Tag: communauté nationale

La participation démocratique

Participation des habitants et démocratie communautaire.

Un contexte en pleine mutation

En résonance avec la mutation de civilisation et les troubles qui l’accompagnent, le « modèle républicain » de notre pays se trouve aux prises avec trois forces qui se combattent et à une émergence qui est la réponse de la « société civile » avec la participation des habitants aux affaires communes.

L’universalisme formel considère que l’égalité formelle est sa traduction impérative. Il a besoin d’un Etat central de type jacobin pour normaliser et encadrer de ses normes et contrôles toute la société civile. Celle-ci peut s’étendre à toutes populations et territoires dans la mesure où ils rentrent dans ses normes de conformité. C’est comme cela qu’est conçu l’assimilation de ceux dont les différences sont ignorées.

Le nationalisme considère que la Nation est la propriété de ses membres et leur confère privilèges et protection. Il est ainsi inquiété par les emprises extérieures et les immigrations étrangères qui ne peuvent être tolérées que si elles respectent ces prérogatives. Sinon, leur marginalisation est impérative dans les ghetto que l’on connait.

Ces deux modèles conflictuels sont historiquement imbriqués dans des formes politiques multiples où le rapport aux étrangers n’est pas si différent et où le colonialisme en d’autres temps faisait quasi unanimité.

Avec l’évolution des esprits, et l’ouverture au monde un autre modèle est envisagé, une sorte de multi-culturalisme à la française où l’égalité devient droit de cité des différences, reconnues comme identités équivalentes dès lors qu’elles peuvent se réclamer d’une origine victimaire. Ce sont « les minorités«  qui constituent des communautés citoyennes en droit de « pouvoir d’agir », c’est-à-dire capacité à revendiquer leurs droits dans un rapport de force avec toutes les autres et en particulier ce qui faisait communauté nationale. Ce modèle ne peut que susciter des réactions défensives des précédents qui sont déjà à l’oeuvre. (Contrôle de l’Etat central, protectionnisme).

En même temps la société civile à la croisée de ses multiples racines culturelles et de son ouverture au monde commence à revendiquer une implication dans la participation active aux affaires communes. Le thème de la démocratie participative y a contribué même si son immaturité en a été sanctionné par l’échec à peu près systématique lorsque ce n’était pas simple simulacre. Cependant l’aspiration à une plus grande autonomisation et à la participation aux affaires communes font émerger un autre modèle de société. Combattu par les trois autres il lui faut trouver ses voies et moyens pour acquérir un maturité indispensable.

La démocratie communautaire est autant nationale qu’internationale ou locale lorsqu’elle est territoriale. C’est cependant aussi un modèle pour des communautés non territoriales, organisations, activités, projets, enjeux communs. Elle repose sur un principe : la recherche du bien commun à toutes les échelles communautaires.

Démocratie communautaire et participation des habitants.

La participation des habitants se doit d’être située dans une communauté de référence dont ils peuvent s’approprier la recherche du bien commun. Ce seront des quartiers, des projets d’intérêt commun, des villes et au-delà, à toutes les échelles. Habiter ensemble est alors aussi un engagement de l’avenir, d’un devenir commun comme aussi tout projet qui ne s’achève pas dans sa réalisation mais dans les visées communes qu’il poursuit.

La participation des habitants aux affaires communes ne peut se faire que par une approche d’appropriation active (ni simple adhésion, ni appropriation passive, ni revendication conflictuelle).

Dans le domaine territorial il s’agira de développer des communautés territoriales majeures et des projets d’intérêt public. Il faut insister sur le fait que cette maturité des communautés impliquées vise aussi leur participation à des communautés plus larges comme la considération de toutes les communautés transversales ou locales.

Le développement communautaire de territoires ou de projets réclame trois conditions impératives qui sont souvent négligées.

– L’instauration ou la restauration d’un identité commune mobilisatrice. Elle doit pour cela avoir des racines rétrospectives, une identification introspective de qualités et de valeurs communes singulières, une projection dans le futur désirable ou identité prospective. C’est comme cela que s’exprime le Sens du bien commun tel qu’il a pu être élucidé au préalable (méthodes d’analyse de cohérence culturelle).
– La création d‘une dynamique humaine d’implication et d‘apprentissages progressifs qui se traduise par une intelligence collective des affaires communes, une créativité et des compétences associées. La démarche présente un caractère d’apprentissage qui ne peut être seulement ponctuel mais vise à franchir différentes étapes de maturité, ce qui caractérise la poursuite d’un bien commun d’autonomisation responsable.
– Le développement d’une gouvernance démocratique appropriée à la communauté. Cette gouvernance démocratique ne peut qu’être le fruit d’une expérience et d’un apprentissage progressifs. Une communauté majeure doit se gouverner y compris dans ses rapports avec d’autres communautés mais sa gouvernance dépend du niveau de maturité communautaire.

La gouvernance communautaire des communautés majeures.

Elle comporte trois dimensions articulées.

Une démocratie élective pour la désignation d’une personnalité incarnant le Sens du bien commun pour en constituer le repère, oeuvrer au consensus et indiquer la direction. Le mode de choix ou de désignation (élection) dépend de chaque communauté, sa culture et de son niveau de maturité.

Une démocratie représentative qui représente les différentes populations, groupes et acteurs de la communauté afin de constituer (concevoir et établir) les références communes en termes de règles, de projets, de cadres institués, de stratégies, en cohérence aussi avec la participation à d’autres communautés plus vastes.

Une démocratie participative qui n’est autre que la participation des habitants, groupes et acteurs aux actions et activités communes, depuis leur définition, leurs réalisation, et leur évaluation. Cette participation active s’appuie sur les références communautaires et sur tous les concours ou services qu’elle peut solliciter (publics ou privés). Sans les références communautaires et sans les concours sollicités la démocratie participative reste un leurre entre naïveté immature et déviances opportunistes.

Dans une communauté en cours de développement les différents niveaux de démocratie doivent faire l’objet d’assistances ou de substituts temporaires selon leur niveau d’évolution (Chefs de projets, comités de participation…).

Les conditions de mise en oeuvre

Elles dépendent du niveau de maturité de la communauté initiatrice (ex : la ville pour le quartier ou les projets publics) et se traduisent par un mode de gouvernance des projets participatifs.

Ignorance des processus de participation communautaire

Les actions sont alors ponctuelles et semi-clandestines. C’est le cas le plus fréquent actuellement, ce qui pose des problèmes de pérennité.

Orientation vers un participation communautaire

Ce sont des projets ponctuels de concertation ou de développement communautaire de quartier qui réclament une volonté politique suffisante pour en assurer la pérennité dans un milieu fondé sur d‘autres logiques.

Mise en oeuvre d’un management par projets communautaires

Comme le management par projet il consiste à confier à un pôle de compétence la conduite des projets et des actions publiques. Il s’appuie sur les services qui sont soit des services supports soit qui assurent le fonctionnement administratif et technique quotidien. Ici le pôle de compétence est constitué principalement de chefs de projets généralistes particulièrement formés au développement communautaire et à la conduite des dynamiques humaines d’appropriation active.

Choix d’un nouveau mode de gouvernance pour la communauté initiatrice (ville etc.)

C’est toute la gouvernance de la cité qui est alors à revoir avec les trois niveaux : de démocratie élective (ex : le maire), de démocratie représentative (les élus et d‘autres représentants de la cité), de démocratie participative pour toute l’activité et l’action communautaire. Un tel mode de gouvernance, adapté à chaque communauté, ne peut résulter que d’un processus de développement communautaire à ce niveau.

Roger Nifle 14 Février 2014

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Elire un président, oui mais pour quelle république ?

La république est-elle une entité sacrée et universelle ou bien un mode de gouvernance de la société? Est-elle un contre pouvoir ou un pouvoir dominateur ? La république est-elle synonyme de démocratie ou de régime totalitaire. Les références historiques gréco-romaines, les discours révolutionnaires et post révolutionnaires, l’expérience des «républiques populaires» et la comparaison des multiples modèles contemporains montre qu’il n’y a pas une seule définition possible. Chacun peut l’interpréter dans le Sens qui lui convient légitimant ses projets et ses désirs, ses valeurs, ses ambitions et ses croyances.

Au moment d’élire un président de la république on pourrait penser que le choix porte sur le meilleur de ceux qui incarnent les valeurs et enjeux de la république. C’est le cas en période pacifiée où le consensus national républicain permet ce type de choix. Si ce sont plusieurs conceptions de la république qui sont en jeu il y a alors un enjeu implicite de refondation, de remise en question.

Nous y sommes. Non pas que ce soit nouveau dans l’histoire de notre pays mais, hormis dans des périodes de crise, la question ne s’est pas posée explicitement, chacun cultivant implicitement sa conception derrière un conSensus supposé. Les références au Conseil National de la Résistance, plus de 65 ans après sont à prendre soit comme un repli conservatoire soit comme l’émergence d’une remise en question radicale. La mutation de civilisation, les turbulences du monde actuel qui avance de crises en crises ébranlent les croyances sur le plan symbolique et les structures sur le plan politique et économique.

L’élection du président de la république est ainsi l’élection d’un type de république que les candidats incarnent chacun. Pour préparer son choix ou en comprendre les implications, une typologie des conceptions de la république, du point de vue de la culture française serait bien utile. Cette typologie peut-être aussi utilisée pour comprendre les rapports avec le monde actuel et l’Europe en particulier.

Pour cela une analyse des Sens et cohérences de la culture française (Travaux de l’Humanisme Méthodologique – 1981) http://journal.coherences.com/article302.html permet de construire cette typologie ou du moins d’en donner quelques repères.

On donnera d’abord quatre constituant deux couples antagonistes et ensuite leurs croisements qui dessinent quatre types de républiques qui occupent l’esprit des français et sous-tendent les positions tenues.

Les repères

La république authentique : la gestion démocratique des affaires communes
à l’inverse :
La république dogmatique : modèle idéologique totalitaire de référence

La république révolutionnaire : L’opposition radicale aux pouvoirs établis
à l’inverse
La république organisatrice : L’édification d’un Etat de droit

Les conceptions explicites ou implicites des candidats.

La république dogmatique révolutionnaire : Les extrémismes manichéens et fascisant

Au nom de cette république on entend la fureur, dénonciatrice d’un système assimilé à quelque connivence avec le mal. Evidemment les tenants de cette république manichéenne se portent mutuellement une haine qui les engage à se détruire les uns les autres comme au bon temps de la guillotine pour trancher les sujets à coup de justice et de morale expéditives. Leur conception de la démocratie est plutôt celle de la rue et ses hurlements que celle de la délibération des citoyens. Est-ce que cela s’appelle populisme? Alors être président de la république n’est ce pas être le prochain décapité ? On sent d’ailleurs souvent d’étranges reculs des candidats affichés. Sont-ils à la tête de «partis de gouvernement» ?

La république organisatrice dogmatique : L’Etat jacobin et les oligarchies

La démocratie a souvent été assimilée au gouvernement de notables constituant une aristocratie hiérarchisée et auto-légitimée. L’Etat jacobin, maintenant en crise, en a poussé l’organisation à des sommets de rationalité étendant son pouvoir sur toutes les sphères de la société. Rationalité scientifique, juridique, économique, administrative, tout cela justifie une oligarchie et sa morale élitiste, c’est-à-dire qui confond élite et pouvoir, raison et pouvoir. La Raison d‘Etat y a toujours raison. Alors que vient faire un président de la république ici ? Se vouer à la défense de l’Etat dont il n’est le chef que pour cela. Le service de l’Etat est alors considéré comme étant celui de l’intérêt général et donc ne se discute pas. Au passage, république ou pas cela ne change rien sauf les sacralités idéologiques justificatrices invoquées.

La république authentique révolutionnaire : La défense du peuple contre les puissants

Le souci exclusif des plus pauvres, des plus faibles, des déshérités, des handicapés, fait de la république une «république providence». Il est d’ailleurs étrange que l’on parle d’Etat providence alors que ce sont les «partenaires sociaux» qui géraient seuls les dispositifs de «sécurité sociale». Au-delà des frontières le champ de son dévouement exclusif aux «pauvres» est assimilés à la protection et la défense des peuples contre les tyrans c’est-à-dire les pouvoirs en place. C’est ce qui fait de cette république revendicatrice une machine de guerre contre le pouvoir établi et non pas une méthode de résolution des problèmes. La république des bons sentiments sert les intérêts des bonnes consciences. La surenchère électorale, en dépit de la question du Sens du bien commun remplace la communauté nationale par la figure morale du peuple forcément opprimé. Le candidat président, comptable des affects, chercherait-il dans un bain de souffrance un brevet de sanctification?

La république authentique organisatrice : La construction d’une nation exemplaire

La communauté nationale est constituée par la participation à un projet commun qui mobilise conscience collective, intelligence collective, compétence collective. Ce projet est celui de l’élaboration et l’exercice d’une gouvernance communautaire démocratique. Il conjugue les réalités locales des français et de leurs communautés de vie et d’activités avec les réalités globales du monde actuel et celles des communautés de voisinage comme avec l’Europe. C’est comme cela que l’on peut dire que le projet national est avant tout un projet «politique» et la république son incarnation. Le président de la république, chef de l’Etat national en est comme le chef de projet. On en attend les propositions faites aux français des enjeux et de la méthode qui les mobilisera, en fonction de leurs situations dans le moment présent et pour le futur. Alors espérons les projets de gouvernance démocratique des enjeux communautaires pour une république du 21 ème siècle à l’ère de l’expression généralisée des cultures et des moyens de communication communautaires.

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Assistance ou assistanat

Méditations d’humanisme méthodologique

L’assistance consiste à apporter une aide à une personne ou une communauté de personnes. La moindre des choses est «d’assister» à la situation personnelle, ses conditions de vie mais aussi la capacité à assurer son existence. Dans une même situation l’un a besoin d’assistance l’autre non. Le premier acte de l’assistance c’est la «considération» de la personne en situation.

Ensuite on peut se demander pourquoi un besoin d’assistance. Le besoin suppose un manque, une défaillance par rapport à la poursuite d’une existence proprement humaine.
Cette défaillance de la personne à assister est bien dans le rapport entre ses capacités actuelles et les conditions de son existence, eu égard à cet enjeu d’une vie proprement humaine.

On pourra distinguer d’abord la misère qui est une absence de maîtrise des conditions de son existence. Elle réclame une prise en charge. Mais cette prise en charge doit viser une restauration de cette maîtrise ou du moins de ce qui en est possible. L’enjeu d’une vie proprement humaine n’est pas de survivre mais d’accomplir son humanité selon sa vocation propre. C’est pour cela que cette assistance doit être aussi pour une part éducative, ré-éducative. Cela dépend donc du rapport de la personne à ses conditions d’existence et pas seulement de ces conditions là ou de la personne seule. Il s’agit bien à la fois de la personne, de ses conditions d’existence et de la restauration de ses capacités de maîtrise humaine.

Est à considérer ensuite la pauvreté qui est une faiblesse dans les conditions d’existence et de développement humain. Les communautés humaines assistent leurs membres pour se développer et devenir capables d’assumer leur subsistance selon leurs capacités propres dans la participation à une existence communautaire. Il s’agit là d’un accompagnement qui dépend de la situation des personnes et des conditions d’existence communautaire. L’accompagnement est forcément personnel, interpersonnel, puisqu’il suppose la considération des personnes et de leur situation. Il est forcément communautaire puisque ces conditions relèvent de la condition humaine qui est toujours communautaire. Dans une communauté donnée cette assistance est différenciée, personnalisé et si elle ne l’était pas elle serait dépersonnalisée, dépersonnalisante.

Il arrive évidemment que la communauté, communauté de proximité, famille, par exemple soit en situation de pauvreté et doive être assistée elle-même pour pouvoir assister ses membres. Cette assistance d’accompagnement doit aussi être différenciée, à la fois selon sa culture propre et selon les conditions de son existence qui relèvent d‘une communauté plus vaste. C’est au sein de communautés de communautés que l’assistance communautaire doit être exercée.

Il arrive que des communautés de communautés de grande taille soient elles-mêmes en situation de pauvreté. C’est le cas de régions ou de pays par exemple. L’assistance-accompagnement pour ces pays doit se faire au sein de communautés de pays pour qu’ils en viennent à participer à leur développement commun selon leur culture propre, les conditions et les enjeux communs.

L’assistance aux personnes implique que leurs communautés soient en mesure de leur apporter l’aide nécessaire. Pour cela elle doivent être aussi assistées en tant que de besoin par les communautés auxquelles elles participent et ce à toutes les échelles utiles. La considération des personnes et la considération de leurs communautés vont de pair.

Vient ensuite la question de l’enrichissement humain, simultanément développement personnel et développement communautaire. C’est l’enjeu d’une grande part des activités humaines. Peut-on parler d’assistance à ce niveau? Oui. Il s’agit alors du service de la communauté aux personnes et du service des personnes à la communauté. L’économie communautaire est d’ailleurs une économie de service de production et d’échanges de biens et services dans le Sens du bien commun. L’assistance est ici un service, service de participation au bien commun service d’enrichissement mutuel, personnel et communautaire. Là aussi toutes les échelles communautaires sont à considérer. (cf économie communautaire et développement approprié )

Enfin vient l’assistance à l’autonomie des personnes et des communautés. Le rapprochement des termes est paradoxal puisque l’autonomie vise à assumer par soi-même les conditions et contingences de son existence. L’assistance est alors seulement une présence, la présence d’une autonomie à celles qui se cherchent, une simple considération éclairée et éclairante. C’est la vocation de l’autonomie des hommes et des communautés que d’assister de leur présence-repère la recherche de celle des autres. C’est là que se justifient les rôles d’autorité.

L’assistanat

C’est une caricature de l’assistance qui trahit à peu près tous les principes précédents au profit de justifications par quelque bout, antihumanistes. Qu’il se justifie par une déclaration de solidarité et même un pseudo humanisme ne fait que manifester une hypocrisie, une certaine duplicité.

Michel Serres raconte qu’un jour, arrivant en retard à une réunion d’expert, il fut frappé par cette évidence : les participants n’étaient pas là pour résoudre le problème mais pour s’en nourrir. Il venait de publier un livre intitulé « Le Parasite ».

L’assistanat est un système d’assistance individuelle qui méconnait la singularité des personnes. L’argument d‘égalité en est une justification opportuniste alors que rien n’est égal chez les hommes et leurs situations sinon l’égale dignité de leur humanité. L’argument d’égalité vient gommer l’humanité des hommes les réduisant à quelque aspect de leur existence : matérielle, sentimentale, idéelle. L’assistance ignore alors l’humanité des personnes et, par suite, celle de leurs communautés d’existence. Du coup l’assistanat, par sa méthode et sa fonction réductrice, appauvrit l’humanité des personnes, les tiens dans une logique de régression, les considère et les maintient comme mineurs, se tient dans une posture tutélaire.

L’assistanat se nourrit d’immaturité et l’entretien. On s’étonne alors que plus on y investit plus les besoins augmentent alors que le critère d’une assistance authentique serait l’inverse. Le déficit des moyens est donc intrinsèque à l’assistanat et non pas accidentel. Il y a duperie sur les valeurs et, bien sûr, refus ou détournement de toute évaluation.

Le modèle français de l’Etat providence est devenu un modèle d’assistanat.
– Assistanat de l’Etat à des individus anonymes
– Substitution de l’Etat jacobin à la communauté nationale avec le déni des communautés ramenées à leur seule dimension d’archaïsme.
– Réduction individualiste de la personne, atomisée pour sa dimension matérialiste, simple entité juridique ou organique pour sa version rationaliste, objet biologique pour sa dimension naturaliste.
– Hégémonie du «service public», anonyme, sur les affaires communes et substitution de la suprématie de l’intérêt général sur le Sens bien commun.
– Déni des cultures et des différences au profit de la seule diversités des apparences
– Captation d’une part de plus en plus grande de la richesse nationale (la plus importante du monde)
– Organisation de systèmes et de structures de défenses des intérêts de l’Etat au détriment des intérêts de la nation. Le service de l’Etat se substituant au service de la communauté nationale.
– Critique des initiatives communautaires d’assitance, dénoncées comme communautaristes.
– Coalition d’intérêts particuliers établis comme intérêt général.
– Sacralisation de cet intérêt général particulier et criminalisation implicite des intérêts particuliers.

Et maintenant.

La mutation de civilisation du monde actuel se traduit par une reconnaissance des communautés culturelles, ici et ailleurs. Cette reconnaissance va avec la reconnaissance des liens interpersonnels et intercommunautaires dans un monde de nature humaine. Un nouvel humanisme, plus méthodologique qu’idéologique est en train de naître. Le modèle français est mis en péril de toutes parts et se conduit comme une forteresse assiégée. La dénonciation des intérêts particuliers alors qu’ils sont induits en partie par la philosophie impersonnelle de l’Etat jacobin est la conséquence d’une absence de considération de l’humanité de l’homme. Elle est remplacée par des normes, des procédures, des formalismes juridiques ou même statistiques, comme si l’assistance relevait du droit et non de la fraternité humaine. L’assistanat est une forme parasitaire de l’assistance.

Si vous entendez parler d’assistanat dans un concert de hurlements vous saurez à quoi vous en tenir.

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Que se passe-t-il? Pourquoi tant de haine?

Claude Guéant dit « Toutes les civilisations ne se valent pas »
François Bayrou dit « 2012 un choix de civilisation »

Comment pourrait-on choisir une civilisation si elles se valent toutes?

Tout cela reste dans la confusion morale et mentale si on ne cherche pas à approfondir une question qui est si cruciale au moment où la fin de l’hégémonie occidentale nous confronte à la multiplicité des cultures dans le monde et dans chacun de nos pays? Elle se trouve évidemment au coeur de la question européenne et partout dans le monde.

Pour les uns la différence est liée à la suprématie de la civilisation occidentale et ses origines identifiée à « La Civilisation » et le réflexe de défense est de type nationaliste. Pour les autres la différence tiens à l’universalisme intellectuel, moral et opérationnel de notre civilisation et singulièrement de la France et son Modèle Républicain qui rabaisse tout ce qui n’y sacrifie pas ou le conteste.

Paradoxalement pour ces derniers la question de la diversité des civilisations est insupportable puisqu’il n’y en a qu’une de véritable, la notre.

Mais alors comment expliquer cette dénonciation violente des propos de Claude Guéant par la gauche. C’est parce qu’elle est prise dans un noeud de contradictions radical et qu’il ne faut pas en soulever le couvercle. François Hollande nous dit « La France n’est pas le problème mais la solution ». C’est bien du modèle français identifié au Modèle Républicain qu’il s’agit. En réalité il ne s’agit que d’une certaine conception de la république française dont les valeurs ne sont pas liberté, égalité, fraternité mais leur interprétation opportuniste selon les trois principes: individualisme, rationalisme, matérialisme qui en sont les véritables fondements.

La liberté c’est ici l’individualisme du libéralisme moral, de la revendication d’un libre arbitraire, d’un relativisme pour qui tout se vaut et où la diversité d’apparence va avec une indifférenciation de fond. La revendication des mêmes droits pour tous quelques soient les différences, réduites aux apparences va avec la libre affirmation des égos et des comportements dans la mesure où il n’y a pas d’altérité véritable. Le jeu des apparences et donc des masques et des semblants est là essentiel.

L’égalité c’est ici l’identification à une même norme et cette norme c’est celle, universelle, de la raison du rationalisme. Que l’on parle de normes idéales ou de normes naturelles ou structurelles c’est le magistère moral, organique et systémique d’un Etat jacobin qui est censé établir de façon juridique et scientifique les termes de l’équation égalitaire. Il y faut, bien sûr, des raisons supérieures aux autres, les raisons d’Etat sans doute. L’altérité est ici forcément une source d’altération de l’égalité.

La fraternité c’est ici la solidarité matérialiste. Le matérialisme ne connait que des liaisons et des forces d’origine matérielles. On peut donc solidariser deux morceaux de bois avec de la colle mais aussi par toute autre force de liaison endogène ou exogène. Il est vrai que les attractions répulsions des affects ressemblent à ces phénomènes de liaisons, d’inclusion et d’exclusion, de clivage ou de solidarisation. Question d’atomes crochus sans doute. Il y a toute une dialectique « sociale », binaire et manichéenne qui s’y source. L’altérité est une menace contre la cohésion et la solidarité.

Ces trois logiques différentes trouvent à se conjuguer dans un processus de déni de l’altérité, d’anti-humanisme radical au nom des droits de l’homme dument réinterprétés. On voit bien les risques du dévoilement, risque d’explosion d’une convergence apparente, risque totalitaire de tentative de colmatage des fractures, risque de violence dénégatrice de l’altérité. Libéralisme moral, étatisme, lutte des classes trois « tendances » à marier? Tel est le challenge de grands équilibristes en campagne. Le ciment pourrait être le déni d’altérité et les dénonciations associées. Mais il y a aussi cette synthèse, ce syncrétisme de l’accusation de l’homme, de l’antihumanisme radical et son déni d’humanité, cette réduction de l’homme à l’ordre des choses, à la Nature des choses. Il y a toujours une sorte de shyzophrénie qui le permet où l’humanité de l’homme postule sa propre négation.

Mais l’individualisme est-il de droite ou de gauche? L’étatisme est-il de droite ou de gauche? Le matérialisme est-il de droite ou de gauche? l’écologisme est-il de droite ou de gauche?

Et le choix de civilisation, question centrale? il suppose qu’il y ait pluralité. S’il n’y avait que dualité on se retrouverai dans un manichéisme classique. S’il n’y avait qu’étalonnage à une référence universelle supérieure on se trouverait dans une suprématie à vocation hégémonique. S’il n’y avait que multiplicité arbitraire alors tout se vaut et le choix n’est que l’exercice d’un libre arbitraire de plus, question de goût ou de dégout.

Alors quels critères de choix? Observons qu’il s’agit de civilisations humaines et que s’il y a des critères ils doivent être en rapport avec des valeurs humaines.

Alors pourquoi ne pas réinterpréter les valeurs de la république française comme des valeurs humaines, liées à l’humanité de l’homme, des valeurs humanistes donc.

La liberté, de nature proprement humaine, l’autonomie, ce n’est pas l’indépendance mais la maîtrise responsables de ses dépendances. La liberté responsable est ce vers quoi tend toute civilisation humaine. Plus de liberté cela veut dire plus de conscience, plus de maturité, plus de responsabilité dans les communautés de vie partagée. Elle se conçoit sur la base d’une transcendance de la personne qui se révèle progressivement et reconnait la contingence de son existence entièrement prise dans ses communauté d’existence et sur laquelle s’exerce sa responsabilité grâce à cette liberté là.

L’égalité c’est l’égale dignité de l’humanité que porte en lui chaque homme, quelles que soient ses conditions d’existence. L’égalité c’est la reconnaissance de l’altérité de chaque être, unique et partageant la même humanité. L’humanité porte en elle le pire et le meilleur, l’égalité aussi. Il faut donc que cette humanité soit engagée dans cette liberté responsable à cultiver pour que sa dignité s’exprime et soit reconnue en même temps que celle des autres membres de la communauté. Le fait que cette liberté responsable trouve à s’exprimer dans la communauté donne à celle-ci sa vocation de révéler et cultiver l’humanité des hommes qui la compose.

La fraternité c’est le partage d’humanité dans le Sens du bien commun au sein d’une communauté de devenir en commun. C’est aussi le partage d’humanité entre des communautés différentes selon le Sens du bien commun d’une communauté de communautés. Ainsi la fraternité est-elle constitutive du lien social dès lors qu’il est engagé dans le Sens du bien commun. Sans communauté pas de fraternité. Sans fraternité pas de communauté en voie de développement et d’accomplissement humain.

Alors la civilisation c’est le mouvement de développement et d’accomplissement d’une communauté selon la culture de son Sens du bien commun et la part d’humanité qui lui est propre.

A ce titre, là où il y a civilisation il y a aussi le pire, potentiellement au sein de chaque communauté. Chaque communauté est unique et à ce titre d’égale dignité humaine mais totalement différente dans sa culture. Chaque communauté est engagée dans une histoire où son niveau de civilisation est évolutif et peut même régresser.

Il y a là des éléments de réponse à la question « est-ce que les civilisations se valent? » et à la question « quel choix de civilisation ». Ces deux questions ont changé totalement de visage.

A la seconde la réponse est : la civilisation de l’humanité au sein de chaque communauté culturelle, selon sa vocation et à sa façon donc. La communauté mondiale est dans une mutation de civilisation, l’avènement de l’ère de l’humanité corrélative à l’ère de l’Esprit ou du Sens. Hominescence pour Michel Serres, âge de l’Esprit pour de grands visionnaires, âge du Sens et des communautés de Sens pour l’Humanisme Méthodologique, révolution humaniste pour Marie Anne Kraft.

A la première, la réponse naïve n’est plus possible. Il a fallu redéfinir ce qu’on entendait par là. Les civilisations sont toutes différentes et d’égale dignité mais les cultures ne sont pas toujours engagées dans leur meilleur Sens, dans leur processus de civilisation ou n’en sont pas au même niveau d’accomplissement de leur vocation et de leurs valeurs.

Alors il reste à relire les discours et les propositions politiques pour regarder de quoi ils parlent et qu’est ce qu’ils engagent, pour le pire ou le meilleur de la communauté française.

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Comment construire une démocratie majeure

Le propos ici est de répondre à une problématique de plus en plus prégnante alors que les conceptions traditionnelles semblent devenues obsolètes. Le deviennent aussi heureusement des conceptions tyranniques du pouvoir mais aussi des conceptions technocratiques, juridiques ou administratives notamment. Le sont aussi, tout en prétendant à une nouvelle modernité, les conceptions totalitaires, systémiques, naturalistes, qui font rimer démocratie avec abandon de tout libre arbitre et, en définitive, de toute humanité véritable au profit de «lois naturelles incontournables».

Du coup, s’il est de plus en plus urgent de construire de nouvelles démocraties il faut renouveler aussi d’urgence les conceptions et les pratiques.

Le but de cet article est de donner des repères, des clés indispensables pour traiter le problème. Il est bien évident que cette présentation schématique doit être étoffée par toute l’épaisseur d’une pensée et d’une ingénierie humaine, celles de l’Humanisme Méthodologique. La complexité de la question et la diversité de ses domaines d’application ne peuvent continuer à recourir à des idées simplistes ou à des formalismes de plus en plus dénués de sens intelligible. Les querelles sont plus souvent les masques d’une manipulation des esprits qu’une véritable recherche de progression de la question.

La question démocratique va être balisée par des repères majeurs, des clés indispensables au temps où nous sommes, au moment d’une mutation de civilisation c’est-à-dire aussi du dépassement d’une civilisation antérieure avec ses crises et ses troubles. Il ne s’agit pas de recommencer comme avant comme trop de nostalgiques du passé le préconisent, surtout en Occident, pour éviter de se remettre en question.

Construire une démocratie majeure c’est un enjeu pour un nouveau temps fondé sur de nouvelles bases schématiquement données ici.

On envisagera trois questions et leurs réponses, nouvelles pour beaucoup. Où se pose la question de la démocratie? En quoi consiste la démocratie ? Comment développer une démocratie majeure.

La démocratie c’est où ?

La question démocratique ne se pose que dans une communauté donnée. Que l’on parle de peuple, de société, d’organisation, de collectivité, la démocratie est une affaire de communauté humaine, de nature humaine donc. Toute communauté humaine est concernée par la question démocratique et est appelée à développer tôt ou tard une démocratie majeure. S’il n’y a pas d’identification commune à une communauté de devenir il n’y a pas de démocratie possible n’y ayant pas, par exemple, de vouloir commun auquel participer.

Quelles communautés ? Nous allons donner toute une variété d’exemples.

La Libye au premier rang en ces jours où elle se donne des échéances pour y arriver. L’Egypte, la Tunisie on le sait mais aussi cela se joue au Maroc, en Jordanie ou des progrès s’enregistrent. Bien sûr la Syrie est à l’ordre du jour mais que dire de l’Iran, de la Chine, et de tel pays où l’Etat prétend s’imposer à la nation. L’Europe, les pays européens, l’Afrique, les Amériques. On le voit toutes les nations du monde sont concernées et aucune ne peut se dire avoir une démocratie aboutie surtout celles ou les incantations dominent le discours public en la matière. Sont concernés les ensembles nationaux comme l’Europe mais aussi ceux d’Asie comme d‘Amérique et les multiples configurations destinées à traiter des affaires communes, c’est-à-dire communautaires. Que dire alors de l’ONU qui ne sait si elle est une union ou une communauté, comme d‘autres, comme l’Europe. Et pourtant on ne peut pas dire que la question démocratique ne se pose pas partout où une conscience commune du bien commun se fait jour, c’est-à-dire une communauté de devenir.

Changeons d’échelle pour penser à des communes, à la ville et à ses quartiers là où on vit ensemble. Il y a des communautés de communes et dans notre pays des communautés d’agglomérations, des pays, des départements, des régions. Il y a aussi des inter-régions entre nations proches. Autant de communautés où la démocratie est en question.

Dans une autre registre les entreprises, les institutions, les organisations, les associations, les groupements d‘activités sont autant de lieux où la question de la démocratie est posée même si c’est de façon embryonnaire et que des solutions viables restent à inventer et à construire. On ne savait pas encore très bien en effet concilier démocratie et efficacité.

D’une façon générale la multiplication des communautés née de possibilités relationnelles inconnues auparavant avec internet repose la question à toutes sortes de niveaux et, on le verra, surtout des niveaux de maturité. La trame communautaire de notre monde en est au début d’un bouleversement sans précédents et personne ne peut dire que cela n’a pas une incidence sur chacune des communautés citées. La question de la démocratie se pose partout.

L’énoncé des tous les cas précédents amène à considérer un fait majeur c’est que toutes ces communautés ne sont pas isolées. Mieux elles sont elles-mêmes constituées de communautés qui participent plus ou moins à leur propre devenir. De même elles participent à d‘autres communautés qu’elles contribuent à constituer. Il faut impérativement considérer la théorie des ensembles communautaires, communautés de communautés comme aussi communautés de personnes. Notons ceci ; une personne peut participer successivement ou simultanément à plusieurs communautés et ce sera de plus en plus vrai, posant la question de sa liberté et de la maturité de ses participations. Une personne qui participe à une communauté peut être partie prenante d’une autre communauté qui appartient à la première ou y contribue. Si une communauté est constituée de plusieurs groupes, des personnes de la communauté peuvent participer à plusieurs de ces groupes et donc de plusieurs manières différentes à la démocratie communautaire. Ce sont des personnes mais aussi des communautés qui participeront aux processus démocratiques.

Si cette complexité dépasse l’entendement de beaucoup d’idéologues elle correspond à des réalités humaines de plus en plus patentes. Prenons le cas de l’Europe (qui ne sait si elle est union ou communauté) où la démocratie européenne reste assez pauvre et se concilie difficilement avec les communautés nations et encore moins les communautés régions et les autres. La communauté nation France ne sait comment faire avec ses communautés d’étages et une démocratie qui en intègrerait intelligemment la diversité.

Il faut dire que pour cela il faut repenser ce qu’est la démocratie, en quoi elle consiste. En France l’interdit de penser la démocratie va avec l’interdit de penser la communauté, les communautés, le seul lieu où se pose la question démocratique.

La démocratie c’est quoi ?

La démocratie à minima c’est la participation des hommes à la détermination de leur devenir et pour cela aux affaires communes dans les communautés où ils s‘inscrivent.

De là deux questions majeures se posent; celle d’abord de la capacité d’appréhender les questions en jeu et les modes de participation démocratique associés, celle ensuite des enjeux auxquels la démocratie est confrontée. Ni l’une ni l’autre ne sont tout à fait claires et sont pourtant déterminantes pour définir la démocratie. Ce sont des aspects essentiels du phénomène humain qu’est la démocratie qui dépendent donc et de la conception de l’homme pour concevoir la démocratie et de la conscience que l’on peut en avoir.

Le premier axe de réflexion est celui des niveaux de participation à la communauté, des niveaux de conscience associés et des niveaux de maîtrise des affaires humaines correspondants. Si la démocratie est une participation à cette maîtrise alors c’est un critère discriminant des modes de contribution démocratiques.

Grâce à l’anthropologie de l’Humanisme Méthodologique on peut distinguer quatre niveaux, correspondant à quatre «âges d’évolution».

Le premier est celui de l’âge archaïque. C’est celui d’une participation principalement émotionnelle à la communauté faite de peurs, de passions, d’émois, de confusions, de répulsions, tout cela étant à la fois très «influençable» ou très lié à des problématiques personnelles et culturelles inconscientes ou encore à des évènements éprouvants. C’est notamment le terrain de ce qu’on appelle une démocratie d’opinion aux mains d’acteurs qui font assaut de machinations au service d’un pouvoir sur les populations. Ici la démagogie tiens lieu de démocratie. C’est le terrain des dominations, des tyrannies, des pouvoirs médiatiques. Une communauté de ce niveau est en voie de perte totale de maîtrise, associée à une dégradation communautaire. La seule solution par rapport au devenir c’est l‘intervention extérieure, bienveillante, qui trace et permette un chemin de reprise de conscience communautaire et d’apprentissage d’une voie de progression. Il s’agit là de communautés en régression, ou de communautés encore prises dans un «bain affectif originel», ou encore de personnes dans cette situation dans une communauté évoluée et même de personnes «évoluées» embarquées dans un pathos régressif. On voit que leur participation n’est pas possible et qu’une forme de tutelle ré-éducative doit être assurée chaque fois que possible.

Le second est l’âge primaire. La participation à la communauté se fait au travers des activités liées à la vie collective touchant à la subsistance, à la production, à l’organisation, au fonctionnement. C’est tout le domaine de l’action communautaire et des réalisations qui contribuent aux enjeux collectifs. C’est là que les membres de la communauté peuvent être dits des acteurs. Les acteurs de la communauté, individus ou même groupes et communautés, peuvent avoir un niveau de maîtrise correspondant à leur action et leur compétence. De ce fait le champ de participation est limité aux domaines où les acteurs peuvent accéder et c’est là le domaine de la démocratie participative. Le grand principe c’est que ce sont les acteurs qui agissent et c’est là leur statut démocratique à la mesure de leur champ d’action. La participation aux affaires de la communauté à ce niveau commence donc avec la conception ou la définition des actions, leur participation aux réalisations et l’évaluation. Trois considérations complémentaires. La dimension affective et émotionnelle, toujours présente, doit être dominée par la maîtrise des activités et des utilités communautaires. La participation démocratique à l’action et l’activité communautaire est évidemment perfectible et fait l’objet d’apprentissages éducatifs dans toutes les communautés évoluées que ce soit des enfants mais aussi tout au long de la vie. Enfin c’est grâce à un autre niveau de conscience qu’une vue d’ensemble des enjeux communautaire deviendra possible sans quoi l’action communautaire risque d’être sans cohérence et la démocratie participative en partie un leurre.

Le troisième âge d’évolution est l’âge secondaire. C’est celui, en principe, de la civilisation d’où nous venons. Ce qui en est l’enjeu ce sont les représentations partagées, représentations de la communauté, son identité, représentations de son histoire, passé et futur, représentations de ses projets, de ses stratégies, de son développement. Cela réclame un niveau d’évolution, de conscience et de maîtrise plus avancé à la mesure cependant de l’importance des communautés en question. Pour une petite communauté c’est plus accessible que pour un pays ou même des enjeux internationaux ou mondiaux. La démocratie ici est représentative. Elle doit être assumée par des représentants capables d’assurer cette maîtrise des représentations. Il s’agit pour cela d’un travail de délibération, de formulation, de communication, de conception, de créativité. L’erreur peut-être de confier cela à une élite d’expertise, d’Etat par exemple. Si cette expertise est utile c’est pour servir la démocratie représentative et pas s’y substituer. La démocratie représentative est faite du rassemblement de représentants mais aussi de tous les dispositifs dont ils ont besoin pour délibérer des projets et stratégies de développement communautaires. Ces représentants, pour être représentatifs, doivent représenter les multiples populations concernées et ce notamment au travers des groupes et communautés où elles s’inscrivent en tant qu’acteurs. Une représentation territoriale n’a aucun sens si elle n’est pas rattachée à une communauté identifiée.

La démocratie représentative travaille plutôt sur le moyen terme et permet ainsi de donner un cadre stratégique à la démocratie participative centrée sur l’action ponctuelle. Pour qu’une telle démocratie participative soit pertinente il faut qu’elle soit orientée par le Sens du bien commun de la communauté. Tout autre Sens ne justifie pas une démocratie qui resterait un leurre.

Nous sommes maintenant au niveau tertiaire où l’enjeu est le discernement et l’indication du Sens du bien commun par une personne qui l’incarne. Un noeud de difficulté et d’incompréhension vient d’un défaut de conscience de Sens. Le Sens du bien commun est inhérent à la communauté et ne résulte d’aucune délibération. Par ailleurs depuis toujours, toutes les communautés s’arrangent pour trouver une personne pour incarner ce Sens. Toutes sortes de procédés sont utilisés qui se traduisent toujours par une sorte d’élection, élection formelle d’un candidat selon un processus culturellement significatif ou reconnaissance et acceptation de celui qui tiens un rôle culturellement significatif. C’est là la démocratie élective, la reconnaissance implicite du Sens du bien commun de la communauté par la recherche et l’acceptation explicite d’une personne qui l’incarne. A l’âge des représentations on n’a pas accédé à une intelligence du Sens de cette démocratie en en faisant souvent des caricatures qui débouchent sur autre chose que l’indication du Sens du bien commun. Il n’est que de voir la place de cette question du Sens du bien commun et des processus culturels de son élection dans les conceptions en vigueur de la démocratie.

Par ailleurs une certaine maîtrise des représentations les a cru suffisantes avec la maîtrise de la raison et de ce fait en est venu à disqualifier ce rôle central en en faisant une représentation accessoire. Il y a aussi les conceptions plus immatures qui considèrent que la personne élue est une autorité forcément nuisible et donc à éliminer. Malgré cela soulignons qu’aucune communauté ne s’en passe, quelque soit l’artifice pour le justifier. Songeons à toutes les communautés citées au début et nous verrons quelle en est la situation sur ce plan. La démocratie participative s’appuie sur l’incarnation du Sens du bien commun de la communauté par le biais d’un rituel culturel de démocratie élective. Elle y trouve l’orientation qu’elle doit ensuite projeter en projet développement, stratégies et autres représentations de l‘avenir de la communauté au travers des affaires communautaires.

C’est là la seconde question initialement soulevée, celle des enjeux de la démocratie pour la communauté. On en voit la construction et l’architecture à laquelle est adossée la démocratie sous ses différents aspects. L’orientation communautaire d’abord, le projet et la stratégie de développement communautaire ensuite, l’activité communautaire enfin.

L’orientation de l’avenir selon un Sens du bien commun propre à la communauté, est l’enjeu de la démocratie élective celle uniquement des personnes membres de la communauté. Vient ensuite sa projection au travers de multiples représentations, celles du développement communautaire et toutes les règles ou plans qui le dessinent. C’est la place de la démocratie représentative. On notera que la démocratie élective désigne des personnes qui peuvent aussi représenter la communauté dans un ensemble communautaire plus vaste. Vient ensuite le plan de l’action collective ou des multiples activités qui contribuent au développement commun, champ de la démocratie participative où interviennent les personnes et aussi par exemple leurs communautés de travail et de services. Restent les plans plus archaïques de la vie communautaire qui réclament une prise en charge et un contrôle qui sont la condition de la possibilité même d’une démocratie.

La démocratie comment ?

On conçoit qu’il y a une infinité de situations selon que l’on se trouve dans des communautés de différentes natures et de différentes tailles, d’histoires et de cultures différentes. Les ensembles communautaires amènent aussi leur complexité. On notera ici les conditions nécessaires et des moyens de construction de la démocratie communautaire.

Tout d’abord l’identification de la communauté. Cela ne va pas toujours de soi dans la mesure ou la désignation d’une communauté tiens aussi de son histoire et sa culture. Elle est indispensable pour que le Sens du bien commun en soit éclairé et exprimé de façon à ce qu’il puisse être approprié de façon gratifiante et mobilisatrice. L’identification à la communauté au «nous» est indispensable pour qu’une démocratie majeure puisse s’exercer. C’est donc un enjeu prioritaire de toute construction ou reconstruction démocratique. La construction de référentiels de valeurs identitaires ou opérationnels est un bon moyen d’appropriation. Cependant il faut être en mesure d’élucider ce Sens du bien commun vecteur culturel d’un développement communautaire mais aussi de ses valeurs, richesses et potentiels. Ce qui se faisait intuitivement ou par le charisme d’un homme peut se faire de façon plus sûre grâce à la théorie des cohérences culturelles et aux méthodes d’analyse de cohérences culturelles et tous les moyens d’intelligence symboliques déployés par L’Humanisme Méthodologique. Désigner la communauté et la présenter sous son meilleur jour est la condition et le moteur d’un processus d’identification nécessaire à la démocratie. On remarquera que lorsque ce sont des penchants plus négatifs, combatifs aussi, qui sont mis en avant cela contamine le processus démocratique ultérieur, Une victoire par exemple suscite une identification polémique qui en fera une démocratie de combat plutôt que de développement. La glorification des tares est un boulet pour la démocratie. Là une aide extérieure peut être précieuse pour aider la communauté à s’identifier, le regard des autres étant aussi un vecteur puissant.

Cependant, l’identification ne doit pas faire abstraction d’autres identifications de communautés plus proches, plus familières. Les régions pour la nation, les nations pour l’Europe, mais aussi toutes les configurations que l’on retrouve dans les pays ou toutes les autres sortes de communautés. Il est capital d’articuler la communauté avec les communautés qui la constituent et celles auxquelles elle participe. Par quoi commencer ? Par ce qui est le plus accessible et qui servira de soutien pour aller plus loin la réponse n’est pas la même en Libye ou en Tunisie, ou dans tel ou tel ensemble communautaire. C’est une question de niveau de maturité, pas forcément de simple sentiment d’appartenance. On notera qu’une communauté doit être suffisamment avancée dans son identification pour pouvoir participer de façon majeure à un ensemble communautaire avec d‘autres.

A partir de là les trois niveaux de démocratie sont en jeu mais ne peuvent être généralisés simultanément. Sur le plan opérationnel il faudra commencer par le niveau d’orientation avec une « élection « provisoire venue opportunément assurer cette fonction. Il faudra de toutes façons constituer rapidement ce repère même provisoire, même si cela apparait comme venant d’un homme providentiel». Ensuite il faudra constituer le champ des représentations communautaires, à partir des communautés constitutives par exemple. Cela aussi peut passer par des dispositions provisoires même par l’apport d’expertises externes. Si le premier point et assuré et le Sens du bien commun identifié et explicité alors le développement communautaire peut être engagé sans que la démocratie représentative soit parfaitement établie. Elle réclame en effet un niveau de maturité qu’il s’agit de favoriser par le développement communautaire lui même. Ensuite la démocratie participative peut s’exercer dans la mesure ou un projet cadre est établi. C’est la condition pour mettre en concourance les activités communautaires et permettre aux acteurs de participer au développement communautaire.

Dans un processus de construction de la démocratie, la démocratie participative est la première qui peut se développer à condition que des palliatifs aient été mis en place pour la démocratie élective et la démocratie représentative. Celles-ci seront mises en oeuvre au fur et à mesure de la maturation communautaire et sa capacité de les assumer c’est-à-dire de devenir une démocratie majeure.

Il arrive que L’Etat se substitue à la démocratie. Une idéologie prend la place du Sens du bien commun avec une «élection» fallacieuse. Les expertises se substituent à la démocratie représentative sous prétexte de maitrise des affaires complexes de la nation éliminant du même coup les communautés qui y participent culturellement. Enfin il en vient à réduire à néant la démocratie participative s’arrogeant le monopole de l’action publique. Le résultat est une régression de la communauté aux archaïsmes, ceux du politique et ceux d’une société sous tutelle prise dans les passions et les futilités. Il n’est pas facile d’en sortir sans une identification forte à la communauté selon le Sens du bien commun qui leur est propre et les valeurs culturelles associées (surtout pas universelles et donc anonymes).

La construction de la démocratie va avec le déploiement d’un projet de développement communautaire qui est en même temps le champ d’un apprentissage progressif de l’exercice de la démocratie sous ses différents modes. On peut dire qu’une gouvernance provisoire, basée sur une orientation et une stratégie de développement cadre permettra une appropriation qui commence alors par la démocratie participative celle des acteurs portant sur l’action.

La maturité qui s’en suit permet de s’approprier la démocratie représentative de façon élargie à toutes les représentations des communautés constitutives et à la participation à des ensembles communautaires. A chaque communauté son chemin pour cela.

Ensuite la démocratie élective qui touche au symbolique peut sortir de l’implicite de l’élection des «re-pères» de la nation par exemple. C’est ce que notre époque permet en ouvrant à un âge du Sens, celui d’un Sens du bien commun élucidé, compris et cultivé. Qu’en est-il pour notre pays?

On voit bien que la démocratie repose sur une base participative de l’action communautaire mais qu’elle repose aussi symboliquement sur un principe électif celui de l’incarnation du Sens du bien commun. On a voulu la réduire à une représentativité régulatrice qui laisse la place à une « maîtrise » élitiste des représentations, coupée de sa base participative et de son Sens électif. Du coup on s’est mis à croire que le formalisme était la cause de la communauté et que la démocratie consistait à l’entériner, laissant le champ libre à la démagogie et aux passions qui se développent sous couvert d’une technocratie pseudo démocratique. Ce modèle est malheureusement celui qui est trop souvent préconisé pour construire la démocratie avec les déboires que l’on connait.

En résumé pour construire une démocratie majeure :

1 – Identifier la communauté, son Sens du bien commun et favoriser l’identification aux valeurs qui en sont les indicateurs.

2 – Elaborer un projet cadre de développement communautaire selon le Sens du bien commun avec un dispositif d’élection et de représentation provisoire pour engager un processus d’appropriation et de maturation

3 – Mettre en place la démocratie participative avec les acteurs puis, au fur et à mesure de la maturation communautaire, la démocratie représentative et la démocratie élective selon un processus de gouvernance approprié culturellement.

Cela vaut pour les nouvelles démocraties, les vieilles même séniles, pour les entreprises et les organisations, pour les nouvelles communautés de toutes les tailles et aussi pour les communautés mondes et tous les ensembles communautaires. Le plus difficile sera, pour les communautés qui sont persuadées de détenir la formule, de la défendre contre le reste du monde et même contre leur population, au nom du peuple. Celles-là commencent par nier les communautés ou les font régresser au stade archaïque.

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Psychologie d’une élection présidentielle

Ce terme de psychologie rappelle celui de Gustave Le Bon auteur d’une « psychologie des foules » 1895 ( voir ses ouvrages : ). L’auteur considère les processus psychologiques qui animent les foules et ce qu’il appelle les meneurs. La foule c’est plutôt ce que l’on appellerait aujourd’hui un mouvement qui se constitue et se défait dans une période donnée. Si l’auteur prend notamment les révolutions comme exemple, le moment de l’élection présidentielle dans le contexte actuel y trouve quelques similitudes. Gustave Le Bon observe que les phénomènes de foules sont sous-tendus par une sorte d’inconscient collectif qu’il appelle une race. Ce terme utilisé en son temps par d’autres auteurs comme Renan ou le psychologue Taine, n’a rien à voir avec le concept biologique et héréditaire qui en a été fait par la suite, jetant une confusion entre le génétique et le psychologique. Il correspond avec la notion de cohérences culturelles, structures fondatrices des communautés humaines, inconscient collectif communautaire mis en évidence par l’Humanisme Méthodologique. Ici, la communauté qui nous intéresse c’est la nation française et ce qui s’exprime dans une élection présidentielle.

L’Humanisme Méthodologique apporte des fondements théoriques dont ne disposait pas Le Bon en son temps. Il apporte aussi des méthodes d’élucidation qui permettent l’analyse des cohérences culturelles des communautés, communautés nationales notamment. Ce type d’analyse met en évidence une problématique humaine et tous les Sens selon lesquels elle peut être vécue. C’est parmi ces Sens, les pires et les meilleurs, que se repère un  » Sens du bien commun », celui qui porte la voie d’un accomplissement et d’un développement culturel singulier. Ce sont ces Sens et les cohérences culturelles associées qui supportent les dynamiques collectives et les  » mouvements de foules « . A l’occasion d’une élection présidentielle, c’est tel ou tel Sens qui est proposé par chaque candidature et leurs promoteurs tentent de provoquer un mouvement en leur faveur, en faveur du Sens qu’ils veulent favoriser.

L’analyse des cohérences culturelles de la France a été réalisée il y a plus de trente ans ( voir : ). Si les circonstances changent les Sens sont toujours les mêmes. Leur expression doit être adaptée à l’actualité. C’est ce que fait cet article. Nous allons examiner 8 logiques, liées entre elles par oppositions, par combinaisons de voisinage et constituant une sorte de rose des vents ou des courants ou aussi une boussole pour aider à s’orienter. Une typologie des « passions » françaises se dessine alors où prennent Sens les élections présidentielles. On terminera par ce qui semble être le Sens du bien commun conjuguant les vertus voisines.

Avant de commencer il faut comprendre que toutes ces positions sont autant de rapports à l’ordre, l’ordre des choses, l’ordre établi aussi et, en l’occurrence, l’élection présidentielle s’inscrit non seulement dans un ordre politique, celui d’une constitution de la cinquième république, mais y participe selon les règles édictées par elle. Au pays de la révolution, idéalisée en révolution permanente c’est un paradoxe que de respecter un tel ordre préétabli. L’ordre napoléonien au contraire se satisfait de la pérennité d’un tel ordre avec une démocratie formelle bien ordonnée. Nous verrons donc comment l’ordre électoral et l’ordre présidentiel sont aperçus, à quelles positions cela donne lieu et quelles en seraient les conséquences si telle ou telle prédomine dans l’élection de celui qui l’incarne.

L’authenticité. Il s’agit d’élire celui qui représente le mieux le pays c’est-à-dire la nation, les français, la communauté des électeurs. Pour que les français se retrouvent en lui il faut qu’ils le reconnaissent et pour cela qu’il s’exprime, qu’il exprime ce qu’il est, ce qu’il pense, et comment il voit le pays et les situations qu’il traverse. C’est un jeu d’identification réciproque entre un pays et un homme, une personne qui l’incarne. Pour cela il doit être authentique, parler vrai, dire la réalité telle qu’il la voit, en toute bonne foi, de façon juste. Il doit dire le juste, pour que les français se reconnaissent et reconnaissent leur propre expérience avec toute sa diversité. Le « je » et le « nous » doivent s’identifier et par suite chacun dans la nation. L’élection du President c’est aussi l’élection de chacun comme renouvelant le lien communautaire.

Le cynisme. Il s’agit d’élire une doctrine, une certaine idée que l’on veut voir s’imposer. La vérité importe peu ou plutôt elle s’impose aux faits et aux hommes indépendamment de ce qu’Ils sont dont on fait volontiers table rase. La vérité d’en face est disqualifiée elle est dite mensonge parce que le critère de vérité c’est la conformité au dogme, pas à l’expérience. C’est d’ailleurs pour cela que les gens simples ne s’y retrouvent pas. La mauvaise foi est justifiée par la conformité, l’hypocrisie qui sépare la vie intérieure, le comportement privé et le discours public, les postures et les formules consacrées. L’élection est partisane et l’élu celui qui est le porteur du dogme, délégué pour cela. Ce n’est pas la vérité de sa personne qui compte mais sa fidélité théorique au dogme. Il est vrai que la position de mauvaise foi créé un climat de suspicion et de simulacre. Le déni de la réalité par tous les moyens de l’habileté, sophistique par exemple, emprunte volontiers les artifices de la raison, de l’argumentation, qui s’auto-justifie par ses références idéologiques en négation de l’expérience commune. Comment un président peut-il être élu? par défaut sans doute, c’est-à-dire par la mobilisation de quelque défaut.

Le ressentiment. Une des passions française les plus constante. Rien n’est bon dans l’ordre établi. S’agit-t-il d’édifier un ordre alternatif? Peut-être dans le discours à l’occasion, comme on se dit qu’il va bien falloir se doter d’un projet, d’une « culture de gouvernement ». Le ressentiment c’est la justification de l’empêchement, celle de la contestation, de l’opposition de principe, de la revendication impérieuse. L’élection se fait contre plus que pour. L’élu est le champion de l’intolérance à l’ordre ancien, l’animateur du ressentiment. Son programme c’est de déboulonner l’ordre en place et sauf à devenir dictateur, il lui faudra préparer sa propre défaite au prochain tour. Il en est toujours surpris et se croit trahi. La révolution française dans ses moments les plus radicaux en a montré jusqu’à la caricature.

L’enthousiasme. Voyant la possibilité d’un progrès dans l’ordre des choses alors la France peut se mobiliser avec enthousiasme. L’implication, dans le fait électoral lui-même, la participation aux enjeux commun, l’engagement dans un projet, la contribution par le vote à l’intérêt général trouvent les français disponibles, mobilisables. L’élu c’est celui qui sait montrer le chemin, le programme, le plan de ce à quoi les bonnes volontés sont invitées. Un visionnaire certes mais aussi concret, méthodique, capable de mener a bien ce qu’il entreprend, de réussir ce qui lui serait confié. L’élection du Président est un moment de l’action. Il ne s’agit pas tant de liquider l’ordre ancien que de le transformer, le faire progresser ou même de le dépasser. C’est à la bonne volonté et aux compétences qu’il est fait appel tant de l’élu que des français.

La défense. Ça ne va pas et il faut que ça change. La réalité ce sont les problèmes dont il faut se débarrasser, les maux contre lesquels il faut lutter. L’élu est celui qui rassemble un assentiment critique et militant, c’est-à-dire prêt à manifester, manifester son désaccord son désaveu de ce qui existe, de ce qui ne va pas. Il s’agit donc de combattre et de vaincre les maux qui accablent, les menaces qui planent, les carences qui sont manifestes, les insuffisances. La défense et la protection contre les dangers et les menaces dues à l’ordre établi est une bonne argumentation pour mobiliser. L’ordre mondial, le système, le pouvoir en place sont autant de cibles de la critique sans qu’il soit nécessaire de proposer des solutions alternatives et un projet constructif. Inutile de dire que si des émotions sont soulevés il ne s’agit pas d’enthousiasme et elles ne tiennent qu’autant que les maux sont mis au premier plan. L’indignation a besoin d’être alimentée en permanence.

L’ambition. L’enthousiasme doit être alimenté par une perspective valorisante du moins dans les apparences. Un projet de conquête, une utopie bien identifiée, une vision prometteuse sont à proposer. Il s’agit bien de promesses qui doivent flatter les électeurs qui s’en imaginent grandis. Bien sûr les promesses n’engagent que ceux qui y croient. C’est dire que la bonne foi, le réalisme ne sont pas de mise sauf dans l’excellence du tableau proposé, de la scène imaginée. Il y faut de l’habileté et s’adresser aux électeurs comme à une élite. Les élites s’en trouvent d’autant plus valorisées et gratifiées qu’elles trouvent un place éminente dans la perspective. Le Président élu est porteur d’un charisme qui doit beaucoup à la séduction et se présente comme compétence d’exception. Il porte l’ambition du pays qu’il a su lui faire partager. C’est forcément un bon communicant…

La destruction. Renverser l’ordre établi par tous les moyens, tel est l’enjeu. L’élection présidentielle n’en est qu’un moyen plus ou moins opportun. Le Président fait figure de vainqueur potentiel, celui qui saura détruire l’ordre et les pouvoirs existants. On sait ce qu’il en advient ensuite. On comprend que l’élection fait appel plutôt à des forts en gueule qu’a des personnalités discrètes et subtiles. La calomnie, la dénonciation, le procès d’intention, la démagogie, la disqualification de l’adversaire, tout est bon pour entretenir l’animosité et exacerber les haines et les passions destructrices. Le cynisme et le ressentiment se posent en vertus et les tièdes en traitres potentiels. Ça finit toujours mal pour les français et pour les dénégateurs du pouvoir qui l’auraient pris par inadvertance.

La construction. Édifier c’est a la fois faire grandir en vertus et construire. Le rôle d’édification d’un Président repose sur l’appel a des engagement vertueux au service de la communauté et aussi, au-delà, au service d’autres communautés et du monde. Édifier un ordre des choses renouvelé en fonction des évolutions du monde telle est la vocation de la France dans tous les domaines où elle peut exceller. Pour cela l’élu doit en manifester la volonté et la perspective et en faire appel au français, leur demander leur engagement sur des enjeux communs, ceux de communautés qui participent à la communauté nationale et son devenir, ceux aussi de communautés élargies comme l’Europe ou au-delà. C’est en communiquant sa conviction, sa bonne volonté et l’authenticité de son engagement qu’il peut solliciter valablement une élection c’est-à-dire un choix personnel des français celui du Sens du bien commun.

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Autorité et démocratie à la française

Une analyse de cohérences culturelles comme celle de la France déploie une problématique humaine singulière en plusieurs Sens que la carte de cohérences dessine. Chaque Sens correspond à une vision du monde et un mode d’existence qui permet de lire une logique historique, un caractère, un axe de projection dans l’avenir et toutes leurs conséquences dans les affaires communautaires. C’est donc à cette carte de cohérences schématique que l’on peut avoir recours pour redécouvrir les façons de comprendre une question telle que celles-là.

Culture française

Autorité et démocratie sont dans cette culture référés à l’ordre des choses.

Le Sens de la bonne foi donne à l’autorité un Sens d’authenticité (même étymologie), de fiabilité, de repère, gage de fidélité à la vérité aussi, l’autorité fait foi, c’est sa responsabilité. A l’inverse l’autorité est plutôt un titre, un artifice, une référence de convention, une formule pour imposer un ordre de substitution, un faux semblant de vérité. Par exemple l’autorité de l’Etat qui, quelques fois, substitue à la réalité vécue une norme administrative qui ne tiens pas compte du réel des choses et des gens. C’est le cas de tous ceux qui imposent un référentiel artificiel. Ce référentiel peut être administratif ou idéologique et même scientifique ou philosophique. Il y a beaucoup de corporations ou d’instances dont l’autorité est de cette nature et dont l’ordre devrait s’imposer à tous comme « l’autorité de la France » quelques fois. A contrario, même si elle constitue un repère c’est celui de la vérité, toujours en quête. Dans les quêtes du pouvoir l’autorité impose ses vérités opportunistes. On appelle ça cynisme aussi.

La démocratie, sur cet axe horizontal à gauche (de la carte), est l’expression d’une réalité collective, la manifestation d’un ordre commun, un témoignage du réel à partager. A l’inverse la démocratie est un prétexte, une mise en scène, pour établir un référentiel d’autorité artificiel. Il ne s’agit pas d’expression collective mais d’adoption collective d’un ordre préétabli. Les normes précèdent leur adoption et semblent ensuite émaner de la démocratie. Le système français est ici bien rodé et certaines conceptions de la république y trouvent leur source, pseudo démocratique donc.

Sur l’axe vertical en haut, l’autorité est porteuse de détermination, détentrice d’une volonté bonne et déterminée. Il s’agit donc d’un volontarisme qui entraine les bonnes volontés, un leadership si on le comprend comme cela. Celui qui porte cette détermination est dirigeant par l’exercice non d’un pouvoir mais d’un charisme et d’une capacité de tracer la voie. La démocratie est évidemment là participation à l’édification des enjeux communs, concernement de la communauté par ses affaires selon l’ordre déterminé.

A l’inverse l’autorité est source de ressentiment. Elle est identifiée au fait du prince et donc toujours à combattre pour y substituer celle du même type de ceux qui l’auraient vaincue. Le pathos révolutionnaire se nourrit là. On voit bien le rôle de la démocratie qui consisterai à substituer le bon vouloir du peuple à celui du prince. Le bon vouloir qui n’est pas la bonne volonté inverse est incarné par les représentants du peuple qui par définition démontrent que leur bon vouloir doit se substituer à l’autorité présente. Le pathos révolutionnaire est en marche et sans fin puisque la nouvelle autorité doit bien vite être déboulonnée ou décapitée plus symboliquement. La généralisation du libre bon vouloir généralise l’imposture et l’usurpation d’autorité et alimente la machine mortifère.

Il est intéressant de voir quels régimes d’autorité et de démocratie cela dessine dans les diagonales.

Dans le Sens du gauchissement le révolutionnaire ne s’embarrasse pas de vérité et impose ses simulacres jusqu’à être disqualifié à son tour. Cela devient une profession un statut. L’autorité doit s’imposer et utiliser le collectif comme moyen ou comme prétexte, c’est la démocratie dictatoriale, celle que chacun voit dans l’intention de tous les autres. Imaginons un parti fondé là-dessus (ou plusieurs) et l’atomisation qui le guette en permanence. Traditionnellement c’est la position des extrémismes, droite et gauche, en opposition radicale avec l’ordre juste.

A l’inverse donc, c’est le Sens du bien commun de la culture française et sa poursuite qui défini l’orde juste, la logique des bâtisseurs. L’autorité est celle qui incarne une démocratie, participative, par la justesse de ses analyses de la réalité, de la vérité, et la détermination de sa volonté. On ne peut pas ne pas voir comment cette position a été présente dans la dernière campagne présidentielle et comment elle suscite une réaction « révolutionnaire » qui conjugue ressentiment et mauvaise foi. Le lecteur appréciera l’analyse faite à ce sujet en 2006 : L’ordre juste ou la vertu française

En haut à droite, le Sens de l’arrogance est celui de l’élitisme aristocratique à la française, bien connu par les étrangers qui nous regardent. L’autorité est formelle  le produit d’artifices de sélection « démocratiques » comme le montrent nos Grandes écoles. C’est aussi d’actualité. Détermination certes, participation démocratique oui mais selon les règles édictées au mépris de la réalité et de la vérité. Jusque dans ses fondements philosophique, la Raison d’autorité, toujours contingente, est dite critère de vérité universelle qui s’impose à tous y compris évidemment à la démocratie. Un pays administré selon des règles formelles, juridico-administratives, techno-scientifiques, idéologiques et auto justificatrices. Voilà un visage bien connu de la France, aujourd’hui ébranlé.

Reste en bas à gauche avec le Sens de la militance une France émue et émouvante, touchée par des réalités négatives, et engagée dans la défense contre les pouvoirs mauvais (par définition). C’est à se demander si c’est l’animosité envers l’autorité et la frustration d’un libre bon vouloir  servent de détecteur des réalités difficiles ou l’inverse (démocratique veut dire chacun son bon vouloir). Cette autorité se fait volontiers « humanitaire », protestataire, alternative mais peu engagée dans la bonne volonté déterminée de construction du bien commun. Cela assure son audience et son succès émotionnel mais aussi son échec opérationnel durable lorsque agir c’est défaire.

Les vertus françaises des bâtisseurs d’ordre juste reconnaissent des personnages d’autorité qui ont joué leur rôle de repères et de dirigeants et aussi le concernement actif des populations. Il est vrai aussi que toutes les falsifications et les dénigrements n’ont pas manqué, ne manquent pas pour s’en prétendre garants.

Ce qui est vrai concernant la France l’est aussi pour tout ce qui s’y réfère, les organisations ou institutions françaises notamment. Cependant et c’est là la complexité des ensembles communautaires, en France, bien d’autres cultures ont cours. Chacun est traversé par cette diversité de cultures selon les milieux fréquentés. Aussi y a-t-il d’autres conceptions et pratiques de la démocratie et de l’autorité et il faudrait beaucoup d’arrogance pour penser qu’il n’existe que l’équation française en matière de « gouvernance ».

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L’identité française

Chaque communauté nationale est unique, singulière, originale. Humainement parlant elle est porteuse cependant d’une part d’humanité spécifique. Les français peuvent se retrouver dans la leur, inconsciemment le plus souvent, pour s’y identifier (j’en suis). Les autres humains aussi, même si cela ne leur est pas aussi familier. Certains viendront s’intégrer à cette familiarité parce qu’elle leur correspond, d’autres parce qu’ils s’y sont trouvés projetés. Inversement des français peuvent se retrouver dans d’autres cultures. Cela n’empêche pas que les français soient aussi selon le cas bretons, anglophones, musulmans, antillais, francs maçons, européens, fonctionnaires, jeunes et participent à de multiples autres communautés. S’identifier n’est pas se confondre.

Les deux premières difficultés sont d’une part la polysémie des racines culturelles de la nation française qui font que l’identification peut se faire en plusieurs Sens selon les moments, les groupes, les caractères et, d’autre part qu’ils se traduiront différemment selon les contextes et les conditions du passé, de l’actualité ou des mises en perspectives.

Il est donc important de repérer des grandes tendances qui traversent l’histoire et les questions d’ordre national françaises et ensuite de les décliner selon les domaines de référence que l’on veut envisager. En effet les termes dans lesquels s’exprime l’identité appartiennent au langage de chaque domaine, par exemple sportif, politique, historique, caractériel, imaginaire etc. Il y a donc des repères généraux qui s’attachent à identifier les tendances ou Sens profond de la culture française et des repères d’identité toujours circonstanciels ou contextuels. (Jamais figés). Il faudra choisir dans quels domaines on veut qualifier ce que peut être l’identité française, être français; l’universalisme est à ce titre  une clôture handicapante. En outre il n’y a pas de projet sans intention et c’est en tant que français que la question se pose du projet de qualification de l’identité nationale. Quel Sens de la culture française veut-on privilégier? Il faut le dire tout de suite toute culture a ses tares et ses vertus. Pour repérer et exercer ces dernières il faut choisir volontairement le Sens du bien commun de la culture française. C’est ce par quoi elle exerce ses vertus, cultive ses valeurs propres et progresse dans son accomplissement et son rayonnement.

Les conclusions présentées ici résultent d’une étude fondamentale, l’analyse de cohérences culturelles, une innovation conceptuelle et méthodologique de l’humanisme méthodologique que l’on pourra approfondir ici.

Ce qui est singulier dans la culture française c’est son « rapport à l’ordre« , sans doute inscrit dès les fondations et refondations de la France en tant que telle. Les rapports à cette problématique posent les différents Sens de cette culture et se traduisent en positions ou tendances qui portent le pire ou le meilleur. On commencera par considérer les deux défauts majeurs et les deux vertus inverses que révèlent l’analyse. Le schéma ci-dessous montre comment se distribuent ces tendances et ce qu’elles suggèrent comme principes culturels français.

Le Sens de la bonne foi ou de la mauvaise foi en rapport avec l’ordre des choses, la réalité, les structures, les hommes, posent une vertu et une des « tares » de la culture française.

D’un côté la considération des choses, le souci de vérité, d’authenticité, de reconnaissance de la nature des choses, s’oppose à une attitude de cynisme, de falsification, une substitution du discours, de formules, d’idéologies, d’une raison opportuniste à la réalité . Dans ce cas, la défiance systématique, l’artifice, l’abstraction du réel, le détournement du sujet prédominent. On y considère comme naïveté cette confiance dans l’ordre du réel, naturel et on en craint le risque de dévoilement. La vérité est déclarée mensonge et la perversion vertu d’habileté. Toute ressemblance…

Sur l’axe vertical figurent deux autres tendances qui structurent le champ culturel. D’un côté la « bonne volonté » qui consiste à rechercher le bien commun (de bonne ou mauvaise foi). Elle se traduit par une détermination à contribuer  au progrès des choses, à faire progresser l’ordre existant, à participer (démocratie participative?). A l’opposé le ressentiment est une attitude de critique systématique de l’ordre établi, de l’ordre des choses comme l’ordre public. il ne s’agit pas de contribuer à un nouvel ordre mais de s’opposer à tout ordre. Le côté révolutionnaire permanent s’exonérant de construire, ce qui est le fait de la vertu inverse.

Il est aisé alors de reconnaître quatre « postures » de français. Bonne volonté et mauvaise foi et c’est tout l’élitisme à la française qui y déploie ses « valeurs » et ses habiletés, l’élitisme intellectuelle aussi et ses formes de rationalisme notamment.

A l’inverse la vertu de bonne foi, associée au ressentiment et toute une militance critique qui ne cherche pas à construire se déploie. Réalisme mais pas de réelle bonne volonté.

Le pire est sans doute dans cette conjugaison des deux travers de mauvaise foi et de mauvaise volonté. Faut-il l’illustrer comme par exemple dans ces situations particulièrement ambigües de l’histoire. Elle servent à ériger en vertu ce qui en est quelque fois l’inverse. La vérité dite n’est pas la bonne et la critique sert plus à dénoncer qu’à construire. C’est une attitude très présente dans l’espace politique y compris à propos de l’identité nationale (cette analyse de cohérences culturelles date de trente ans et pas seulement de trente jours).

Le meilleur est la conjugaison des vertus de bonne foi et de bonne volonté. C’est ce qui détermine le Sens du bien commun et les valeurs propres à la culture française et aux français. Contribuer à l’éclairage de l’identité française sous son meilleur jour en rapport avec la réalité des français dans toute leur complexité est autre chose que de dénoncer le projet en déclarant que la question est réglée par des formules toutes faites. De même feindre de contribuer au projet en évitant le sujet réel (détournement, inversions de vérité, déni de réalité) ne vaut guère mieux. Le soupçon plutôt que la collaboration face à une réalité complexe n’est pas non plus recommandable. Ce sont là des traits de la culture française mais l’identité française que l’on peut désirer renouveler  pour rassembler et remobiliser le meilleur des français est plutôt dans la conjugaison des vertus françaises.

L’ordre juste, poursuivi et recherché a été il y a peu une expression dans laquelle les français peuvent se reconnaître. Des candidats à la présidence de la république s’y sont référé dans leur meilleur élan. Postures artificielles ou ressentiment récurent sont aussi un trait de la culture française mais peu constructif. L’article en lien rappelle ce qu’il en a été.

Fier et franc, en écho (les deux auraient même racine), fierté de participation à une oeuvre de valeur pour la communauté – la bonne volonté; franchise d’un rapport direct au choses au monde. à l’inverse le ressentiment baigne dans la disqualification permanente, la mauvaise foi se nourrit de leurres et de substituts artificiels, de faux semblants.

Alors où sont les valeurs républicaines liberté, égalité, fraternité? Leur universalité en fait des valeurs anthropologiques générales et non spécialement culturelles. Il est particulièrement arrogant de se les approprier pour identifier la France d’autant plus qu’elle n’en possède ni l’origine ni l’exemplarité. Mais il y a sans doute une ambition cachée derrière cette prétention (non pas de s’y référer mais de s’y identifier). C’est ce qu’il ne faudrait pas risquer de dévoiler par un débat public sur l’identité.

Reconnaitre la complexité et la difficulté de l’identification commune des français dans le mouvement du monde actuel et les échos de l’histoire est sans doute pour les français un enjeu de progrès  important. Comme pour tout enjeu de cet ordre les différents traits sont exprimés comme autant de manifestations d’identité possibles. Mais l’identité des français à privilégier est celle qui exprime le Sens du bien commun en reliant les réalités historiques, l’actualité commune et aussi une ambition, un désir, une aspiration partagée de bonne foi et de bonne volonté. C’est valable pour tous les français de toutes origines et de toutes conditions. il y en a certainement de multiples illustrations auxquelles s’identifier ensemble. Voilà l’intérêt d’une concertation publique sur la question.

A titre indicatif, tous les grandes références historiques peuvent être lues selon chacun des Sens de la culture française pour en identifier les tendances en jeu et repérer l’issue et ce que pouvait être le Sens du bien commun et ses références pour une identification renouvelée.

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Identité nationale : le concept

Il y a l’identité d’une communauté et la nation comme cas particulier, différente des régions ou des communautés internationales comme l’Europe. On se place à priori dans le cadre des communautés territoriales mais il y a d’autres cas tels que le territoire n’est pas le déterminant et même fait problème. Citons les Kurdes par exemple.

Les communautés humaines sont des communautés de personnes et pas des collections d’objets ou d’entités juridiques ou administratives. L’Etat n’est pas la Nation, une collection d’individus réunis par des liaisons formelles ou matérielles n’est pas une communauté humaine (La solidarité des choses n’est pas la fraternité des hommes, et qui d’autre?). Les communautés humaines posent la question du rapport entre des personnes humaines et leurs communautés. Unité de la personne et diversité de ses implications communautaires, unité de la communauté et multiplicité de ses membres. Une nouvelle théorie des communautés humaines pose qu’elles sont des phénomènes de nature humaine. Selon la conception de l’homme on conçoit la communauté et selon la conception de la communauté c’est de la vision de l’homme qu’il s’agit implicitement. C’est bien l’enjeu fondamental de la crise identitaire française et du débat sur l’identité nationale (être français).

La problématique identitaire d’une communauté, nationale par exemple, pose le problème fondamental de l’unité et de la multiplicité. On verra que son oubli transforme le débat en bavardage ou en détournement du sujet.

Passons en revue une série de problèmes à résoudre.

L’unité et la multiplicité des positions culturelles d’une même communauté. Comme les personnes, elles ont des tendances contradictoires et pourtant en quête d’une meilleure position, qu’on appellera le Sens du bien commun. A contrario on identifiera une communauté à l’une de ses positions telle qu’elle est à un moment donné ou telle qu’on veut la voir, monolithique.

La singularité et la variété des expressions. Une autre multiplicité est celle des conditions historiques ou bien circonstancielles qui se traduisent par des comportements, des discours, des choix d’identification différents. Savoir conjuguer la singularité, l’originalité avec le changement des circonstances et donc une pluralité identitaire, est un acte de maturité. Réduire l’identité à une forme figée est une aliénation. Un exemple l’universalité  figée sans l’originalité avec d’ailleurs un trafic sur les origines (table rase) et indépendante des circonstances.

La cohérence et la variété des référents identitaires. Si l’unité est renforcée par le choix d’un Sens, celui du bien commun, alors comment cela se traduit-il pour identifier la communauté ou s’y identifier? Il y a trois dimensions complémentaires et indispensables. La dimension rétrospective de partage de références du passé et leurs mises en valeurs avec une interprétation des origines. D’où venons nous? La dimension introspective avec les qualités de caractère que l’on se reconnait ou qu’on nous reconnait. Qui sommes nous? la dimension prospective avec les projections dans l’avenir et selon les différents horizons internes et externes. Qui voulons nous devenir? L’articulation des trois est indispensable. L’oubli d’une seul et c’est l’identité qui devient un problème. Racines sans avenir, utopies narcissiques sans racines, auto-centration close, absence d’humanité collective. Bien des moyens de figer ou de stériliser une communauté par une identité défaillante. A lire identité prospective

Permanence et variabilité. l’identité est un moyen d’assurer la conscience d’un soi durable ou celle des autres. La permanence  réclame des fondements atemporels une transcendance que la théorie du Sens de l’Humanisme méthodologique va éclairer. Permanence communautaire (des siècles ou des millénaires parfois), diversité des positions selon les époques mais variation des conditions et circonstances qui donnent à l’identité des visages changeants. Figer ceux-ci c’est tuer la vie ou l’humanité singulière de la communauté. Enfermer l’identité dans une définition définitive y contribue.

Rassemblement et diversité. Une communauté rassemble des personnes humaines. Ce ne sont pas des clones mais des personnes appelées à plus d’autonomie  selon leurs trajectoires propres. La communauté engagée dans le Sens du bien commun les rassemble dans un mouvement de développement, de civilisation, qui n’est autres que l’exercice et la recherche de cette autonomie, « d’empowerment ». On peut d’ailleurs faire un parallèle entre l’évolution des personnes et de la communauté et leur empowerment réciproque. A quoi sert l’éducation  nationale par exemple lorsqu’elle a une vocation éducative (et pas normative ou conformative). L’identité de la communauté renvoie à l’identité de ses membres tous caractérisés par leur originalité, leur singularité, fusse-t-elle d’origines, de cultures, de religions, de genres, de caractéristiques physiques, comportementales, mentales ou affectives. C’est d’une diversité « d’altérités » que se construit une communauté majeure, progressivement, et pas une collection de « mêmes », uniformes. La ressemblance que procure l’implication dans une même communauté de devenir n’exclue pas, bien au contraire, la singularité, unique, de chacun. Mais pour cela il faut avoir une conception de l’homme qui manque cruellement aux matérialistes et aux rationalistes.

Enfin l’identité communautaire va avec la multiplicité des communautés. L’identité de l’une suppose l’existence des autres, non pas comme des « individualités » isolées, des électrons libres mais comme des altérités communautaires, formant à leur tour d’autres communautés. Qui ne voit, à part les aveugles volontaires, qu’une communauté nationale est faite de communautés multiples. Cela ne porte pas atteinte à son unité mais la constitue. De même, cette communauté nationale ne peut pas, sauf défaillance régressive, ne pas se reconnaitre dans une ou des communautés plus larges. A quoi sert l’Europe, la communauté européenne? Seulement, une communauté nationale abrite aussi des communautés qui traversent ses frontières, identitaires mêmes. Par exemple la communauté des chercheurs se retrouve bien à sa manière en France et ailleurs aussi. Internet fait exploser ce potentiel de constitution de communautés dont certaines durables, ce qui n’empêche pas les autres communautés de perdurer. On voit bien que le réductionnisme étatique, nationaliste, sur les plans juridiques, économiques, culturels ou autres sont remis en question. De même une communauté nationale est impliquée dans de multiples communautés multi ou transnationales dont on voit la nécessité, la complexité et la richesse à l’heure de la mondialisation.

Comment la Chine et les pays émergents font-ils pour se développer aussi vite sinon en s’inscrivant dans ces communautés transnationales. Pendant ce temps d’autres construisent des murs et veulent figer dans le marbre, ou le fronton des édifices publics, l’identité de leur pays.

Mais alors cet enchevêtrement de communautés de personnes et aussi, souvent, de communautés de communautés, amène à considérer que les personnes constituent ou participent à plusieurs communautés, de façon stable ou volatile, pour une raison ou une autre, une part de vie et une autre. l’identification fixée définitivement d’une personne et d’une communauté est une conception archaïque. L’évolution des personnes et des communautés vers plus d’autonomie amène à considérer que la participation à une communauté est affaire de vocation de celle-ci et d’accomplissement des celles-là.

Avec la mutation de civilisation qui ébranle les certitudes et les fixations pathologiques, les personnes s’engagent ou se trouvent engagées dans plusieurs communautés. Elle y réalisent leur existence et leurs enjeux en rapport avec le Sens du bien commun propre à chacune.

Alors le concept d’identité nationale? La complexité, maintenant abordée pour se débarasser des simplismes et des détournements du sujet communautaire, permet de reprendre la question sous trois angles.

Les communautés humaines comme les nations sont faites d’humanité et rien d’autre et leurs enjeux identitaires sont des enjeux individuels et collectifs qui débordent la seule communauté nationale.

Les nations sont des communautés particulières où se jouent sans doute des questions de vie ou de mort et ce qui se passe entre les deux, chacune à sa manière.

L’identité nationale est une question qui renvoie le pays à sa singularité, sa vocation, ses origines, son histoire, son ambition, ses qualités et ses valeurs (communautaires), son rôle dans un monde en mutation. C’est l’occasion d’un recentrage, d’un repositionement et pourquoi pas d’un redéploiement d’une renaissance pour de nouvelles ambitions à partager.

Qu’on est loin des critiques qui ont pour effet sinon pour but d’évacuer tout cela. Mais qui ne veut pas grandir dans ce pays? Ceux qui sont trop grands déjà et qui se croient détenteurs de l’universel?

Toute cette complexité va devoir s’approfondir pour certains avec une série d’articles destinés à poser plus rigoureusement les problématiques et apporter les réponses de l’humanisme méthodologique que l’on confrontera à d’autres le cas échéant. Elle va devoir se traduire dans la singularité d’un cas, l’identité française. Pour cela un prochain article s’appuiera sur une « étude de cohérence culturelle » réalisée dès 1981 et publiée il y a peu.

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