaux. C’est l’oeuvre de l’élitisme étatique mais aussi des pulsions uniformisatrices sur lesquelles s’assoient beaucoup de pouvoirs au nom de leur « République » (pas celle de la communauté des français). La caricature de fiefs régionaux renvoie aux allégeances nécessaires à la souveraineté des nationaux. Or sont à l’ordre du jour la dénomination de régions, leur siège, leur président (démocratie élective ?). La reconnaissance des communautés régionales selon le libéralisme communautaire devait leur permettre d’intégrer culturellement leur héritage, de développer une gouvernance participative et aboutir à une gouvernance démocratique majeure. Elles auront alors à traiter de leurs contours, leurs départements, et leurs rapports avec d’autres communautés qu’elles rassemblent, sans perdre de vue leur participation à la communauté nationale, la communauté européenne, des communautés de voisinage et mêmes des communautés mondes.

Les régions sont habitées, formées par villes et pays. On y remplace le terme de communautés par agglomérations et à la pointe du progrès on baptise des ensembles de communes « territoires » auxquels on affecte un numéro dans le nouveau découpage du Grand Paris. c’est dire le mépris communautaire des architectes des raisons territoriales ou déraisons communautaires. Métropoles, ou communautés d’agglomérations sont des édifices administratifs justifiés par des arguments de gestion mais le plus souvent une malveillance de la Raison supérieure. Les villes sont des communautés qui ont une personnalité qui rayonne bien souvent sur le monde entier. Elles devraient être parmi les premières à adopter le libéralisme communautaire comme c’est le cas dans le monde entier. Cela n’enlève pas leur responsabilité régionale, nationale et autres comme l’Europe par exemple. Le concert des nations peut faire écho au concert des villes du monde, toutes régionalement implantées. Alors fusionner des villes ou territoires arbitrairement vise plus à les amputer de leur âme qu’à les inviter à une nouvelle maturité, une des pratiques de l’administration coloniale depuis les romains.

Dans les régions sont identifiés des pays malgré des découpages arbitraires qui réunissent des communautés de proximité formant une culture locale porteuse de valeurs et potentiels propres. Y sont rassemblées aussi des communes ou communautés de communes dont on a voulu oublier, au pays d l’humanisme, qu’il s’agissait de communautés humaines. On entend régulièrement cette antienne : il y a trop de communes en France. C’est comme dire il y a trop d’arbres dans la forêt. S’il s’agit de communautés alors le propos est stupide. S’il s’agit d’entités administratives sous la tutelle normative de l’administration d’Etat alors il est sûr que c’est un modèle d’organisation obsolète à l’heure des méthodes de gestion rationnelles et du nécessaire renforcement des tutelles au temps des velléités individualistes de décentralisation.

Il est vrai cependant que toutes les communes ou communautés de pays ne sont pas des communautés majeures appelées à une autonomie de gouvernance démocratique. Mais c’est bien là le critère. L’autonomie communautaire comme autonomie des personnes cela se construit avec les maturations progressives, avec l’aide des communautés englobantes.

On en viendra à ces communautés d’existence que sont les quartiers des villes ou ces unités de vie que sont bourgs, cités, hameaux, villages et autres rassemblements de co-existence. Partout la maturation d’une conscience communautaire est la condition d’un développement humain de leurs membres plutôt qu’un agglomérat de logements où les personnalités et les cultures ne comptent pas. Nous sommes, avec les quartiers notamment, au noeud des symptômes et contradictions radicales de notre pays qui a su transformer des milieux de vie en lieux de relégation et ce grâce aux principes et aux méthodes persévérantes des administrateurs de la cité et leur pouvoir d’Etat qui leur donne toujours raison. Nous sommes devant la démonstration de l’incurie de la Raison rationalisante et arraisonnante, même supérieure, lorsqu’elle ignore le Sens des communautés humaines et leur vocation d’autonomisation.

Il reste maintenant à évoquer des éléments de méthodes qu’il faudra approfondir et s’approprier, avec la même exigence qu’un changement de paradigme réclame comme mutation des esprits et de pratiques.

Eléments de méthode du libéralisme communautaire

La première chose à faire est de considérer, prendre en considération, chaque communauté où on veut agir. Considérer c’est écouter et entendre leur singularité que des témoins peuvent transmettre. Pour l’entendre à un niveau d’entendement suffisant c’est le Sens du bien commun qui leur est propre qu’il s‘agit de discerner. On sait déjà que la Raison y est impuissante et il faut avoir recours au processus d’intelligence symbolique avec, par exemple, les pratiques d’analyse des cohérences culturelles. Reconnaitre comme cela toutes ces communautés dont il a été question et aussi les ensembles communautaires, change déjà le paysage de l’humanité et du politique. Le repérage de ce « meilleur » de chaque communauté en éclaire les valeurs propres, les talents, les usages, la culture mais aussi les failles et les tares. L’analyse de cohérences culturelles de la communauté nationale française a montré l’importance du rapport à l’ordre, son édification et son souci d’authenticité que le ressentiment et l’abstraction idéologique ne cessent de combattre. La construction d‘un ordre juste, dénué de ressentiment et d’idéalités opportunistes en serait la meilleure voie de développement, reconnue par d’autres pays dans de multiples domaines au lieu des héritages délétères si souvent entretenus.

L’identité communautaire, identification de ceux qui y participent, personnes et communautés et identification par ceux qui la considèrent, forme le coeur de la reconnaissance, au travers des signes, usages et sensibilités qui en constituent la culture. Si chaque communauté participante a aussi son identité et ses signes d’identification, elle partage les modes d’exister communs dans l’espace commun. Ainsi telle personne selon les milieux qu’elle fréquente peut avoir des identités variées mais dans tout espace commun elle partage les usages, représentations et sensibilités. Nous sommes là au coeur d’un problématique que la raison universelle ou la différentiation radicale échouent à traiter. Ainsi, si une communauté de français cultive des héritages qui leur sont propres dans leur champ de coexistence ceux qui veulent y habiter sont conviés à partager le mode de vie et de coexistence de la communauté française. On voit bien que cela vaut pour des communautés régionales, ou d’origine étrangère ou même de croyances et d’affinités multiples. Ainsi les modes d’existence d’une communauté nationale sont ils communs sans pour cela uniformiser les modes d’existence propre à d’autres communautés dans leur champ propre de coexistence, mais qui participent aux règles de la communauté nationale dans son champ propre. On imagine bien un groupe culturel invité à se présenter dans ses modes habituels alors que ses membres partagent par ailleurs le mode de vie commun à la nation (mais c’est aussi valable à tous les niveaux communautaires). Ainsi en France on vit selon les modes de vie français déjà très variés et évolutifs mais entre soi de telle ou telle communauté on peut en exprimer les modes d’exister spécifiques sans déranger le monde commun. C’est une expérience très courante mais tellement difficile à penser pour les rationalistes et les porteurs de ressentiments systémiques.

L’identité communautaire qui doit être à la fois rétrospective, introspective et prospective, est la

considération d’une singularité avec son Sens du bien commun qui est en même temps le ciment et le moteur du développement communautaire. Cette considération identitaire contribue à mobiliser et motiver les membres de la communauté et donc la source des dynamiques communautaires dont celles de maturation et d’autonomisation. C’est donc le levier de tout projet « politique » et de transformation. Considérons que tout travail communautaire ou d’ensemble communautaire puisse être précédé par cette reconnaissance et on peut comprendre alors comment les situations les plus inextricables peuvent être résolues. Chaque progrès encourage les investissements et la spirale de développement peut donner des résultats surprenants même en rapidité. On sait avec Gustave Le Bon que la manipulation des affects peut avoir des effets dévastateurs et rapide. La reconnaissance des modes d’exister communautaire dont les affects ne sont pas exclus, mais pas les mêmes, peut aussi déboucher sur des changements rapides. il y a là un effet de pertinence de l’action communautaire.

Il y faut aussi des vecteurs, médiateurs de Sens dont l’effet de redondance permettra l’engagement d’une dynamique auto-portée. N’oublions pas les sollicitions parasites habituelles mais elles sont aussi susceptible de se trouver engagées dans le meilleur Sens. Ainsi de nos élites pourraient dépasser la simple raison formelle pour la mettre intelligemment au service du Sens du bien commun. Il faut qu’elles se’y reconnaissent dans l’identité communautaire. Ainsi de nos compatissants bénévoles par exemple pourraient mettre leur « bonne volonté » ou « volonté bonne » au service du Sens du bien commun dans les situations réelles. Leurs exigences ne tiennent en rien aux slogans républicains ou du marketing caritatif, ou aux des plaintes victimaires.

Les vecteurs de mobilisation et d’engagement sont des « opérateurs symboliquement structurants ». C’est par la pertinence du Sens qu’ils véhiculent, la redondance qui leur donne leur intensité qu’ils sont agissants, à condition d’utiliser des modalités et des représentations culturellement significatives. Les moyens de communication du type story-telling mais aussi toutes les évocations qui rappellent le Sens du bien commun peuvent être sollicitées dans des stratégies de mobilisation cohérentes et pertinentes. Les techniques de créativité de l’intelligence symbolique sont utiles pour ne pas tomber dans la reproduction de stéréotypes, par définition erronés pour de tels changements.

Vient ensuite la concrétisation des implications du libéralisme communautaire. Elles sont souvent déjà en émergence dans des innovations majeures qui bouleversent les conceptions classiques. L‘économie en est un terrain privilégié, l’éducation aussi. De nouvelles questions communautaires implicites ou explicites sont posées.

L’économie communautaire (à toutes les échelles) dispose d’une échelle de valeurs indicatrices du Sens du bien commun qui lui est propre et par suite d’une possibilité d’évaluer et mesurer en commun la valeur de toutes choses. En particulier elle peut se doter d’une monnaie propre qui a cette fonction de mesure dans les échanges de « biens » et « services », les rémunérations, et les régulations des revenus et toutes les capitalisations ou investissements.  L’économie retrouve son sens communautaire. Bien sûr une communauté n’est pas un monde  clos et s’inscrit dans d’autre communautés avec d’autres économies et elle-même constituée de communautés avec leur économie propre comme des organisations, entreprises ou associations. Il y a des expériences dites d’économie collaborative qui trouveront à la fois leurs régulations locales et leurs régulations plus élargies simultanément. Les « blockchains » permettront d‘édifier techniquement des systèmes communautaires d’échanges fiables. Ils font partie de toutes ces innovations qui vont bouleverser le monde socio-économique non pas dans la pente de la puissance capitaliste mondialisée mais celle du libéralisme communautaire et ce à toutes les échelles. Il est vrai que l’élitisme étatique est désarçonné par ces perspectives et est tenté tant par le verrouillage de ses systèmes que par l’emprise sur ceux qui semblent dominer le monde et notamment sur le plan financier.

On retrouvera cette crispation en ce qui concerne l’éducation où le libéralisme communautaire est vu comme ultra-libéralisme au service du (grand) capital et déstructurant les « humanités » qui ont construit la machine sélective des élites. Sont aussi combattus le pragmatisme utilitaire du socialisme égalitaire  et bien sur très bientôt les initiatives des puissances économiques dominantes. L’éducation communautaire trace la trajectoire du grandir humain d’étapes en étapes mais aussi tout au long de la vie. Si l’éducation populaire s’était pensée communautaire elle ne serait pas en train de vouloir renaitre pour un peuple qui n’est plus seulement primaire mais une société en voie d’empowerment, émergeant au libéralisme communautaire.

Ainsi c’est sur cette trajectoire que le développement des personnes, des organisations ou associations et celui des communautés se déploie d’âges en âges. A l’âge du libéralisme communautaire qui émerge, le discernement du Sens du bien commun propre à chacune, leur permet de déployer une intelligence collective qui n’est pas un exercice élitaire de la Raison sans pour autant en négliger l’usage. C’est plus une activité de l’esprit (Sens et consensus) que l’on peut traiter de créative en même temps qu’inspirée. Elle fait appel à des lumières autres que celles de la seule raison et qu’on a pu appeler « génie propre » au temps où l’interdit rationaliste sur les communautés n’était pas aussi dominant. il est d’ailleurs notable que cette intelligence collective, communautaire donc, est constitutive d’une culture propre qui ne prétend à aucune universalité formelle tout en témoignant de l’universalité de la part d’humanité qui la constitue. L’intelligence collective est associée à une compétence collective qui fait que le développement communautaire est un agir qui mobilise aussi cette même culture y compris dans ses modèles, ses règles et ses modalités d’administration et de structuration de ses affaires. Nous sommes tellement habitués ici à l’universalité formelle qu’il est difficile de comprendre l’universalité symbolique de toute singularité communautaire et donc la singularité de toutes les solutions et pratiques de chaque communauté et ensemble communautaire.

En particulier le libéralisme communautaire réclame un mode de gouvernance participative qui fait que, aux différents âges de maturation, chacun contribue à l’existence et au développement commun selon une hiérarchie et une organisation culturellement pertinente.

Enfin vient la question de la gouvernance démocratique celle du politique dont les prémisses ont été présentée plus haut. Il n’y pas de gouvernance démocratique, c’est-à-dire de démocratie communautaire sans que cette « autonomie » de maturité soit suffisante. Ainsi l’infantilisme participatif est une régression par rapport à un élitisme étatique et peut être aussi être tenté par une régression plus grande ou le pouvoir (d’agir ou de manifester) est à reprendre, animé par quelque ressentiment. La maturité démocratique qui émerge avec le libéralisme communautaire n’exclue pour autant aucune communauté de son champ. Seulement il y a des communautés politiquement majeures et d‘autres qui le deviendront. Entre temps ces dernières sont intégrées dans des ensembles communautaires majeurs.

Ainsi si des nations sont majeures leurs régions le sont, ou non, leurs villes, pays, communes et quartiers aussi. Inversement on peut trouver des ensembles communautaire qui ne sont pas encore majeurs politiquement mais dont des communautés membres qui en portent le projet le sont. Ainsi le niveau de maturité politique n’est pas corrélé à la taille ni souvent à l’ancienneté des communautés surtout lorsqu’elles sont en crise et qu’elles préfèrent les régressions au dépassement. C’est le cas de la France, pays avancé qui n’est pas sur de le rester mais dont des régions ou autres communautés à toutes les échelles peuvent franchir un nouveau stade de démocratie avec le libéralisme communautaire.

Et maintenant que peut-on faire?

Se focalisant sur les communautés de co-existence c’est à dire la société civile de chacune il reste à ce que le « nous «  se construisent. On commencera selon le cas par les réparations et confortation d’identité puis par l’engagement d’une gouvernance participative et enfin, le moment venu, par une gouvernante démocratique. L’inverse est une illusion comme on le voit avec des « démocraties participatives » sans assise communautaire. Mais pensant ce temps là, il y a le régime des partis entièrement voué à la conquête du pouvoir et le communautarisme tribal que constituent ces partis avec leur « peuple » et leurs bateleurs qui organisent le spectacle. Bien sur on n’oubliera pas qu’il faut organiser la gestion du pays et son économie pour égaliser les modes de vie et obtenir un mode de fonctionnement dont le « vivre ensemble » est un enjeu primaire. On s’étonne que le socialisme égalitaire y prolifère. Ensuite, l’élitisme étatique en crise détiens encore la Raison des choses complexes aux mains des technocrates oligarques qui verrouillent le pays et ne cessent d‘aménager et défendre leur emprise, ce qui les ramène à des régimes ou il ne manque plus que le tyran pour imposer leur loi. Les Bonaparte sont toujours espérés. Enfin le réveil d’une société civile sous tutelle depuis des siècles, grâce aux ouvertures au monde et aux autres que favorisent les nouvelles relations et communications, laisse entrevoir un nouvel horizon.

Le libéralisme communautaire, sans rapport avec l’individualisme, ni le socialisme, ni l’étatisme, ouvre la voie et les horizons de l’empowerment communautaire à toutes les échelles. C’est évidemment là que les chantiers de la démocratie donc du libéralisme communautaire sont à entreprendre. Quartiers, villes et villages, pays et communautés territoriales, régions, nation, Europe sont nos chantiers de proximité. ils sont aussi impliqués dans ce qui se passe dans le monde où le libéralisme communautaire a des réponse à offrir. Elles commencent par la considération due aux autres, qui constituent des communautés de personnes et des ensembles communautaires où nous co-existons pour grandir ensemble. Tel est l’enjeu de la mutation de civilisation déjà engagée.

Alors dans cette carte des paradigmes ce n’est pas le Sens d’un super Etat français avec ses hauts fonctionnaire mondialisés qu’il faut rechercher. Ce chapitre est en train de se clore dans une amertume que bien des intellectuels expriment. Ce n’est pas non plus celui de la constitution de super puissances avec de super pouvoirs auxquels des précédents veulent se réfugier trouvant devant eux bien pire encore.

Il serait tentant de se vouer alors aux macro-systèmes planétaires dont nous deviendrions les agents neuro-biologiques, libres de les subir pour en profiter. A la mode, tellement y croient, déçus par les deux autres.

C’est à l’inverse le libéralisme communautaire qui est la voie de l’empowement et de l’accomplissement humain avec le paradigme communautaire et sa compréhension du monde et des communautés comme phénomène humain, son éthique du « commun bien » que la république porte pour chaque communauté avec l’universalité humaine des valeurs singulières et la singularité culturelle de leurs expressions et enfin ses pratiques qui sont toutes, comme le suggérait Hannah Arendt, action humaine donc communautaire.

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le multiculturalisme républicain

Les banlieues comme laboratoire du nouveau modèle français.

La France est habitée depuis toujours et plus que jamais par une multitude de communautés culturelles, régionales, locales, professionnelles, religieuses,  associatives, idéologiques, de multiples origines.

Or le modèle français se pose comme négateur de ces cultures pour préserver « l’unité républicaine » qui est conçue comme une uniformité culturelle inscrite sur une échelle de civilisation ou de Culture c’est-à-dire de mérite. Ce modèle est intériorisé par beaucoup qui s’y assimilent, notamment grâce à l’oeuvre volontaire et séculaire de l’éducation nationale. L’Etat central en est le garant avec le concours des structures intermédiaires qui en défendent les principes normatif.

Les banlieues sont des espaces où cette uniformité n’est pas de mise. On pourrait dire que le processus de normalisation est insuffisant et la multi-culturalité éclate au grand jour. Le modèle se défend alors soit par le déni des cultures soit par une imposition renforcée du modèle normatif,  en sacrifiant les marges qui résistent.

La situation est telle qu’il faut avoir recours à quelque bouc émissaire pour justifier cette carence du modèle. Les inégalités économiques, les ostracismes répertoriés comme racismes ou encore les croyances religieuses sont les épouvantails favoris de l’Etatisme à la française qui se sert d’une laïcité comprise comme refus des différences, essentielles et même accessoires.

Mais, sans doute par utilités électorales, les populations multi-culturelles doivent être ramenées au bercail de la citoyenneté républicaine dont l’essentiel est de mettre le bon bulletin dans l’urne. Ca ne marche pas bien et ce modèle de citoyenneté ne touche guère ceux qui n’y sont pas conditionnés.

Alors vient un deuxième modèle celui du multi-culturalisme défensif ou victimaire. Sont légitimes les communautés culturelles qui on été ou sont victimes de cette communauté nationale, celle que vénèrent les nationalistes. Si le communautarisme est cette déviance des communautés humaines régressives, défensives et même agressives alors le nationalisme et le multi-culturalisme victimaire sont des communautarismes. D’ailleurs le modèle précédent considère toute communauté majeure comme relevant d’un communautarisme.

L’alternative multi-culturaliste habillée des oripeaux anglo saxons interprétés de façon opportuniste, passe alors pour anti républicaine pour les uns, nouvelle expression avancée de la démocratie pour les autres avec l’émergence de minorités combatives. Mais peut-on concilier le dogme de l’universalisme républicain avec l’alliance pour le pouvoir avec des communautés mobilisables pour la bonne cause ? Oui si le modèle précédent a basculé dans un communautarisme clanique se servant des principes étatiques républicanistes et de la laïcité comme idéologie de combat de tous contre tous. Nous y sommes. Les banlieues sont alors l’arène de tous les combats

Mais il y a un troisième modèle qui gagne du terrain à bas bruit. C’est le modèle naturaliste de la diversité. La bio-diversité des cultures et des croyances serait facteur de synergie et d’homogénéisation sur l’essentiel. L’essentiel est a-culturel, inscrit dans les lois de la nature et régi par quelque sélection naturelle. La diversité des cultures, prises dans leur folklore, est interprétée comme une variété de rapports avec la nature et même un gage d’authenticité. Ce modèle qui manipule les sentiments, les bénéfices hédonistes et festifs, laisse penser que les lois de la nature ont leurs exigences imparables. La démagogie se nourrit de comportements et de pensées politiquement corrects dont la versatilité favorise les homogénéisations. Oui aux différences à condition qu’elles soient accessoires. Les banlieues sont ici le lieu de comportements « naturels » des habitants comme on le disait des indigènes au temps des sciences naturalistes du 19 ème siècle.

Ces trois conceptions obnubilent la pensée et l’action politique avec des modèles anciens y compris ceux qui se disent modernes. Le quatrième modèle a donc à se construire dans les ruines d’un terrain miné par ces constructions classiques dont les banlieues sont les signes de l’échec et par conséquent le lieu d’une renaissance possible, d’un laboratoire du « multiculturalisme républicain »

Le multiculturalisme républicain, un modèle français alternatif et exemplaire.

Les hommes vivent en communautés, c’est là que se réalise leur existence et chaque communauté porte une part d’humanité qui fait sa singularité et sa culture. Cette culture est la façon de cultiver ses propres potentiels dans des circonstances très variables. De ce fait cette culture évolue selon trois facteurs :

  • l’orientation vers le meilleur ou non de ses potentiels qui lui permet de régresser ou de progresser, de manifester ses faiblesses ou ses qualités et valeurs essentielles
  • elle évolue en progressant selon une échelle de maturation humaine, c’est son développement par lequel sa culture progresse dans sa conscience, ses compétences, ses talents et sa vocation singulière.
  • Enfin selon les circonstances locales et historiques elle cultive les réponses adaptées qui sont les siennes et dépendent de sa culture, chaque communauté réagissant à sa manière.

Il y a donc dans chaque communauté un potentiel d’humanité qui se traduit dans sa culture et qui témoigne ainsi de l’Humanité à sa manière. Elle doit pour cela trouver à s’orienter selon le Sens du bien commun qui est le sien, Sens de son développement et de celui de ceux qui y participent. Pas de bien commun sans communauté.

Mais chaque communauté est composée d’autres communautés qui y participent. En même temps elle s’inscrit aussi dans d’autres communautés si bien que toutes les communautés sont intriquées les unes dans les autres, intégrées les unes dans les autres. Il en va de même pour les personnes qui les composent toutes et y sont intégrées. Ainsi une communauté est porteuse d’une culture propre mais participe en plus aux cultures de ses communautés d’appartenance. Mais alors sa participation se fait aussi à sa manière propre. Ainsi se constituent des communautés culturelles qui rassemblent plusieurs communautés culturelles. L’unité de la première est constituée de la diversité des autres (mais pas de leur simple addition). Mais c’est vrai à de multiples niveaux, ce qui fait la complexité des situations multi-culturelles. C’est une expression du fait que toute communauté humaine est faite de personnes uniques et différentes et donc aussi de communautés culturelles différentes.

On s’aperçoit que les conceptions précédentes sont simplistes et réductrices. L’universalisme étatiste élimine les différences (et la profondeur de l’humanité). Le communautarisme ne connais que des rapports de force, de pouvoirs et de suprématie. Le naturalisme de la bio-diversité fait des différences un artifice accessoire.

Si on passe à la pratique de cette analyse alors on verra que les communes sont des communautés inscrites dans d’autres communautés locales, régionales, nationales. Qu’elles sont composées de quartiers donc de communautés de quartier. Chaque quartier est composé de plusieurs communautés culturelles selon différents critères mais surtout selon la façon dont se rapprochent ceux de chaque communautés. Mais les personnes participent aussi à plusieurs communautés et de ce fait, la communauté de quartier par exemple n’est pas simplement l’addition de plusieurs communautés mais leur conjugaison dans un ensemble, un rassemblement unique et original. Bien sûr on peut, sans difficulté, passer des communautés nationales à des communautés internationales européennes par exemple. Mais aussi des communautés intégrées dans une communauté de quartier participent aussi de communautés nationales et internationales. En plus avec internet vivent de multiples communautés à distance qui complexifient encore le tableau. Il est important de prendre conscience de cette complexité, de la complexité multiculturelle pour éviter de tomber dans les simplistes précédents.

Ainsi on ne va pas chercher à additionner ou soustraire  les cultures mais considérer chacune pour elle même, pour sa participation à d’autres communautés et pour la participation d’autres communautés à son devenir.

Une communauté de quartier a une culture propre et, si elle est engagée dans la culture de son bien commun, alors elle saura intégrer d’autres communautés dans sa gouvernance et les faire progresser dans leur propre culture et dans la culture commune.

Ainsi la recherche du bien commun d’une communauté de quartier contribue à la reconnaissance de l’existence de communautés culturelles singulières qui la composent et de leur participation à ce bien commun. La maturation de la communauté de quartier est la voie de la reconnaissance multi-culturelle et de la contribution de chacune à la culture commune.

Si à l’échelle d‘un quartier, d’une commune ou d‘un territoire on va trouver là les principes d’une démocratie communautaire, à l’échelle nationale la recherche du bien commun de la communauté est le principe même de la République débarrassée de ses interprétations réductrices. Alors la république devient le principe d’une communauté nationale multi-culturelle et ce à tous les niveaux.

Mais comment engager ce processus de multi-culturalisme républicain.

L’idée de le faire par le biais d’un engagement des structures politiques nationales ou leur réforme se heurte au fait que les élites qui en ont la charge sont entièrement construites sur les modèles classiques et que beaucoup parmi les milieux intellectuels sont aussi tentés par la logique naturaliste. C’est comme cela que les banlieues restent en déshérence de par leur incompétence pour penser et agir dans ces situations.

Le deuxième point est la nécessité de travailler au niveau de communautés politiques c’est-à-dire, dans le contexte national, au niveau de communautés territoriales. Théoriquement le niveau régional ou intercommunal serait propice si leurs responsables administratifs et politiques en étaient capables étant engagés dans un mono culturalisme institutionnel prédominant.

On peut alors penser que le mouvement doit être engagé au plus près du terrain multi-culturel c’est-à-dire les quartiers. Ils constituent des communautés politiques en gestation, dénuées de gouvernance et disposant de la diversité culturelle dont les potentiels sont encore souvent à révéler. C’est donc la défaillance des modèles actuellement en crise qui désigne les banlieues comme laboratoire d’une nouvelle démocratie, la démocratie communautaire qui se trouve être un multiculturalisme républicain.

Une question méthodologique se pose alors. Faut-il d’abord travailler avec la communauté territoriale (dite communauté politique) ou avec les multiples communautés qui y participent ?

La réponse est claire. Le multiculturalisme n’est pas un projet mais un fait. En outre il est localement d’une très grande complexité et par lui même peut être engagé dans n’importe quel Sens. Or un multi-culturalisme républicain est orienté dans la recherche du bien commun celui de la communauté de quartier. De ce fait c’est à l’émergence et au développement de cette communauté de quartier qu’il faut travailler avec comme visée l’existence d’une communauté politique donc majeure, multiculturelle de fait et capable de se rassembler avec d‘autres communautés, communales par exemple.

La trajectoire de maturation communautaire passe par quatre phases : se sentir bien ensemble, cet ensemble là; faire ensemble pour s’identifier à des qualités et compétences collectives, un « nous valons » ensemble; concevoir et s’organiser ensemble dans les affaires communes en cultivant une intelligence collective et enfin, assumer un dispositif de gouvernance communautaire local et ses responsabilités d’avenir.

Cependant il faut noter le caractère unique de chaque communauté et donc d’un développement culturel unique dont il faut identifier les voies et critères dès le départ. Cela suppose donc un accompagnement éclairé et compétent employant des méthodes ad-hoc et non pas des recettes passe partout.

On peut alors se demander quelle initiative peut engager un tel processus. Il y a plusieurs réponses possibles. L’initiative d’un maire éclairé qui en fera un prototype pour le reste de sa commune, l’initiative d’une ou plusieurs personnes des services municipaux, l’initiative d’une association qui a accès au territoire et à la communauté locale, l’initiative d’un groupe professionnel de ces démarches relayée par la communauté, l’initiative d’un collectif du quartier qui en assume l’enjeu et la démarche. Il est capital de comprendre qu’il y faut des compétences dont le professionnalisme est encore aussi rare que cette démarche elle-même et qu’il faut donc démultiplier.

Pour soutenir ce projet au niveau national il faut rassembler plusieurs forces.

Un support « politique » pour faire exister le concept et l’illustrer dans le monde politique et son environnement (national et local)

Un support intellectuel pour faire exister le projet dans l’intellectualité publique avec un groupe qui interpelle des intellectuels sur les articulations théoriques et pratiques du projet.

Un support opérationnel avec un groupe d’accompagnateurs formés sur le terrain (formation action)

Un support de communication capable de porter un projet de type storytelling, empruntant tous les vecteurs pertinents.

Un support philosophique et méthodologique avec un cercle dédié à la démocratie communautaire avec l’Humanisme Méthodologique.

Une petite équipe stratégique doit piloter le tout.

Roger Nifle 29 mars 2015

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Cohérence multiculturelle de la culture française

Cohérence multiculturelle de la culture française.

Chaque culture porte en elle-même l’unité d’une communauté singulière et la pluralité des postures qui lui sont propres. En outre la variété des groupes et des communautés qui la composent multiplie encore le champ des possibles que l’on a toujours tort de vouloir figer dans un état particulier, chacun selon son idée.

La culture française est une culture des rapports à l’ordre qui voit quelques fois la multiplicité des différences comme une atteinte à son ordre qui ne saurait être qu’universel.

L’analyse des Sens caractéristiques de la culture française nous en indique les postures et notamment dans le rapport à une situation multi-culturelle ou religieuse. Il s’agit là de cultures, de religions ou de croyances idéologiques, mais aussi de localités ou régions, de groupes sociaux différenciés.

La carte des Sens de la culture française (analyse de cohérences culturelles réalisée en 1981 http://journal.coherences.com/article302.html ) nous donnera les différentes postures que l’on reconnaitra dans la crise de Sens que nous traversons. Bonne occasion pour se remettre en question et trouver le Sens du bien commun et ses perspectives dans notre pays.

On examinera quatre postures possibles que l’on reconnaitra aisément.

A – Normalisation règlementaire.

L’invocation de la loi républicaine comme normalisatrice par l’élimination des différences au nom d’une égalité formelle. Je ne veux voir qu’une tête ou pas de tête du tout celle-ci étant réservée à la Raison d’Etat. Une certaine interprétation de la laïcité y trouve sa source.

B – Affrontement des dogmatismes intégristes.

Chaque clan ou communauté réduite à ses passions, utilise l’arme de son dogme, religieux ou pas, pour dénoncer et combattre tous les autres. La défiance et le ressentiment alimentent les positions. Celle qui s’identifie à la communauté nationale (nationalisme) a plus de chance de dominer que l’atomisation des autres.

C – Alliances victimaires

Choisissant dans la reconnaissance des autres, cultures, religions ou groupes ce qui privilégie le ressentiment, alors l’alliance des ressentiments recentre chacun sur ses postures victimaires. Le multiculturalisme défensif ou régressif se trouve privilégié provoquant l’ire des intégrismes et autres nationalistes et le réflexe normatif et légaliste uniformisateur. Nous sommes témoins de la conflictualité de ces postures comme déjà à l’automne 2013.

D – Elaboration d’un modèle de société conjuguée

Reconnaissant les différences personnelles, culturelles, religieuses, régionales, locales et sociales dans leurs richesses potentielles (et non dans leurs travers et leurs ressentiments) alors l’oeuvre commune de conjuguer, tramer et tisser une culture commune originale est possible. Bien sûr, ne s’agissant pas de la remise à plat de type table rase, c’est l’évolution et le développement de la culture française qui en est l’origine et le produit commun où chacun trouve sa contribution. Le bouquet de richesses différenciées en est une métaphore.  La culture française n’est pas là une fleur parmi d’autres mais le bouquet d’ensemble. Cette visée révèle aussi une vocation nationale inédite qui vaut dans un monde qui est partout confronté à ce type de problème. L’unité différenciée et non pas l’unité uniformisée. C’est un autre niveau de civilisation en perspective. Au travail.

 

cartefranceX

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Elire un président, oui mais pour quelle république ?

La république est-elle une entité sacrée et universelle ou bien un mode de gouvernance de la société? Est-elle un contre pouvoir ou un pouvoir dominateur ? La république est-elle synonyme de démocratie ou de régime totalitaire. Les références historiques gréco-romaines, les discours révolutionnaires et post révolutionnaires, l’expérience des «républiques populaires» et la comparaison des multiples modèles contemporains montre qu’il n’y a pas une seule définition possible. Chacun peut l’interpréter dans le Sens qui lui convient légitimant ses projets et ses désirs, ses valeurs, ses ambitions et ses croyances.

Au moment d’élire un président de la république on pourrait penser que le choix porte sur le meilleur de ceux qui incarnent les valeurs et enjeux de la république. C’est le cas en période pacifiée où le consensus national républicain permet ce type de choix. Si ce sont plusieurs conceptions de la république qui sont en jeu il y a alors un enjeu implicite de refondation, de remise en question.

Nous y sommes. Non pas que ce soit nouveau dans l’histoire de notre pays mais, hormis dans des périodes de crise, la question ne s’est pas posée explicitement, chacun cultivant implicitement sa conception derrière un conSensus supposé. Les références au Conseil National de la Résistance, plus de 65 ans après sont à prendre soit comme un repli conservatoire soit comme l’émergence d’une remise en question radicale. La mutation de civilisation, les turbulences du monde actuel qui avance de crises en crises ébranlent les croyances sur le plan symbolique et les structures sur le plan politique et économique.

L’élection du président de la république est ainsi l’élection d’un type de république que les candidats incarnent chacun. Pour préparer son choix ou en comprendre les implications, une typologie des conceptions de la république, du point de vue de la culture française serait bien utile. Cette typologie peut-être aussi utilisée pour comprendre les rapports avec le monde actuel et l’Europe en particulier.

Pour cela une analyse des Sens et cohérences de la culture française (Travaux de l’Humanisme Méthodologique – 1981) http://journal.coherences.com/article302.html permet de construire cette typologie ou du moins d’en donner quelques repères.

On donnera d’abord quatre constituant deux couples antagonistes et ensuite leurs croisements qui dessinent quatre types de républiques qui occupent l’esprit des français et sous-tendent les positions tenues.

Les repères

La république authentique : la gestion démocratique des affaires communes
à l’inverse :
La république dogmatique : modèle idéologique totalitaire de référence

La république révolutionnaire : L’opposition radicale aux pouvoirs établis
à l’inverse
La république organisatrice : L’édification d’un Etat de droit

Les conceptions explicites ou implicites des candidats.

La république dogmatique révolutionnaire : Les extrémismes manichéens et fascisant

Au nom de cette république on entend la fureur, dénonciatrice d’un système assimilé à quelque connivence avec le mal. Evidemment les tenants de cette république manichéenne se portent mutuellement une haine qui les engage à se détruire les uns les autres comme au bon temps de la guillotine pour trancher les sujets à coup de justice et de morale expéditives. Leur conception de la démocratie est plutôt celle de la rue et ses hurlements que celle de la délibération des citoyens. Est-ce que cela s’appelle populisme? Alors être président de la république n’est ce pas être le prochain décapité ? On sent d’ailleurs souvent d’étranges reculs des candidats affichés. Sont-ils à la tête de «partis de gouvernement» ?

La république organisatrice dogmatique : L’Etat jacobin et les oligarchies

La démocratie a souvent été assimilée au gouvernement de notables constituant une aristocratie hiérarchisée et auto-légitimée. L’Etat jacobin, maintenant en crise, en a poussé l’organisation à des sommets de rationalité étendant son pouvoir sur toutes les sphères de la société. Rationalité scientifique, juridique, économique, administrative, tout cela justifie une oligarchie et sa morale élitiste, c’est-à-dire qui confond élite et pouvoir, raison et pouvoir. La Raison d‘Etat y a toujours raison. Alors que vient faire un président de la république ici ? Se vouer à la défense de l’Etat dont il n’est le chef que pour cela. Le service de l’Etat est alors considéré comme étant celui de l’intérêt général et donc ne se discute pas. Au passage, république ou pas cela ne change rien sauf les sacralités idéologiques justificatrices invoquées.

La république authentique révolutionnaire : La défense du peuple contre les puissants

Le souci exclusif des plus pauvres, des plus faibles, des déshérités, des handicapés, fait de la république une «république providence». Il est d’ailleurs étrange que l’on parle d’Etat providence alors que ce sont les «partenaires sociaux» qui géraient seuls les dispositifs de «sécurité sociale». Au-delà des frontières le champ de son dévouement exclusif aux «pauvres» est assimilés à la protection et la défense des peuples contre les tyrans c’est-à-dire les pouvoirs en place. C’est ce qui fait de cette république revendicatrice une machine de guerre contre le pouvoir établi et non pas une méthode de résolution des problèmes. La république des bons sentiments sert les intérêts des bonnes consciences. La surenchère électorale, en dépit de la question du Sens du bien commun remplace la communauté nationale par la figure morale du peuple forcément opprimé. Le candidat président, comptable des affects, chercherait-il dans un bain de souffrance un brevet de sanctification?

La république authentique organisatrice : La construction d’une nation exemplaire

La communauté nationale est constituée par la participation à un projet commun qui mobilise conscience collective, intelligence collective, compétence collective. Ce projet est celui de l’élaboration et l’exercice d’une gouvernance communautaire démocratique. Il conjugue les réalités locales des français et de leurs communautés de vie et d’activités avec les réalités globales du monde actuel et celles des communautés de voisinage comme avec l’Europe. C’est comme cela que l’on peut dire que le projet national est avant tout un projet «politique» et la république son incarnation. Le président de la république, chef de l’Etat national en est comme le chef de projet. On en attend les propositions faites aux français des enjeux et de la méthode qui les mobilisera, en fonction de leurs situations dans le moment présent et pour le futur. Alors espérons les projets de gouvernance démocratique des enjeux communautaires pour une république du 21 ème siècle à l’ère de l’expression généralisée des cultures et des moyens de communication communautaires.

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L’Europe et la Grèce, l’heure de vérité.

L’Europe est un noeud de civilisation, de civilisations même pour être dans l’actualité. «L’Europe est une confédération d’Etats réunis par l’idée commune de civilisation» (Ernest Renan 1870). La Grèce y est pour quelque chose avec la démocratie, la philosophie de l’être que la pensée juive et chrétienne ont complété en leur temps. Mais sait-on que le terme d’Europe aurait été employé en Grèce pour désigner les terres du nord considérées comme barbares. Pour la Grèce l’Europe c’est le pays des barbares. «Était … barbare celui qui au lieu de parler grec — de posséder le logos — faisait du bruit avec sa bouche.» http://fr.wikipedia.org/wiki/Barbare . C’est bien ce que certains doivent penser de ceux qui viennent de Bruxelles ou d’ailleurs.

Une analyse des cohérences culturelles de l’Europe ( http://journal.coherences.com/article424.html ) a mis en évidence la diversité des logiques culturelles de l’Europe, autant de façons de la concevoir et d’agir. Comment L’Europe peut-elle traiter la Grèce? La question se pose pour la Turquie ( http://journal.coherences.com/article195.html )

On peut donc envisager quatre versions selon les conceptions de l’Europe. Ces quatre versions combinent les attitudes essentielles de rapport à l’autre à l’autre nation notamment. Ouverture ou défiance, confrontation ou défense.

L’Europe des puissances et des affaires. Elle est constituée comme une coalition d’intérêts qui se font aussi la guerre comme cela a été le cas dans l’histoire. Confrontation et défiance tels sont les principes de cette Europe entre ses parties prenantes et le reste du monde. C’est bien un des jeux du moment où le souverainisme et l’anti-mondialisation conduiraient à ce que chacun reprenne la défense de ses intérêts, vaque à ses affaires. La Grèce d’aujourd’hui n’intéresse guère cette Europe

L’Europe des normes et de la monnaie unique. Son idéal c’est un Etat unique qui règlemente et administre. Ses principes sont l’ouverture aux autres (sans limites?) mais dans une attitude défensive qui enferme les différences dans le corset de la normalisation. Inutile de la décrire on la connait bien. La Grèce y a été intégrée comme tout le monde sans plus de respect de ses différences mais avec le jeu des apparences qui s’est effondré. Alors faut-il continuer à sauver les apparences de cette Europe? A quel prix pour la Grèce et pour l’Europe. L’important pour l’Europe c’est que la Grèce revienne dans les normes, de verrouiller un peu plus ses disciplines normatives. Pour l’instant pour les grecs c’est monnaie unique, monnaie inique.

L’Europe impérialiste forteresse assiégée. L’empire romain en passant par la chrétienté, jusqu’à Napoléon et Hitler, ont alimenté le rêve fantasmé d’une Europe dominatrice du monde. Cette Europe conjugue la défiance et la défense. Elle existe contre les menaces extérieures et intérieures. Aujourd’hui les ambitions prêtées à la Chine, l’Amérique, les pays émergents, les pays arabes, justifient la construction de cette forteresse sans laquelle nous serions évidemment écrasé. Le protectionnisme européen y trouve ses bases ainsi que la construction de barrières contre toutes les menaces y compris celles de l’immigration, de l’invasion par des produits étrangers et des religions. La Grèce constitue une brèche qu’il faut vite colmater parce qu’elle menace tout l’édifice.

L’Europe communauté de communautés. Ouverture et confrontation à l’altérité, conjugaison des différences, reconnaissance réciproques, projets communs, mosaïque de cultures, monnaies communes, tel serait le modèle multiculturel, multi-communautaire que l’Europe peut construire. Dans ce cas on pourrait aussi parler de fraternité européenne, fraternité des nations et des communautés qui ont choisi un destin commun. Cela permet à l’Europe de devenir un modèle dont l’intérêt est universel mais sans hégémonie, sans uniformité. Seulement il faudrait se mettre à penser une démocratie communautaire et multi-communautaire, une économie communautaire et multi-communautaire, une gouvernance communautaire et multi communautaire. ( http://journal.coherences.com/article406.html ) Nous sommes là dans la mouvance d’une mutation de civilisation qui inquiète tant les autres Europes. Nous sommes là dans une logique de refondations qu’appelle ce moment de l’histoire du monde. Restaurer la souveraineté communautaire, souveraineté responsable des enjeux communs, entre communautés qui s’engagent ensemble voilà de quoi intéresser et mobiliser les européens.

Alors pour la Grèce, d’abord la reconnaissance du meilleur de ses valeurs culturelles, de ses qualités, de ses talents, de ses potentiels. On pourrait le faire aussi pour tous les autres, une autre considération réciproque. Ensuite rechercher comment la Grèce peut remobiliser ses ressources et, retrouvant une nouvelle estime de soi, amorcer une nouvelle dynamique de développement. Le regard des autres et toutes les aides pour accompagner ce mouvement seront fructueuses tant pour la Grèce que pour l’Europe et chacune des communautés qui la constituent. Mais pour cela il faut une méthode, une philosophie, un Sens du bien commun un humanisme méthodologique.

Voir aussi «Le Sens du bien commun» éditions Temps Présent juin 2011.

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Que se passe-t-il? Pourquoi tant de haine?

Claude Guéant dit « Toutes les civilisations ne se valent pas »
François Bayrou dit « 2012 un choix de civilisation »

Comment pourrait-on choisir une civilisation si elles se valent toutes?

Tout cela reste dans la confusion morale et mentale si on ne cherche pas à approfondir une question qui est si cruciale au moment où la fin de l’hégémonie occidentale nous confronte à la multiplicité des cultures dans le monde et dans chacun de nos pays? Elle se trouve évidemment au coeur de la question européenne et partout dans le monde.

Pour les uns la différence est liée à la suprématie de la civilisation occidentale et ses origines identifiée à « La Civilisation » et le réflexe de défense est de type nationaliste. Pour les autres la différence tiens à l’universalisme intellectuel, moral et opérationnel de notre civilisation et singulièrement de la France et son Modèle Républicain qui rabaisse tout ce qui n’y sacrifie pas ou le conteste.

Paradoxalement pour ces derniers la question de la diversité des civilisations est insupportable puisqu’il n’y en a qu’une de véritable, la notre.

Mais alors comment expliquer cette dénonciation violente des propos de Claude Guéant par la gauche. C’est parce qu’elle est prise dans un noeud de contradictions radical et qu’il ne faut pas en soulever le couvercle. François Hollande nous dit « La France n’est pas le problème mais la solution ». C’est bien du modèle français identifié au Modèle Républicain qu’il s’agit. En réalité il ne s’agit que d’une certaine conception de la république française dont les valeurs ne sont pas liberté, égalité, fraternité mais leur interprétation opportuniste selon les trois principes: individualisme, rationalisme, matérialisme qui en sont les véritables fondements.

La liberté c’est ici l’individualisme du libéralisme moral, de la revendication d’un libre arbitraire, d’un relativisme pour qui tout se vaut et où la diversité d’apparence va avec une indifférenciation de fond. La revendication des mêmes droits pour tous quelques soient les différences, réduites aux apparences va avec la libre affirmation des égos et des comportements dans la mesure où il n’y a pas d’altérité véritable. Le jeu des apparences et donc des masques et des semblants est là essentiel.

L’égalité c’est ici l’identification à une même norme et cette norme c’est celle, universelle, de la raison du rationalisme. Que l’on parle de normes idéales ou de normes naturelles ou structurelles c’est le magistère moral, organique et systémique d’un Etat jacobin qui est censé établir de façon juridique et scientifique les termes de l’équation égalitaire. Il y faut, bien sûr, des raisons supérieures aux autres, les raisons d’Etat sans doute. L’altérité est ici forcément une source d’altération de l’égalité.

La fraternité c’est ici la solidarité matérialiste. Le matérialisme ne connait que des liaisons et des forces d’origine matérielles. On peut donc solidariser deux morceaux de bois avec de la colle mais aussi par toute autre force de liaison endogène ou exogène. Il est vrai que les attractions répulsions des affects ressemblent à ces phénomènes de liaisons, d’inclusion et d’exclusion, de clivage ou de solidarisation. Question d’atomes crochus sans doute. Il y a toute une dialectique « sociale », binaire et manichéenne qui s’y source. L’altérité est une menace contre la cohésion et la solidarité.

Ces trois logiques différentes trouvent à se conjuguer dans un processus de déni de l’altérité, d’anti-humanisme radical au nom des droits de l’homme dument réinterprétés. On voit bien les risques du dévoilement, risque d’explosion d’une convergence apparente, risque totalitaire de tentative de colmatage des fractures, risque de violence dénégatrice de l’altérité. Libéralisme moral, étatisme, lutte des classes trois « tendances » à marier? Tel est le challenge de grands équilibristes en campagne. Le ciment pourrait être le déni d’altérité et les dénonciations associées. Mais il y a aussi cette synthèse, ce syncrétisme de l’accusation de l’homme, de l’antihumanisme radical et son déni d’humanité, cette réduction de l’homme à l’ordre des choses, à la Nature des choses. Il y a toujours une sorte de shyzophrénie qui le permet où l’humanité de l’homme postule sa propre négation.

Mais l’individualisme est-il de droite ou de gauche? L’étatisme est-il de droite ou de gauche? Le matérialisme est-il de droite ou de gauche? l’écologisme est-il de droite ou de gauche?

Et le choix de civilisation, question centrale? il suppose qu’il y ait pluralité. S’il n’y avait que dualité on se retrouverai dans un manichéisme classique. S’il n’y avait qu’étalonnage à une référence universelle supérieure on se trouverait dans une suprématie à vocation hégémonique. S’il n’y avait que multiplicité arbitraire alors tout se vaut et le choix n’est que l’exercice d’un libre arbitraire de plus, question de goût ou de dégout.

Alors quels critères de choix? Observons qu’il s’agit de civilisations humaines et que s’il y a des critères ils doivent être en rapport avec des valeurs humaines.

Alors pourquoi ne pas réinterpréter les valeurs de la république française comme des valeurs humaines, liées à l’humanité de l’homme, des valeurs humanistes donc.

La liberté, de nature proprement humaine, l’autonomie, ce n’est pas l’indépendance mais la maîtrise responsables de ses dépendances. La liberté responsable est ce vers quoi tend toute civilisation humaine. Plus de liberté cela veut dire plus de conscience, plus de maturité, plus de responsabilité dans les communautés de vie partagée. Elle se conçoit sur la base d’une transcendance de la personne qui se révèle progressivement et reconnait la contingence de son existence entièrement prise dans ses communauté d’existence et sur laquelle s’exerce sa responsabilité grâce à cette liberté là.

L’égalité c’est l’égale dignité de l’humanité que porte en lui chaque homme, quelles que soient ses conditions d’existence. L’égalité c’est la reconnaissance de l’altérité de chaque être, unique et partageant la même humanité. L’humanité porte en elle le pire et le meilleur, l’égalité aussi. Il faut donc que cette humanité soit engagée dans cette liberté responsable à cultiver pour que sa dignité s’exprime et soit reconnue en même temps que celle des autres membres de la communauté. Le fait que cette liberté responsable trouve à s’exprimer dans la communauté donne à celle-ci sa vocation de révéler et cultiver l’humanité des hommes qui la compose.

La fraternité c’est le partage d’humanité dans le Sens du bien commun au sein d’une communauté de devenir en commun. C’est aussi le partage d’humanité entre des communautés différentes selon le Sens du bien commun d’une communauté de communautés. Ainsi la fraternité est-elle constitutive du lien social dès lors qu’il est engagé dans le Sens du bien commun. Sans communauté pas de fraternité. Sans fraternité pas de communauté en voie de développement et d’accomplissement humain.

Alors la civilisation c’est le mouvement de développement et d’accomplissement d’une communauté selon la culture de son Sens du bien commun et la part d’humanité qui lui est propre.

A ce titre, là où il y a civilisation il y a aussi le pire, potentiellement au sein de chaque communauté. Chaque communauté est unique et à ce titre d’égale dignité humaine mais totalement différente dans sa culture. Chaque communauté est engagée dans une histoire où son niveau de civilisation est évolutif et peut même régresser.

Il y a là des éléments de réponse à la question « est-ce que les civilisations se valent? » et à la question « quel choix de civilisation ». Ces deux questions ont changé totalement de visage.

A la seconde la réponse est : la civilisation de l’humanité au sein de chaque communauté culturelle, selon sa vocation et à sa façon donc. La communauté mondiale est dans une mutation de civilisation, l’avènement de l’ère de l’humanité corrélative à l’ère de l’Esprit ou du Sens. Hominescence pour Michel Serres, âge de l’Esprit pour de grands visionnaires, âge du Sens et des communautés de Sens pour l’Humanisme Méthodologique, révolution humaniste pour Marie Anne Kraft.

A la première, la réponse naïve n’est plus possible. Il a fallu redéfinir ce qu’on entendait par là. Les civilisations sont toutes différentes et d’égale dignité mais les cultures ne sont pas toujours engagées dans leur meilleur Sens, dans leur processus de civilisation ou n’en sont pas au même niveau d’accomplissement de leur vocation et de leurs valeurs.

Alors il reste à relire les discours et les propositions politiques pour regarder de quoi ils parlent et qu’est ce qu’ils engagent, pour le pire ou le meilleur de la communauté française.

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Racisme, le temps des pompiers pyromanes

« Raciste » est devenu l’invective ultime. Les officines de communication, férues de storytelling élémentaire le signifient sans le dire à longueur de commentaires et de communiqués twiterrés au petit matin. Tel quotidien, épris de liberté, dénonce un groupe de députés au «front bas». Le front «national» en est évidemment considéré comme le repaire emblématique qu’il suffit de désigner pour stigmatiser les complicités larvées. La référence au temps de l’occupation est de rigueur et Hitler est l’étalon de mesure de toute malignité politique. On ne fait pas dans la demi-mesure ces temps-ci.

Ostracisme, xénophobie, communautarisme, multicuturalisme, différentialisme, anti-jeunisme, homophobie, anti-féminisme, intégrisme, repli identitaire, haine de l’autre sont devenus les figures du racisme qui les subsume. Il est vrai qu’au début du XX ème siècle encore, comme le montre Gustave Le Bon et sa psychologie des foules (1895), le terme de race est utilisé comme un identificateur culturel, familial, familier. Si le Littré qui le confirme témoigne aussi d’une acception zoologique, ce n’est qu’avec une réduction matérialiste, naturaliste que la race et le racisme sont maintenant référés à une conception biologique de l’humain. On en vient même à parler de racisme anti-musulman comme on l’a fait d’un racisme anti-juif. Comme si cela se ramenait à une question biologique, génétique. Pourtant les termes précédents posent des problèmes d’altérité humaine qui n’ont guère de sens en biologie.

L’accusation de racisme est donc une interprétation déviante d’une problématique réelle où la peur de l’autre induit un repli sur soi qui peut aller jusqu’à la haine de l’autre. Le déni de l’autre pour dénoncer la haine de l’autre telle est l’équation commune de l’anti-racisme ordinaire !

Cependant, le problème est réel et son antinomie c’est la fraternité. Il est vrai que la notion de fraternité qui écorche la langue des réducteurs d’humanité, est remplacée par celle de solidarité. Un peu de colle rend deux morceaux de bois solidaires, pas fraternels. Une troupe animale ou un système végétal peuvent se dire solidaires, pas fraternels. Le «vivre à la colle» d’antan n’impliquait pas forcément une grande «fraternité» et le pacte civil de solidarité vient y mettre bon ordre de droit. Or la fraternité est ce qui constitue le lien communautaire d’humanité, d’humanité seulement. La collection n’est pas communauté, et la collectivité pas toujours. La haine de l’autre, tournée vers des communautés honnies et même taxées de racistes, vient s’y opposer et c’est bien là qu’est le mal, le déni de fraternité, le déni de communauté véritablement humaine.

Il est des situations humaines où le sentiment de faiblesse associé à quelque peur exogène, conduit à se rassembler sous la protection d’une communauté englobante, matricielle même, pour se sentir plus sûr, plus en sécurité. Des régressions archaïques, fusionnelles, confusionnelles, privilégiant le bain émotionnel en dérivent, tant du côté du repli protecteur que de la violence défensive. A l’extrême on peut même se sacrifier pour survivre (autrement) à vouloir terroriser ceux qui nous terrorisent. Nous sommes à proprement parler dans la para-noïa. Cette fausse connaissance renvoie à un savoir certain de la malignité des autres, figure en miroir de l’épreuve du mal en soi, de la peur et la terreur, de la culpabilité même à réifier en meurtre quelques fois. L’autre est altération de soi, menace sur son intégrité qui porte à la défense intégriste, offensive, vitale. Tels sont les mécanismes de ces symptômes que l’antiracisme veut condamner. Sans appel.

Mais d’où vient cette peur traduite en peur de l’autre, devenu menace insupportable? Nous sommes submergés par les catastrophismes, dénoncés de ne pas y communier, nous sommes provoqués à nous méfier de tous ces «racismes» déclarés ou larvés que de bonnes âmes nous désignent. Nous sommes invités à nous soumettre à un universalisme qui laisse chacun seul devant le système du monde sauf à nous placer sous la tutelle d’un Etat, bien marri aujourd’hui d’un individualiste ambiant qu’il n’a cessé de tricoter pour son propre compte.

Le cercle vicieux est installé. La peur des uns, leur sentiment de faiblesse se conforte dans le repli, la régression, qui renforce les peurs, la sensibilité émotionelle. Les grands manipulateurs de l’émotion publique (source de l’opinion publique) en rajoutent à chaque occasion ou ne cessent de créer des occasions. L’inquiètement public est l’action des sphères qui nous veulent du bien disent-elles et particulièrement en dénonçant les menaces qui nous guettent. Le ciel pourrait nous tomber sur la tête. Il ne faut donc pas croire au ciel et nous méfier des magiciens qui voudraient nous pousser à quelque béatitude post-prandiale nous mettent-ils en garde. Avoir peur est un devoir, dénoncer les sources de la menace la vertu des grands démocrates. Dénoncer l’autre, le raciste donc, voilà le grand oeuvre de solidarité publique.

Il est des temps de plus grande fragilisation de l’humanité, ceux du changement et paradoxalement ceux des mutations qui nous font progresser. C’est souvent au travers de crises que ces épreuves décisives nous font grandir grâce au dépassement par une nouvelle maîtrise des affaires humaines. Nous sommes dans ce temps-là d’une mutation de civilisation. Mais ce type de passage comme le savent les professionnels du changement, éducatif ou thérapeutique, est délicat. On y a besoin de l’aide de l’autre, de la communauté de soutien (et pas de repli). C’est aussi le rôle de l’autorité en commençant par l’autorité parentale, différenciée. Le danger est d‘être submergé par l’angoisse, celle de toute remise en question pour progresser humainement parlant. L’épreuve de dépassement est menacée par les inquiètements opportunistes de ceux qui ne veulent pas grandir qui ne veulent pas que les hommes grandissent que leurs communautés grandissent. Les «project killers» sont au premier rang, dénonçant par avance les catastrophes que le fait d‘avancer ne manquera pas de provoquer par la faute de l’homme, des autres s’entend. Plus facile de régner sur un monde angoissé que d’y exercer une autorité repère, exposée donc.

Partout dans le monde les signes d’un renouveau, d’une Renaissance, se manifestent avec peut-être moins de coupages de têtes qu’en d’autres temps. Ceux qui veulent être maîtres du monde, universel, maîtres de la Raison unique, la leur, sont aux abois. Il crient au racisme, au communautarisme alors que les communautés de bien, que le Sens du bien commun ne cessent d’inspirer d’autres logiques. Même internet, l’espace permissif de tous les débordements, mature aussi en espaces communautaires qui, en grandissant. se font communautés de bien. Mais n’est pas Obama qui veut…

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Psychologie d’une élection présidentielle

Ce terme de psychologie rappelle celui de Gustave Le Bon auteur d’une « psychologie des foules » 1895 ( voir ses ouvrages : ). L’auteur considère les processus psychologiques qui animent les foules et ce qu’il appelle les meneurs. La foule c’est plutôt ce que l’on appellerait aujourd’hui un mouvement qui se constitue et se défait dans une période donnée. Si l’auteur prend notamment les révolutions comme exemple, le moment de l’élection présidentielle dans le contexte actuel y trouve quelques similitudes. Gustave Le Bon observe que les phénomènes de foules sont sous-tendus par une sorte d’inconscient collectif qu’il appelle une race. Ce terme utilisé en son temps par d’autres auteurs comme Renan ou le psychologue Taine, n’a rien à voir avec le concept biologique et héréditaire qui en a été fait par la suite, jetant une confusion entre le génétique et le psychologique. Il correspond avec la notion de cohérences culturelles, structures fondatrices des communautés humaines, inconscient collectif communautaire mis en évidence par l’Humanisme Méthodologique. Ici, la communauté qui nous intéresse c’est la nation française et ce qui s’exprime dans une élection présidentielle.

L’Humanisme Méthodologique apporte des fondements théoriques dont ne disposait pas Le Bon en son temps. Il apporte aussi des méthodes d’élucidation qui permettent l’analyse des cohérences culturelles des communautés, communautés nationales notamment. Ce type d’analyse met en évidence une problématique humaine et tous les Sens selon lesquels elle peut être vécue. C’est parmi ces Sens, les pires et les meilleurs, que se repère un  » Sens du bien commun », celui qui porte la voie d’un accomplissement et d’un développement culturel singulier. Ce sont ces Sens et les cohérences culturelles associées qui supportent les dynamiques collectives et les  » mouvements de foules « . A l’occasion d’une élection présidentielle, c’est tel ou tel Sens qui est proposé par chaque candidature et leurs promoteurs tentent de provoquer un mouvement en leur faveur, en faveur du Sens qu’ils veulent favoriser.

L’analyse des cohérences culturelles de la France a été réalisée il y a plus de trente ans ( voir : ). Si les circonstances changent les Sens sont toujours les mêmes. Leur expression doit être adaptée à l’actualité. C’est ce que fait cet article. Nous allons examiner 8 logiques, liées entre elles par oppositions, par combinaisons de voisinage et constituant une sorte de rose des vents ou des courants ou aussi une boussole pour aider à s’orienter. Une typologie des « passions » françaises se dessine alors où prennent Sens les élections présidentielles. On terminera par ce qui semble être le Sens du bien commun conjuguant les vertus voisines.

Avant de commencer il faut comprendre que toutes ces positions sont autant de rapports à l’ordre, l’ordre des choses, l’ordre établi aussi et, en l’occurrence, l’élection présidentielle s’inscrit non seulement dans un ordre politique, celui d’une constitution de la cinquième république, mais y participe selon les règles édictées par elle. Au pays de la révolution, idéalisée en révolution permanente c’est un paradoxe que de respecter un tel ordre préétabli. L’ordre napoléonien au contraire se satisfait de la pérennité d’un tel ordre avec une démocratie formelle bien ordonnée. Nous verrons donc comment l’ordre électoral et l’ordre présidentiel sont aperçus, à quelles positions cela donne lieu et quelles en seraient les conséquences si telle ou telle prédomine dans l’élection de celui qui l’incarne.

L’authenticité. Il s’agit d’élire celui qui représente le mieux le pays c’est-à-dire la nation, les français, la communauté des électeurs. Pour que les français se retrouvent en lui il faut qu’ils le reconnaissent et pour cela qu’il s’exprime, qu’il exprime ce qu’il est, ce qu’il pense, et comment il voit le pays et les situations qu’il traverse. C’est un jeu d’identification réciproque entre un pays et un homme, une personne qui l’incarne. Pour cela il doit être authentique, parler vrai, dire la réalité telle qu’il la voit, en toute bonne foi, de façon juste. Il doit dire le juste, pour que les français se reconnaissent et reconnaissent leur propre expérience avec toute sa diversité. Le « je » et le « nous » doivent s’identifier et par suite chacun dans la nation. L’élection du President c’est aussi l’élection de chacun comme renouvelant le lien communautaire.

Le cynisme. Il s’agit d’élire une doctrine, une certaine idée que l’on veut voir s’imposer. La vérité importe peu ou plutôt elle s’impose aux faits et aux hommes indépendamment de ce qu’Ils sont dont on fait volontiers table rase. La vérité d’en face est disqualifiée elle est dite mensonge parce que le critère de vérité c’est la conformité au dogme, pas à l’expérience. C’est d’ailleurs pour cela que les gens simples ne s’y retrouvent pas. La mauvaise foi est justifiée par la conformité, l’hypocrisie qui sépare la vie intérieure, le comportement privé et le discours public, les postures et les formules consacrées. L’élection est partisane et l’élu celui qui est le porteur du dogme, délégué pour cela. Ce n’est pas la vérité de sa personne qui compte mais sa fidélité théorique au dogme. Il est vrai que la position de mauvaise foi créé un climat de suspicion et de simulacre. Le déni de la réalité par tous les moyens de l’habileté, sophistique par exemple, emprunte volontiers les artifices de la raison, de l’argumentation, qui s’auto-justifie par ses références idéologiques en négation de l’expérience commune. Comment un président peut-il être élu? par défaut sans doute, c’est-à-dire par la mobilisation de quelque défaut.

Le ressentiment. Une des passions française les plus constante. Rien n’est bon dans l’ordre établi. S’agit-t-il d’édifier un ordre alternatif? Peut-être dans le discours à l’occasion, comme on se dit qu’il va bien falloir se doter d’un projet, d’une « culture de gouvernement ». Le ressentiment c’est la justification de l’empêchement, celle de la contestation, de l’opposition de principe, de la revendication impérieuse. L’élection se fait contre plus que pour. L’élu est le champion de l’intolérance à l’ordre ancien, l’animateur du ressentiment. Son programme c’est de déboulonner l’ordre en place et sauf à devenir dictateur, il lui faudra préparer sa propre défaite au prochain tour. Il en est toujours surpris et se croit trahi. La révolution française dans ses moments les plus radicaux en a montré jusqu’à la caricature.

L’enthousiasme. Voyant la possibilité d’un progrès dans l’ordre des choses alors la France peut se mobiliser avec enthousiasme. L’implication, dans le fait électoral lui-même, la participation aux enjeux commun, l’engagement dans un projet, la contribution par le vote à l’intérêt général trouvent les français disponibles, mobilisables. L’élu c’est celui qui sait montrer le chemin, le programme, le plan de ce à quoi les bonnes volontés sont invitées. Un visionnaire certes mais aussi concret, méthodique, capable de mener a bien ce qu’il entreprend, de réussir ce qui lui serait confié. L’élection du Président est un moment de l’action. Il ne s’agit pas tant de liquider l’ordre ancien que de le transformer, le faire progresser ou même de le dépasser. C’est à la bonne volonté et aux compétences qu’il est fait appel tant de l’élu que des français.

La défense. Ça ne va pas et il faut que ça change. La réalité ce sont les problèmes dont il faut se débarrasser, les maux contre lesquels il faut lutter. L’élu est celui qui rassemble un assentiment critique et militant, c’est-à-dire prêt à manifester, manifester son désaccord son désaveu de ce qui existe, de ce qui ne va pas. Il s’agit donc de combattre et de vaincre les maux qui accablent, les menaces qui planent, les carences qui sont manifestes, les insuffisances. La défense et la protection contre les dangers et les menaces dues à l’ordre établi est une bonne argumentation pour mobiliser. L’ordre mondial, le système, le pouvoir en place sont autant de cibles de la critique sans qu’il soit nécessaire de proposer des solutions alternatives et un projet constructif. Inutile de dire que si des émotions sont soulevés il ne s’agit pas d’enthousiasme et elles ne tiennent qu’autant que les maux sont mis au premier plan. L’indignation a besoin d’être alimentée en permanence.

L’ambition. L’enthousiasme doit être alimenté par une perspective valorisante du moins dans les apparences. Un projet de conquête, une utopie bien identifiée, une vision prometteuse sont à proposer. Il s’agit bien de promesses qui doivent flatter les électeurs qui s’en imaginent grandis. Bien sûr les promesses n’engagent que ceux qui y croient. C’est dire que la bonne foi, le réalisme ne sont pas de mise sauf dans l’excellence du tableau proposé, de la scène imaginée. Il y faut de l’habileté et s’adresser aux électeurs comme à une élite. Les élites s’en trouvent d’autant plus valorisées et gratifiées qu’elles trouvent un place éminente dans la perspective. Le Président élu est porteur d’un charisme qui doit beaucoup à la séduction et se présente comme compétence d’exception. Il porte l’ambition du pays qu’il a su lui faire partager. C’est forcément un bon communicant…

La destruction. Renverser l’ordre établi par tous les moyens, tel est l’enjeu. L’élection présidentielle n’en est qu’un moyen plus ou moins opportun. Le Président fait figure de vainqueur potentiel, celui qui saura détruire l’ordre et les pouvoirs existants. On sait ce qu’il en advient ensuite. On comprend que l’élection fait appel plutôt à des forts en gueule qu’a des personnalités discrètes et subtiles. La calomnie, la dénonciation, le procès d’intention, la démagogie, la disqualification de l’adversaire, tout est bon pour entretenir l’animosité et exacerber les haines et les passions destructrices. Le cynisme et le ressentiment se posent en vertus et les tièdes en traitres potentiels. Ça finit toujours mal pour les français et pour les dénégateurs du pouvoir qui l’auraient pris par inadvertance.

La construction. Édifier c’est a la fois faire grandir en vertus et construire. Le rôle d’édification d’un Président repose sur l’appel a des engagement vertueux au service de la communauté et aussi, au-delà, au service d’autres communautés et du monde. Édifier un ordre des choses renouvelé en fonction des évolutions du monde telle est la vocation de la France dans tous les domaines où elle peut exceller. Pour cela l’élu doit en manifester la volonté et la perspective et en faire appel au français, leur demander leur engagement sur des enjeux communs, ceux de communautés qui participent à la communauté nationale et son devenir, ceux aussi de communautés élargies comme l’Europe ou au-delà. C’est en communiquant sa conviction, sa bonne volonté et l’authenticité de son engagement qu’il peut solliciter valablement une élection c’est-à-dire un choix personnel des français celui du Sens du bien commun.

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Post-démocratie?

Selon Colin Crouch un sociologue anglais, la démocratie ne serait pas applicable au-delà des espaces nationaux. Du coup c’est à une régression de la démocratie que l’on assisterait, une dé-démocratisation. Le pouvoir d’entreprises multinationales se substituerait aux pouvoirs démocratiques. Il y a là « un plafond de verre » de la conscience des intellectuels. Dans l’évolution des niveaux de conscience humaine et des niveaux de civilisation ( théorie de l’évolution humaine de l’humanisme méthodologique) on peut envisager quatre conceptions de la démocratie.

Le niveau archaïque dominé et régi par les affects. La démocratie serait l’imposition de la volonté du peuple à l’encontre de pouvoirs oppresseurs. Un pathos pour répondre à un pathos dans l’affrontement des volontés de puissance. On sait que la démocratie ainsi définie l’est par quelque « avant garde » quelque peu ventriloque qui fait parler le peuple jusqu’à s’approprier sa voix et sa volonté. On a appelé cela démocraties populaires.

Le niveau primaire l’univers des faits et des interactions. La démocratie est l’organisation collective, la cogestion opérationnelle, la co-opération qui fait l’objet de bien des expériences participatives. Limitée au champ des enjeux et des occupations collectives elle se traduit par une co-ordination qui réclame une cohérence vite confiée aux experts à tel point que les simulacres ne sont pas rares. Une véritable démocratie supposerait une capacité de compréhension mutuelle qui dépasse le niveau factuel.

Le niveau secondaire, celui des représentations idéelles. La démocratie est la caractéristique d’un système politique basé sur une représentation de l’Etat et de la citoyenneté. C’est une notion de type juridique qui se traduit par un système formel que les élections représentent le plus souvent avec les délibérations sensées permettre à chaque citoyen de forger son opinion en conscience. Le problème est ici que, à l’âge des représentations (mentales), celles-ci semblent constituer le champ indépassable de la conscience. L’identification des Etats nations et de leur territoire matérialisent ce qu’une carte de géographie représente. Un découpage de l’espace devenu espace politique, dessine les champs de la loi démocratique qui s’y fonde totalement, exclusivement. Déjà dans un pays comme la France qui a poussé très loin le formalisme des idées, il est difficile d’intégrer l’existence de régions comme espace démocratique. On voit bien comment le niveau national s’impose sans cesse. Il lui est difficile aussi d’intégrer un niveau supérieur comme l’Europe sans tomber dans l’idéalisme généralisé de l’espace universel régit par les idéaux français. Du coup ce qui « dépasse l’entendement » et ses frontières matérialisées est vécu comme un trouble régressif. C’est effectivement le cas dans les espaces moins verrouillés que les Etats nations, et pour cause.

Le niveau tertiaire, celui des communautés de Sens. C’est le niveau de conscience qu’aborde la mutation de civilisation à l’âge de maturescence ( hominescence dit Michel Serres ), l’âge du Sens. Les affaires humaines, seuls enjeux démocratiques évidemment, n’existent que dans l’espace des communautés humaines. Or ces espaces ne répondent pas à la topologie cartographique et ses frontières d’exclusion inclusion. A l’heure d’Internet c’est de plus en plus évident mais cela a toujours été comme ça. La démocratie ne peut se définir par un système formel (même si elle en emprunte la médiation de façon contingente). Elle se fonde dans les enjeux et les modalités existentielles donc culturelles d’une communauté humaine (de nature humaine). C’est la question de la gouvernance communautaire qui est posée. La réponse démocratique suppose une prise de position axiologique c’est-à-dire en référence au bien. L’humanisme méthodologique montre comment le Sens du bien commun vient parmi d’autres Sens poser l’axe du bien dans les enjeux et les modalités communautaires. La gouvernance communautaire tout comme l’économie communautaire et toutes les affaires communautaires ressortissent d’une démocratie propre qui dépend et de la spécificité culturelle et des niveaux d’évolution et de conscience individuels et collectifs. La démocratie communautaire a été repensée tant comme conception que comme pratique ( le temps des démocraties majeures ). On y distingue démocratie élective autour du repérage du Sens du bien commun, démocratie représentative autour de la construction des représentations collectives, la démocratie participative autour de la gestion des affaires communes.

Alors où est la post-démocratie? Elle est dans le dépassement impossible d’un niveau de conscience, le plafond de verre qui empêche de voir l’avenir de la démocratie en train d’émerger. La conscience communautaire, la complexité aussi des ensembles communautaires, le Sens du bien commun, la gouvernance communautaire et l’économie communautaire font partie des déploiements d’un paradigme communautaire émergent. L’au-delà du plafond de verre.

Il est vrai que les défauts de conscience laissent le champ à toutes les immaturités possibles et aux régressions constatées. Tant qu’on pense la démocratie mondiale comme celle d’un super Etat nation il ne peut en être autrement. Penser une communauté mondiale qui comme toute communauté est une communauté d’altérités (diversité, différences) et non pas une communauté de « mêmes » juridiquement  constitués, est la base d’une possible démocratie mondiale qui ne se substitue pas aux autres communautés. C’est ce que le « multilatéralisme » des Etats n’arrive pas à instaurer.

C’est donc ce plafond  de verre des consciences intellectuelles qui est le principal obstacle à la maturation de la démocratie plus que les seigneurs de la guerre économique qui occupent un terrain laissé vierge.

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Le Sens de la spéculation

Le Sens de la spéculation est celui d’un individualisme qui vise à capter les signes de valeur pour nourrir sa propre valeur. Le spéculateur n’a de cesse d’alimenter le puits sans fond d’une identité qui réclame de profiter toujours plus de ce qui l’environne, du monde et des autres. On sait que ce jeu entraine une addiction. Plus le spéculateur se rempli, gagne ou perd, plus il est à côté du sujet, plus il est vide et avide. En économie la spéculation vise à capter des signes de valeur, la monnaie ou tout ce qui fait signe, signes extérieurs de richesse; extérieurs justement, pas intérieurs. Le travail, comme toute activité humaine, peut être spéculateur; il ne compte alors que par ce qu’il permet de gagner, de prendre sur autrui, sur le bien commun. Le jeu de hasard est spéculation, miser, tenter le sort comme par un appât, le séduire en espérant obtenir un gain qui sera pris sur le monde extérieur. On sait que si le succès vient du fait de gagner, il ne satisfait pas le vide d’être qu’il faut remplir sans cesse jusqu’à plus soif? Mais la soif est inextinguible. Le sens de la spéculation est celui de la séduction, étymologiquement : détourner de son Sens. Il s’agit de donner à voir pour avoir l’autre, de capter son attention, son désir, se remplir de ce désir pour n’être rien au bout du compte comme Don Juan après toutes ses conquêtes. Combien de conquêtes, de captations, de captures? Histoires captivantes de nos enfances que le cinéma, la télévision, les médias ne cessent de nous livrer en nous séduisant. Le règne du paraître, du donné à voir, des jeux de signes et d’images, nous y somment plongés.

Le Sens de la spéculation, celui de la séduction, captation des signes est celui d’une position d’être, celle aussi de l’individualisme qui essaie de construire une individualité sans fondements autre que la capacité de capter, de prendre sur les autres, de briller, d’obtenir. Dès lors nos banquiers spéculateurs ne font qu’accomplir à leur échelle mondialisée le dessein de chacun qui se trouve engagé dans cette posture là. Ils ne font que révéler un courant de société où « personne n’a vu venir » les conséquences de ce qui était au fond si naturel : agir pour gagner plus. La crise est le signe d’une rupture par rapport à cela une mise en question  de cette logique, de la prévalence de ce Sens, une mise en question de l’individualisme radical. Avant  d’aller y voir de plus près il faut comprendre quelle est la position d’être inverse (la théorie des positions de vie est un apport majeur de l’humanisme méthodologique).

A l’opposé la position d’être est la participation à une réalité, réalisée en commun. On sort du face à face de l’individualité avec le monde et avec les autres, pour un côte à côte, un engagement partagé. Ici chacun y « met du sien » pour une réalisation commune dans laquelle il se retrouve et se construit lui-même. L’individualité est alors l’expression de cette participation au monde au lieu d’une captation. Relations de concourance, générosité de l’implication, sont générateurs de richesses communes. Il est vrai qu’à l’opposé d’un monde individualiste c’est ici un monde communautaire qui se déploie et non un monde collectiviste composé lui de collections d’individualités à normaliser. Le Sens du bien commun est celui de l’engagement commun et les valeurs communes en sont les indicateurs, ceux d’une échelle de valeurs des engagements, des participations et des fruits générés.

Cela ne nous est pas étranger mais les « calculs » spéculatifs, ceux des univers où ils ont été développés, notamment sur le plan intellectuel, ont privilégié un tout autre Sens, inverse, dont nous voyons les aboutissements possibles et la crise d’alerte salutaire.

Sur le plan économique on examinera trois aspects. L’opposition de deux Sens de la notion d’investissement, spéculatif ou industrieux. Ensuite l’implication de chacun au travers du travail et de son Sens dans l’une ou l’autre des logiques. Enfin l’opposition entre une économie forcément anonyme et par exemple systémique et une économie appropriée, pensée comme communautaire avec l’inversion entre elles deux du Sens des valeurs. Pour terminer il faudra dire un mot rapide sur la méthode qui pourrait favoriser le changement amorcé, ses conditions et les obstacles à lever.

L’investissement spéculatif. Investir, spéculativement parlant, c’est miser, placer sa mise sur le tapis, l’espace de jeu en espérant un gain rapide. Une affaire de coups et de martingales. La logique impose de ne considérer que les signes de gain et pas les signes de réalisation, de construction du bien commun. Pire il faut le fuir et ce n’est pas un hasard si un licenciement important ou la cession d’actifs productifs sont là de bons signes. L’important c’est la non implication dans le processus industrieux, industriel aussi. L’opposition spéculation / réalisations est radicale. Les signes de signes que sont les « produits dérivés » ont cet avantage de pousser plus loin la désaffection d’avec ce que d’autres appellent l’économie. Pour celle-ci, l’économie industrieuse, l’investissement est la mobilisation de ressources pour réaliser un bien commun. Un argument entendu c’est qu’il y a aurait une richesse créée par la spéculation. C’est faux il s’agit d’un amoncellement de signes de captation. C’est la consistance de la bulle spéculative. La tricherie vient du fait que c’est apparemment la même monnaie qui ferait l’équivalence, qui donne le change. La « mise » est soustraite à l’investissement industrieux et le gain est mobilisé pour la spéculation uniquement. Pourquoi confondre les deux types de signes. Pourquoi confondre des signes du Sens du bien commun, ceux d’une communauté de valeurs et des signes de valeur supposée universelle qui en font totalement abstraction. Il est vrai que les fondements épistémologiques de certain courant scientifique, économique notamment, privilégient un arbitraire du signe, valant par lui-même dans ses apparences mêmes, intellectuellement abstraites. A contrario la réalité est un construit et il n’y a de signes que comme expression du Sens dans un système de valeurs communes, dont communautaire.

Travail et spéculation.

Sur le plan économique il ne faut pas s’en tenir aux spéculateurs professionnels dont les échelles de valeurs sont auto légitimées et sans commune mesure avec celles de l’économie communautaire. Bien des entreprises s’abstrayant du bien commun et en ayant perdu le Sens, en viennent à croire que les gains spéculatifs sont meilleurs que les gains industrieux qui eux consomment des investissements. C’est dans la même comptabilité que les signes arbitraires de valeur et les signes de valeurs communautaires sont confondus. On a aussi une caractéristique du spéculatif c’est la sophistication intellectuelle qui masque les rationalités productrices derrière des modèles qui relèvent de la magie. Ca marche. Aucun expert ne peut-dire pourquoi se fiant seulement aux apparences. En France on parle des entreprises du CAC 40, l’instrument spéculatif est prix pour signe d’identité c’est dire. Les entreprises de « service public à la française » n’y échappent pas. C’est d’ailleurs une autre exemple de spéculation, l’intérêt des agents de la fonction publique comme substitut au bien commun. Plus généralement cette attitude qui consiste à travailler le moins possible, y mettre du sien le moins possible et rechercher les configurations qui vont permettre d’obtenir un gain maximum correspondent à des attitudes fréquentes que les syndicats favorisent ainsi que d’autres idéologies individualistes. Il faut noter que les corporatismes ont la même attitude consistant à tirer un maximum des ressources de la communauté pour le minimum d’implication. Le slogan « travailler plus pour gagner plus » s’y oppose dès lors que l’on entend par travailler y mettre du sien dans le service du bien commun pour partager les richesses produites en commun. Il est évident que le travail vu comme investissement spéculatif avec le minimum d’implication personnelle donne à cette formule un tout autre Sens.

Alors la spéculation économique? un miroir aux alouettes et les alouettes sont très nombreuses, les vedettes du CAC 40 et tous ceux qui communient dans la logique individualiste. A quand la redécouverte de l’économie communautaire?

L’économie communautaire. Lire

Le champ de la régulation des enjeux, des investissement, des valeurs est celui de la communauté, autour de son Sens du bien commun. On voit bien l’incohérence qu’il y a à vouloir traiter des problèmes spéculatifs apatrides tout en cherchant le Sens du bien commun et les moyens d’action et d’évaluation appropriés. Bien sûr, l’économie communautaire doit prendre en compte la complexité des ensembles communautaires, imposant de traiter les problèmes au bon niveau celui de la régulation communautaire. Le niveau familial en est un, celui des collectivités locales ou régionales un autre, celui du niveau national et des ensembles internationaux un autre encore. Il y a en a bien d’autres. Si on considère que l’économie est la production et l’échange de biens et services qui s’évaluent selon le Sens du bien commun, là où il n’y a pas de gouvernance communautaire il n’y a pas de possibilité d’évaluation commune. C’est le cas de communautés immatures comme de la communauté monde qui tente néanmoins de se constituer (G20) à l’occasion de cette crise. la crise de l’euro en est aussi un symptôme

La spéculation a besoin d’anonymat, de désimplication. Si elle est prise dans le colloque communautaire alors elle ne peut plus échapper à la question du bien commun et prétendre oeuvrer pour le bien de l’économie. Pour cela il faut que cette économie n’ait pas de voix communautaire. Cela tombe bien avec la pensée systémique. La croyance dans « le marché »  comme entité abstraite et au « système économique » comme entité « naturelle » met à l’abri de la responsabilité vis-à-vis du bien commun. La spéculation économique s’accommode particulièrement de l’élimination du champ communautaire de la pensée politique et économique, d’un espace où elle aurait des comptes à rendre. On voit bien l’intérêt d’un espace mondialisé pour échapper aux communautés nationales, surtout si elles mêmes évacuent les niveaux communautaires plus locaux. Alors faut-il en revenir au « protectionnisme ». C’est une vision régressive des communautés dont les caricatures permettent de défendre la science économique systémique facilement spéculative. Comme les communautés sont-elles mêmes prises dans des ensembles communautaires plus larges, il ne peut y avoir d’économie fermée mais il ne peut y avoir non plus d’économie extra-communautaire transparente aux biens communs. Donc pas de discussion économique en dehors d’une communauté de référence. Pas d’acteur économique qui ne se pose dans une communauté de référence, même multinationale. Dès lors chaque entreprise, chaque organisation économique a des comptes à rendre dans les espaces communautaires où elle agit selon les valeurs de chacun, différentes. Alors le politique retrouve son rôle de conduite du développement communautaire. Alors les valeurs communautaires donnent la mesure de toute activité économique qui n’a plus d’autre valeur d’échappement.

Comment renverser une tendance lourde qui malgré ses méfaits, bénéficie d’une « complicité » collective, de l’auto aveuglement associé et de la duplicité intellectuelle de bien des experts et des acteurs. Comme toujours le combat ne fait que conforter le problème. C’est le développement de l’économie communautaire qui est la bonne voie. Il y a de plus en plus d’intérêt pour la question du bien commun sans qu’on prenne garde que cela implique une communauté de bien. C’est là qu’il y a le plus gros travail conceptuel à réaliser pour refonder une vision des communautés humaines qui échappe aux spéculations intellectuelles où elle s’est enfermée quelques fois. Il y a ensuite à réviser la lecture des questions et des phénomènes économiques dans cette perspective. On verra comme cela comment la crise appelle ces analyses mais que l’offre conceptuelle est défaillante. Il suffirait bien souvent de se recentrer sur la ou les communautés concernées au lieu de discuter dans l’abstrait des systèmes de pensée actuels. Ensuite on en viendra à apprendre à se confronter avec l’élucidation du Sens du bien commun propre à chaque communauté selon sa culture, à ses valeurs et son échelle de valeurs et les critères qui lui sont propres. Enfin les modes de régulations communautaires viendront comme pratiques de gouvernance chacune selon la culture qui est la sienne.

Ainsi le paradigme communautaire, alternative au paradigme spéculatif individualiste, entraîne-t-il à réviser l’ensemble des affaires communes et leur gouvernance démocratique. Il ne s’agit pas de faire table rase de l’existant mais de le voir autrement pour agir autrement. Rien de plus difficile.

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