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Développement communautaire et démocratie participative

Développement communautaire et démocratie participative
Principes et pratiques

Le temps des communautés mineures

Les formules du titre marquent à la fois une perspective espérée pour les uns ou alors inquiétante pour les autres. Il est intéressant d’en dresser un tableau au travers de la relation entre deux conceptions antagonistes de la vie collective.

L’horizontalité
Elle donne l’image d’un rassemblement des égaux, ou du moins en passe de l’être. La vie collective est désirée comme un vivre ensemble convivial. La qualité de ce « vivre ensemble » est le fait d’un fonctionnement régulé de la société qui permet un bien vivre. Ce fonctionnement est fait de relations et d’interactions ludiques ou coopératives. Les initiatives collectives d’organisation se multiplient grâce aux moyens de communication et de mise en relation. L’ancrage dans la nature et l’environnement est considéré comme une saine condition de pérennité.

La verticalité
C’est l’édifice construit par une culture, une civilisation qui hiérarchise les utilités comme les mérites et la maîtrise des affaires de la cité. Le politique se fonde sur un pouvoir central qui veille à l’unité. Il se structure au travers d’institutions aux rôles formels bien définis. Ces structures, toujours intermédiaires, encadrent le fonctionnement de la cité, contrôlent la régularité des comportements, forme les individus à ces règles de penser et d’agir et sélectionne ses élites et ses élus pour assurer l’encadrement.

Là commence l’antagonisme.
Pour les premiers la verticalité incarne des formes d’autorités abusives, l’exercice d’un arbitraire sous couvert de rationalités technocratiques, une hiérarchie de castes conservatrices et un conformisme qui aliène tout progrès. Le pire ne manque pas d’exemples pour alimenter la dénonciation de ces tyrannies.
Pour les seconds, l’horizontalité marque un certain infantilisme, sinon une naïveté irresponsable, plus soucieuse de confort que d’ambitions, d’une utopie qui ignore la malignité humaine et la complexité des affaires de la cité. C’est cependant considéré comme une mobilisation des sentiments qui peut détourner des passions dommageables à l’édifice des structures de la cité. Du pain et des jeux disait-on.

Mais cet antagonisme aux velléités d’exclusion mutuelle ne s’articule que sur des liens étroits de nécessité et de défiance réciproques. La première conception, horizontale, ne peut subsister que si par une sorte de tutelle la seconde veille au grain. Pour éviter l’arbitraire on le remplace par un intérêt général dénué de subjectivité. L’Etat veille sur l’état de la société civile et celle-ci se tient sous cette tutelle dans un état de minorité dont la contestation fait partie ainsi que le jeu des « débats démocratiques » véritablement joués. La seconde conception, verticale trouve dans ce terreau ce qui lui est nécessaire, les ressources matérielles et humaines pour assurer son devenir. Il y trouve aussi les légitimités de sa suprématie par la dénonciation des dangereuses initiatives des individus surtout en groupes et à plus forte raison en communautés à prétention d’autonomie c’est-à-dire majeures et responsables. Elle y trouve ses justifications par la protection due aux plus faibles et aux mineurs (peu responsables on le sait).

Alors on ne peut s’étonner du succès des idées participatives et de leur relatif échec récurent. On ne peut s’étonner de la désagrégation de l’édifice de rigueur historique sous les coups de boutoir de l’émancipation de la société civile. Les solutions sont-elles dans la sauvegarde des idées familières ou dans leur interrogation en vue d’une mutation que les deux versions antagonistes de la vie collective manquent avec persévérance.

L’intégration du développement communautaire et la démocratie participative.

Le temps des communautés majeures

La gouvernance c’est un processus de conduite des affaires communes. Nous allons voir que l’intégration des dimensions verticale et horizontale est caractéristique de son engagement dans le Sens du bien commun.

Qui dit bien commun dit communauté terme qui fait trembler les verticalistes qui y voient la compromission de l’unité de la République et du rôle de l’Etat central. Mais cela implique aussi un devenir. Si pour l’homme vivre c’est devenir, pour les communautés humaines le devenir c’est le développement communautaire qui fait écho au développement personnel.

Le développement communautaire
Il relève d’une dynamique et d’un processus de progression humaine, individuelle et collective, l’une par l’autre. La communauté, figure du rassemblement horizontal, est engagée dans un développement vertical et non dans l’établissement d’un fonctionnement idéal, sous tutelle. Il y a bien là un mouvement « bottom up » qui est vertical, et qui permet à la communauté de gravir une échelle de progrès, de maturation, dont les visées sont l’autonomisation responsable ou empowerment si on traduit ce terme selon une perspective de progrès humain et non de rapports de force ou d’indépendances immatures.

Ce mouvement est assimilable à un apprentissage, par l’expérience de la participation aux affaires communes. Mais cette expérience, placée sur une trajectoire de progrès, intégre les différents niveaux de maturité humaine. L’archaïque des premières gestations ou quelques régressions communautaires, passionnelles par exemple. Le factuel du faire ensemble ou s’organise la subsistance et la confortation individuelle et collective. La raison qui permet les représentations intellectuelles médiatrices et aussi conceptrices des affaires communes. Enfin l’âge du Sens et du symbolique ou se discerne et se détermine le Sens du bien commun. On peut dire que le développement est le processus vécu et réalisé par une communauté pour grandir en humanité au travers de la participation aux affaires communes et selon les différents âges de maturité.

On notera que l’âge du faire ensemble nécessité de sortir d’un âge ou les pulsions commandent pour le pire ou le meilleur ce qui nécessite prises en charges ou même thérapeutiques adéquates. À l’âge du faire ensemble les apprentissages peuvent être accompagnés pour s’autonomiser. À l’âge des représentations et de la raison la construction des cadres et projets communautaires réclame des compétences d’intelligence collective habituellement reservées aux experts dans une conception verticaliste. Enfin l’âge du Sens réclame quelque clairvoyance et surtout les repères d’orientation selon le Sens du bien commun.

Ainsi on s’aperçoit que le cheminement de développement réclame la conjugaison d’une dynamique collective mais initiée, conduite et accompagnée par des compétences particulières. Il y faut une gouvernance participative. Cette « éducation participée » réclame un accompagnement dont on n’oubliera pas qu’il vise l’autonomisation ou empowerment communautaire. On n’oubliera pas qu’il s’agit de la participation des personnes et des acteurs à l’appropriation d’un devenir commun dans tous ses aspects. On notera aussi la participation de toute communauté à d’autres plus larges, de même que la participation des personnes à plusieurs communautés.

La gouvernance participative est la conduite d’un processus de développement communautaire par la participation des personnes et des acteurs à l’appropriation active des affaires communes. Toutes les affaires communes qui constituent l’activité de la communauté en devenir sont de son ressort en fonction de son niveau de maturité et d’autonomisation.

Seulement cette gouvernance communautaire n’est pas une génération spontanée pas plus qu’une éducation sauvage ne permet à l’humanité de grandir. Cela posera alors la question du politique et donc de la démocratie.

En effet que ce soit par elle-même si elle en a la maturité ou que ce soit par une communauté d’appartenance le devenir de la communauté est l’enjeu même du politique. C’est le politique qui oriente ou en donne les repères, c’est le politique qui en dessine les cadres et les projections dans l’avenir, c’est le politique qui en organise les conditions du faire ensemble. C’est le politique qui en définitive initiera une gouvernance participative pour toutes les affaires communes.

Le politique
Le politique assure ainsi une gouvernance démocratique, c’est-à-dire liée à l’implication de la communauté dans ses décisions et son autorité de régulation pour toutes les affaires communes. Ainsi elle engage et accompagne la gouvernance participative du développement. La gouvernance politique engage l’exercice de la démocratie et initie et facilite la gouvernance participative.

La gouvernance démocratique.
Elle se détermine en trois niveaux successifs.
la démocratie élective. Elle consiste à incarner le Sens du bien commun dans la personne d’un élu. L’élu et ceux qui contribuent à ce rôle ne se tiennent que par la reconnaissance de la communauté qui s’y fie. Cette confiance repose non sur l’arbitraire de l’élu mais sur la pertinence de sa position, du Sens qu’il donne à l’avenir et au bien commun, au développement communautaire donc. Pour cela, c’est au coeur de la communauté et l’inconscient collectif qui en détermine l’existence qu’il peut le discerner et se déterminer au point de s’y identifier. C’est pour cela qu’en le reconnaissant la communauté se reconnaît en lui. Encore faut-il que la communauté soit suffisamment mature pour se reconnaître comme communauté politique. Sinon c’est une autre communauté d’appartenance qui en tiendra lieu ou y contribuera.
La démocratie représentative. Elle représente les personnes, acteurs, groupes et communautés qui forment la communauté politique. Ces représentants sont là pour traduire le Sens du bien commun en projets, cadres, règles, normes, ainsi que d’envisager les moyens de les réaliser. La démocratie représentative rencontre la nécessaire représentation de la communauté qui dépend de sa maturité. Trop immature, son identité incertaine, personne ne peut la représenter authentiquement. Il faut donc que le travail de gouvernance participative soit suffisamment avancé. On notera la différence entre l’élaboration participative des cadres et projets communs et la décision politique exercice de délibération de la démocratie représentative sous couvert de la démocratie élective.
La démocratie participative. Elle concerne le plus grand nombre quant à la préparation et la réalisation des actions qu’impliquent les affaires communes. Il s’agit aussi de décisions dans le cadre politique et d’élaborations dans le cadre de la participation aux affaires communes. En effet ce sont les acteurs qui agissent, le principe de la démocratie participative et cette action est l’action publique elle-même. C’est seulement dans le cadre tutélaire que l’action publique serait du ressort d’acteurs publics non impliqués dans la vie communautaire.

Ainsi la gouvernançe participative implique les membres de la communauté dans son développement comme processus de maturation et d’autonomisation selon une logique bottom up et la gouvernance démocratique procède aux décisions, délibérations et évaluations préalables selon une logique top down. La confusion de ces deux boucles est aussi pernicieuse que leur exclusion. Communauté de développement sans le politique, politique sans développement communautaire, tels sont les enfermements dont l’époque demande de sortir peut-être comme signe de maturité à venir avec ses crises de passage habituelles.

La mise en pratique des principes

La gouvernance démocratique

Démocratie élective
L’acte symbolique premier est l’élection de la personne repère par un procédé de reconnaissance par la communauté de la position qu’elle incarne, le Sens du bien commun si possible. La position de l’élu à pu provenir d’une connaissance intime de la communauté et du discernement du Sens du bien commun qui lui est propre. Qu’elle soit intuitive ou plus explicite, l’élu aura toujours à l’approfondir et à le signifier par ses positions repérantes ou orientations politiques, orientations des politiques. Pour cela il peut s’appuyer sur une équipe dont le consensus témoigne de cette position.

Démocratie représentative
La représentation dans une communauté majeure est celle des communautés de vie (quartiers par exemple) mais aussi des communautés de projet ou d’activités qui portent les affaires communes. Cette représentation suppose une identité communautaire pour qu’il y ait des mandataires représentatifs. Le travail principal des structures de représentation est la délibération sur les projets, les règles et les cadres des affaires communes. Il y faut des structures appropriées comme « des Groupes de Gouvernance Démocratiques » regroupant les représentants des parties prenantes. Ces groupes de délibération sont orientés par la démocratie élective, aidés par des expertises qu’ils consultent sans s’y substituer. Ils sont alimentés par les « Cercles de Gouvernance Participative » s’ils existent au niveau de maturité suffisant.

Démocratie participative
La part de décision du plus grand nombre se situe dans l’action et l’activité qui constituent les affaires communes. Dans l’action publique ou d’intérêt communautaire, ce sont alors les acteurs qui agissent. S’ils peuvent être assistés par des « acteurs publics » la démocratie participative disparaît lorsque ces derniers se substituent aux acteurs de la communauté. C’est le cas aussi lorsqu’il s’agit de prise en charge des faiblesses et difficultés. Dans le cas d’une immaturité radicale de la communauté ou d’un engagement qui ne vise pas le Sens du bien commun, la démocratie participative se réduit à des délégations nécessaires et à une participation aux affaires de l’administration publique.

Une gouvernance démocratique qui ne se soutiendrait pas d’une gouvernance participative correspondrait soit à un leurre soit à un état de communauté parfaitement majeure, cas que l’on peut exclure dans un monde habitué à la vie sous tutelle.

La gouvernance participative

Comme on l’a vu, elle doit être initiée, soutenue et accompagnée par la gouvernance politique. On notera que c’est là que ce situent les besoins en compétences nouvelles et donc les reconversions professionnelles et en partie la réallocation des ressources. En effet la connaissance des phénomènes de développement communautaire et de gouvernance participative restent largement méconnus et inexpérimentés.

La gouvernance participative va demander des méthodes et des compétences, distribuées en fonction des enjeux ( les affaires communes) et des niveaux de maturation avec les processus associés.

Les enjeux

La vie commune comme par exemple celle des quartiers, celle de communautés de devenir, celles mêmes d’organisations qui sont toutes concernées par le développement communautaire. Les méthodes de développement approprié sont là nécessaires.

Il y a aussi les projets petits et grands qui sont communautaires ou d’intérêt communautaire. Les méthodes d’appropriation active sont ici pertinentes.

Les politiques publiques de tous ordres sont des enjeux de gouvernance participatives. Elles réclament très souvent un haut niveau de maturité communautaire et des méthodes d’appropriation spécifiques.

Les initiatives particulières d’intérêt communautaire elles peuvent être prises par des personnes, des acteurs, des communautés. Elles seront accompagnées en conséquence selon leur envergure.

Les niveaux de maturation

Les communautés en difficulté, ou en crise, demandent un accompagnement de type quasi socio thérapeutique. Il consiste souvent en un investissement des affects dans des activités ou des fêtes, où se reconstruit une estime commune.

Cependant c’est l’expression des potentiels communautaires (culturels) propres qui doit être favorisée dans le « faire ensemble » plutôt que l’adoption mimétique de modèles extérieurs. Cette dernière pratique, très courante, favorise les désinvestissements ultérieurs plutôt que les dynamiques d’appropriation et de développement.

Les communautés de « faire ensemble » vont accéder par les maîtrises cultivées et acquises, à une représentation collective, une identité valorisante, condition de soutien de tout investissement dans des projets de développement, les affaires communes complexes ou la participation aux délibérations démocratiques. Le stade des représentations est le stade de développement d’une intelligence communautaire faite d’évaluations, de créativité, d’organisation, de communications. C’est aussi le stade de la concertation avec des parties prenantes multiples.

Vient ensuite le temps du politique ou la participation assume l’existence de la communauté politique elle même participant à d’autres communautés politiques. L’autonomisation responsable est le stade avancé du développement communautaire.

Méthodes et techniques (issues de l’Humanisme Méthodologique)

Les cercles de gouvernance participative
Ils sont constituées au cours ou à la suite d’un processus de maturation indispensable. Par exemple, sans la restauration ou l’instauration d’une identité communautaire valorisante et bien appropriée, pas de « nous » capable de se projeter dans un développement et donc d’y participer de façon majeure. C’est la négligence de ces préalables qui condamne à l’échec tous ces comités de quartier, de développement, de concertation etc. et leur ajouter le qualificatif de citoyen n’arrange pas la situation. Les cercles de gouvernance participative doivent être précédés d’une préparation plus ou moins complexe, être le lieu des apprentissages et des maturations nécessaires, et enfin de l’appropriation de la gouvernance communautaire, gouvernance du développement ou gouvernance démocratique en final.

Les analyses de cohérences culturelles pour discerner le Sens du bien commun qui sera le vecteur des dynamiques à engager et le repère des valeurs et enjeux significatifs. Elles rejoignent celles de tout projet dès lors que la communauté de référençe ou communauté porteuse est identifiée. Ces analyses permettent de toucher les ressorts de motivation et d’estime qui vont permettre les appropriations actives.

L’écoute activante. C’est par l’écoute activante auprès de témoins significatifs que se font les sensibilisations et se repèrent les potentiels, les valeurs, les motivations et éventuellement les obstacles.

Les processus de créativité générative. Ils permettent d’engager des groupes dans un mouvement de créativité imaginative et de construction rationnelle. L’appropriation communautaire développe une compétence collective qui va favoriser et quelques fois déborder les échanges avec les parties prenantes.

Les opérations symboliquement structurantes. Elles ont pour but de dynamiser et renforcer une identification communautaire dans le Sens du bien commun par une mise en situation qui favorise une appropriation active. La communication y tiens plus du récit et de la chronique que de messages, d’injonctions ou d’images captateurs.

Les méthodes de conception et de conduite des processus, d’élaboration et de réalisations participatives de projets. Elles associent, élaborations progressives, dynamiques humaines, maturations progressives, constructions rationnelles etc.

Et aussi

Le livre de gouvernançe un support virtuel de conduite de grands projets participatifs comportant la chronique structurée du projet, l’information et la communication avec le public, le travail collaboratif des cercles de participation.
La méthode des référentiels de valeurs partagés pour renforcer la cohérence et la cohésion communautaire ( organisation, communautés d’enjeux …)
La méthode de l’identité culturelle prospective pour préparer et mobiliser une communauté de développement
Les cercles de prospective opérationnelle pour permettre des projets de mutation et d’innovation majeures.
Le marketing communautaire ou marketing des valeurs.
La communication stratégique
L’évaluation communautaire participative
Le management communautaire.

Roger Nifle 15 mai 2014
rnifle@coherences.com
06 32 31 78 63

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Lettre à un maire qui vient d’être (ré)élu

L’implication des habitants et des acteurs de la cité dans les affaires communes.

La défiance et même la colère des habitants et des acteurs vis-à-vis de l’action publique sont arrivés à un point de basculement. Il oblige à une mutation démocratique qui dépasse les bonnes intentions et les incantations.

Le modèle traditionnel dans notre pays a été marqué par deux approches complémentaires qui sont profondément remises en question.

Pour la première, l’action publique encadre et règlemente la vie et l’activité collective basée sur les expertises de l’Etat et des collectivités locales. Le résultat en est une ignorance fréquente de la chose publique par les populations et une mise en dépendance, même du politique.

Pour la seconde, l’action publique est conçue comme (re)distributrice de ressources et de moyens pour compenser des manques ou des besoins sociaux. L’ambiguité des motivations, la montée des exigences et des défiances avec les soupçons de clientélisme disqualifient la façon dont cette fonction est exercée et notamment son rapport coût/efficacité.

La mutation de notre époque et de notre monde, marquée par une succession de crises de transitions, se caractérise aussi par le développement progressif d’un processus d’autonomisation responsable, dite aussi « empowerment », des personnes et des communautés. Elle se caractérise aussi par la possibilité de multiplications des relations de proximité, même à distance, c’est-à-dire le tissage de liens autour d’enjeux communs, à toutes les échelles.

La réhabilitation des communautés d’existence et d’enjeux rétablit les conditions d’engagement et de développement communautaires des habitants et des acteurs qui s’y retrouvent.

La participation des habitants et des acteurs aux affaires communes trouve alors :
– un levier pour l’action et le développement individuel et collectif : des communautés majeures d’enjeux ou de territoires (quartiers, villes…) à toutes les échelles.
– un principe éthique : le Sens du bien commun, propre à chaque communauté et à chaque ensemble communautaire (quartiers, villes, communautés de communes, d’agglomération, régions, nations, etc.) qui exprime des valeurs, des richesses humaines et une motivation partagée.
– une trajectoire et une démarche de développement communautaire appropriée, en fonction des niveaux de maturité et de conscience avec de nouvelles méthode de participation démocratique.
– son propre modèle culturel de développement et de gouvernance communautaire où sont associées toutes les parties prenantes et les communautés impliquées.

Dès lors l’action publique se justifie par sa contribution au développement communautaire et donc aussi celui de tous ceux qui les constituent : personnes, groupes, acteurs, organisations… et non par une tutelle ou une ressource distributrice inépuisable, deux modèles « parentaux » pour mineurs.

Cependant de nouvelles compétences sont nécessaires, appuyées sur la connaissance des phénomènes et dynamiques communautaires, la mobilisation et l’accompagnement de processus d’autonomisation responsable. Ainsi les méthodes d’appropriation active des affaires communes, la conduite des processus de conscience et de maturation, la direction et la conduite de projets communautaires deviennent des conditions majeures.

Elle réclament :
– la constitution de pôles de compétence pour capitaliser et démultiplier ces compétences nouvelles.
– l’engagement d’une mutation culturelle et professionnelle des acteurs de l’action publique, conditionnés par les modèles classiques
le développent d’un nouveau type de gouvernance, la démocratie communautaire, dans tous les domaines de l’action commune.


La démocratie communautaire comporte l’articulation de trois niveaux d’exercice :
– la démocratie élective qui incarne le Sens du bien commun propre à chaque communauté. Pour la ville c’est le maire qui en est l’élu et exerce cette fonction de repère de direction et d’orientation avec l’appui des relais de sa politique générale.
– la démocratie représentative qui ne doit par rassembler seulement les élus du plus grand nombre mais aussi les représentants des groupes et communautés qui participent à l’édification du bien commun. Des conseils communautaires basés sur cette représentativité sont chargés de déterminer règles, cadres, projets, stratégies, etc. selon les niveaux de maturation collective acquis.
– la démocratie participative qui porte sur l’activité et les actions communautaires, selon les cadres et projets développés dans le Sens du bien commun et selon le principe : ce sont les acteurs qui agissent. Les acteurs sont les habitants, les forces vives, les groupes et communautés constituées, les entreprises et organisations, les institutions et tous ceux qui composent la communauté ou y participent.

La compétence collective et l’intelligence collective se développent à partir de cette participation aux enjeux communs et s’y exerce dans tous les domaines de la vie et du développement communautaire. Ce modèle de participation n’a rien à voir avec les simples consultations sommaires habituelles, ni les débats pseudo équilibrés, ni les négociations qui ramènent tout aux rapports de forces ni les naïvetés dont l’échec récurent ne trouble pas la répétition incantatoire. Il tiens compte de la richesse des potentiels humains individuels et collectifs mais aussi de leur nécessaire maturation au travers de situations et d’apprentissages progressifs préparés, soutenus et accompagnés.

Alors, avec la mise en place de nouveaux conseils municipaux, les maires de ce nouveau cru doivent songer non pas à reproduire les modèles qui les enferment mais à se préparer à cette mutation que la société civile attend de façon plus ou moins confuse et qui se manifeste déjà de plus en plus clairement.

A titre d’éclairage un texte de 2009 « le temps des démocraties majeures »

le 27 Mars 2014
par Roger Nifle
chercheur prospectiviste et promoteur d’un Humanisme Méthodologique.
mailto:rnifle@coherences.com

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La participation démocratique

Participation des habitants et démocratie communautaire.

Un contexte en pleine mutation

En résonance avec la mutation de civilisation et les troubles qui l’accompagnent, le « modèle républicain » de notre pays se trouve aux prises avec trois forces qui se combattent et à une émergence qui est la réponse de la « société civile » avec la participation des habitants aux affaires communes.

L’universalisme formel considère que l’égalité formelle est sa traduction impérative. Il a besoin d’un Etat central de type jacobin pour normaliser et encadrer de ses normes et contrôles toute la société civile. Celle-ci peut s’étendre à toutes populations et territoires dans la mesure où ils rentrent dans ses normes de conformité. C’est comme cela qu’est conçu l’assimilation de ceux dont les différences sont ignorées.

Le nationalisme considère que la Nation est la propriété de ses membres et leur confère privilèges et protection. Il est ainsi inquiété par les emprises extérieures et les immigrations étrangères qui ne peuvent être tolérées que si elles respectent ces prérogatives. Sinon, leur marginalisation est impérative dans les ghetto que l’on connait.

Ces deux modèles conflictuels sont historiquement imbriqués dans des formes politiques multiples où le rapport aux étrangers n’est pas si différent et où le colonialisme en d’autres temps faisait quasi unanimité.

Avec l’évolution des esprits, et l’ouverture au monde un autre modèle est envisagé, une sorte de multi-culturalisme à la française où l’égalité devient droit de cité des différences, reconnues comme identités équivalentes dès lors qu’elles peuvent se réclamer d’une origine victimaire. Ce sont « les minorités«  qui constituent des communautés citoyennes en droit de « pouvoir d’agir », c’est-à-dire capacité à revendiquer leurs droits dans un rapport de force avec toutes les autres et en particulier ce qui faisait communauté nationale. Ce modèle ne peut que susciter des réactions défensives des précédents qui sont déjà à l’oeuvre. (Contrôle de l’Etat central, protectionnisme).

En même temps la société civile à la croisée de ses multiples racines culturelles et de son ouverture au monde commence à revendiquer une implication dans la participation active aux affaires communes. Le thème de la démocratie participative y a contribué même si son immaturité en a été sanctionné par l’échec à peu près systématique lorsque ce n’était pas simple simulacre. Cependant l’aspiration à une plus grande autonomisation et à la participation aux affaires communes font émerger un autre modèle de société. Combattu par les trois autres il lui faut trouver ses voies et moyens pour acquérir un maturité indispensable.

La démocratie communautaire est autant nationale qu’internationale ou locale lorsqu’elle est territoriale. C’est cependant aussi un modèle pour des communautés non territoriales, organisations, activités, projets, enjeux communs. Elle repose sur un principe : la recherche du bien commun à toutes les échelles communautaires.

Démocratie communautaire et participation des habitants.

La participation des habitants se doit d’être située dans une communauté de référence dont ils peuvent s’approprier la recherche du bien commun. Ce seront des quartiers, des projets d’intérêt commun, des villes et au-delà, à toutes les échelles. Habiter ensemble est alors aussi un engagement de l’avenir, d’un devenir commun comme aussi tout projet qui ne s’achève pas dans sa réalisation mais dans les visées communes qu’il poursuit.

La participation des habitants aux affaires communes ne peut se faire que par une approche d’appropriation active (ni simple adhésion, ni appropriation passive, ni revendication conflictuelle).

Dans le domaine territorial il s’agira de développer des communautés territoriales majeures et des projets d’intérêt public. Il faut insister sur le fait que cette maturité des communautés impliquées vise aussi leur participation à des communautés plus larges comme la considération de toutes les communautés transversales ou locales.

Le développement communautaire de territoires ou de projets réclame trois conditions impératives qui sont souvent négligées.

– L’instauration ou la restauration d’un identité commune mobilisatrice. Elle doit pour cela avoir des racines rétrospectives, une identification introspective de qualités et de valeurs communes singulières, une projection dans le futur désirable ou identité prospective. C’est comme cela que s’exprime le Sens du bien commun tel qu’il a pu être élucidé au préalable (méthodes d’analyse de cohérence culturelle).
– La création d‘une dynamique humaine d’implication et d‘apprentissages progressifs qui se traduise par une intelligence collective des affaires communes, une créativité et des compétences associées. La démarche présente un caractère d’apprentissage qui ne peut être seulement ponctuel mais vise à franchir différentes étapes de maturité, ce qui caractérise la poursuite d’un bien commun d’autonomisation responsable.
– Le développement d’une gouvernance démocratique appropriée à la communauté. Cette gouvernance démocratique ne peut qu’être le fruit d’une expérience et d’un apprentissage progressifs. Une communauté majeure doit se gouverner y compris dans ses rapports avec d’autres communautés mais sa gouvernance dépend du niveau de maturité communautaire.

La gouvernance communautaire des communautés majeures.

Elle comporte trois dimensions articulées.

Une démocratie élective pour la désignation d’une personnalité incarnant le Sens du bien commun pour en constituer le repère, oeuvrer au consensus et indiquer la direction. Le mode de choix ou de désignation (élection) dépend de chaque communauté, sa culture et de son niveau de maturité.

Une démocratie représentative qui représente les différentes populations, groupes et acteurs de la communauté afin de constituer (concevoir et établir) les références communes en termes de règles, de projets, de cadres institués, de stratégies, en cohérence aussi avec la participation à d’autres communautés plus vastes.

Une démocratie participative qui n’est autre que la participation des habitants, groupes et acteurs aux actions et activités communes, depuis leur définition, leurs réalisation, et leur évaluation. Cette participation active s’appuie sur les références communautaires et sur tous les concours ou services qu’elle peut solliciter (publics ou privés). Sans les références communautaires et sans les concours sollicités la démocratie participative reste un leurre entre naïveté immature et déviances opportunistes.

Dans une communauté en cours de développement les différents niveaux de démocratie doivent faire l’objet d’assistances ou de substituts temporaires selon leur niveau d’évolution (Chefs de projets, comités de participation…).

Les conditions de mise en oeuvre

Elles dépendent du niveau de maturité de la communauté initiatrice (ex : la ville pour le quartier ou les projets publics) et se traduisent par un mode de gouvernance des projets participatifs.

Ignorance des processus de participation communautaire

Les actions sont alors ponctuelles et semi-clandestines. C’est le cas le plus fréquent actuellement, ce qui pose des problèmes de pérennité.

Orientation vers un participation communautaire

Ce sont des projets ponctuels de concertation ou de développement communautaire de quartier qui réclament une volonté politique suffisante pour en assurer la pérennité dans un milieu fondé sur d‘autres logiques.

Mise en oeuvre d’un management par projets communautaires

Comme le management par projet il consiste à confier à un pôle de compétence la conduite des projets et des actions publiques. Il s’appuie sur les services qui sont soit des services supports soit qui assurent le fonctionnement administratif et technique quotidien. Ici le pôle de compétence est constitué principalement de chefs de projets généralistes particulièrement formés au développement communautaire et à la conduite des dynamiques humaines d’appropriation active.

Choix d’un nouveau mode de gouvernance pour la communauté initiatrice (ville etc.)

C’est toute la gouvernance de la cité qui est alors à revoir avec les trois niveaux : de démocratie élective (ex : le maire), de démocratie représentative (les élus et d‘autres représentants de la cité), de démocratie participative pour toute l’activité et l’action communautaire. Un tel mode de gouvernance, adapté à chaque communauté, ne peut résulter que d’un processus de développement communautaire à ce niveau.

Roger Nifle 14 Février 2014

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Assistance ou assistanat

Méditations d’humanisme méthodologique

L’assistance consiste à apporter une aide à une personne ou une communauté de personnes. La moindre des choses est «d’assister» à la situation personnelle, ses conditions de vie mais aussi la capacité à assurer son existence. Dans une même situation l’un a besoin d’assistance l’autre non. Le premier acte de l’assistance c’est la «considération» de la personne en situation.

Ensuite on peut se demander pourquoi un besoin d’assistance. Le besoin suppose un manque, une défaillance par rapport à la poursuite d’une existence proprement humaine.
Cette défaillance de la personne à assister est bien dans le rapport entre ses capacités actuelles et les conditions de son existence, eu égard à cet enjeu d’une vie proprement humaine.

On pourra distinguer d’abord la misère qui est une absence de maîtrise des conditions de son existence. Elle réclame une prise en charge. Mais cette prise en charge doit viser une restauration de cette maîtrise ou du moins de ce qui en est possible. L’enjeu d’une vie proprement humaine n’est pas de survivre mais d’accomplir son humanité selon sa vocation propre. C’est pour cela que cette assistance doit être aussi pour une part éducative, ré-éducative. Cela dépend donc du rapport de la personne à ses conditions d’existence et pas seulement de ces conditions là ou de la personne seule. Il s’agit bien à la fois de la personne, de ses conditions d’existence et de la restauration de ses capacités de maîtrise humaine.

Est à considérer ensuite la pauvreté qui est une faiblesse dans les conditions d’existence et de développement humain. Les communautés humaines assistent leurs membres pour se développer et devenir capables d’assumer leur subsistance selon leurs capacités propres dans la participation à une existence communautaire. Il s’agit là d’un accompagnement qui dépend de la situation des personnes et des conditions d’existence communautaire. L’accompagnement est forcément personnel, interpersonnel, puisqu’il suppose la considération des personnes et de leur situation. Il est forcément communautaire puisque ces conditions relèvent de la condition humaine qui est toujours communautaire. Dans une communauté donnée cette assistance est différenciée, personnalisé et si elle ne l’était pas elle serait dépersonnalisée, dépersonnalisante.

Il arrive évidemment que la communauté, communauté de proximité, famille, par exemple soit en situation de pauvreté et doive être assistée elle-même pour pouvoir assister ses membres. Cette assistance d’accompagnement doit aussi être différenciée, à la fois selon sa culture propre et selon les conditions de son existence qui relèvent d‘une communauté plus vaste. C’est au sein de communautés de communautés que l’assistance communautaire doit être exercée.

Il arrive que des communautés de communautés de grande taille soient elles-mêmes en situation de pauvreté. C’est le cas de régions ou de pays par exemple. L’assistance-accompagnement pour ces pays doit se faire au sein de communautés de pays pour qu’ils en viennent à participer à leur développement commun selon leur culture propre, les conditions et les enjeux communs.

L’assistance aux personnes implique que leurs communautés soient en mesure de leur apporter l’aide nécessaire. Pour cela elle doivent être aussi assistées en tant que de besoin par les communautés auxquelles elles participent et ce à toutes les échelles utiles. La considération des personnes et la considération de leurs communautés vont de pair.

Vient ensuite la question de l’enrichissement humain, simultanément développement personnel et développement communautaire. C’est l’enjeu d’une grande part des activités humaines. Peut-on parler d’assistance à ce niveau? Oui. Il s’agit alors du service de la communauté aux personnes et du service des personnes à la communauté. L’économie communautaire est d’ailleurs une économie de service de production et d’échanges de biens et services dans le Sens du bien commun. L’assistance est ici un service, service de participation au bien commun service d’enrichissement mutuel, personnel et communautaire. Là aussi toutes les échelles communautaires sont à considérer. (cf économie communautaire et développement approprié )

Enfin vient l’assistance à l’autonomie des personnes et des communautés. Le rapprochement des termes est paradoxal puisque l’autonomie vise à assumer par soi-même les conditions et contingences de son existence. L’assistance est alors seulement une présence, la présence d’une autonomie à celles qui se cherchent, une simple considération éclairée et éclairante. C’est la vocation de l’autonomie des hommes et des communautés que d’assister de leur présence-repère la recherche de celle des autres. C’est là que se justifient les rôles d’autorité.

L’assistanat

C’est une caricature de l’assistance qui trahit à peu près tous les principes précédents au profit de justifications par quelque bout, antihumanistes. Qu’il se justifie par une déclaration de solidarité et même un pseudo humanisme ne fait que manifester une hypocrisie, une certaine duplicité.

Michel Serres raconte qu’un jour, arrivant en retard à une réunion d’expert, il fut frappé par cette évidence : les participants n’étaient pas là pour résoudre le problème mais pour s’en nourrir. Il venait de publier un livre intitulé « Le Parasite ».

L’assistanat est un système d’assistance individuelle qui méconnait la singularité des personnes. L’argument d‘égalité en est une justification opportuniste alors que rien n’est égal chez les hommes et leurs situations sinon l’égale dignité de leur humanité. L’argument d’égalité vient gommer l’humanité des hommes les réduisant à quelque aspect de leur existence : matérielle, sentimentale, idéelle. L’assistance ignore alors l’humanité des personnes et, par suite, celle de leurs communautés d’existence. Du coup l’assistanat, par sa méthode et sa fonction réductrice, appauvrit l’humanité des personnes, les tiens dans une logique de régression, les considère et les maintient comme mineurs, se tient dans une posture tutélaire.

L’assistanat se nourrit d’immaturité et l’entretien. On s’étonne alors que plus on y investit plus les besoins augmentent alors que le critère d’une assistance authentique serait l’inverse. Le déficit des moyens est donc intrinsèque à l’assistanat et non pas accidentel. Il y a duperie sur les valeurs et, bien sûr, refus ou détournement de toute évaluation.

Le modèle français de l’Etat providence est devenu un modèle d’assistanat.
– Assistanat de l’Etat à des individus anonymes
– Substitution de l’Etat jacobin à la communauté nationale avec le déni des communautés ramenées à leur seule dimension d’archaïsme.
– Réduction individualiste de la personne, atomisée pour sa dimension matérialiste, simple entité juridique ou organique pour sa version rationaliste, objet biologique pour sa dimension naturaliste.
– Hégémonie du «service public», anonyme, sur les affaires communes et substitution de la suprématie de l’intérêt général sur le Sens bien commun.
– Déni des cultures et des différences au profit de la seule diversités des apparences
– Captation d’une part de plus en plus grande de la richesse nationale (la plus importante du monde)
– Organisation de systèmes et de structures de défenses des intérêts de l’Etat au détriment des intérêts de la nation. Le service de l’Etat se substituant au service de la communauté nationale.
– Critique des initiatives communautaires d’assitance, dénoncées comme communautaristes.
– Coalition d’intérêts particuliers établis comme intérêt général.
– Sacralisation de cet intérêt général particulier et criminalisation implicite des intérêts particuliers.

Et maintenant.

La mutation de civilisation du monde actuel se traduit par une reconnaissance des communautés culturelles, ici et ailleurs. Cette reconnaissance va avec la reconnaissance des liens interpersonnels et intercommunautaires dans un monde de nature humaine. Un nouvel humanisme, plus méthodologique qu’idéologique est en train de naître. Le modèle français est mis en péril de toutes parts et se conduit comme une forteresse assiégée. La dénonciation des intérêts particuliers alors qu’ils sont induits en partie par la philosophie impersonnelle de l’Etat jacobin est la conséquence d’une absence de considération de l’humanité de l’homme. Elle est remplacée par des normes, des procédures, des formalismes juridiques ou même statistiques, comme si l’assistance relevait du droit et non de la fraternité humaine. L’assistanat est une forme parasitaire de l’assistance.

Si vous entendez parler d’assistanat dans un concert de hurlements vous saurez à quoi vous en tenir.

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Que se passe-t-il? Pourquoi tant de haine?

Claude Guéant dit « Toutes les civilisations ne se valent pas »
François Bayrou dit « 2012 un choix de civilisation »

Comment pourrait-on choisir une civilisation si elles se valent toutes?

Tout cela reste dans la confusion morale et mentale si on ne cherche pas à approfondir une question qui est si cruciale au moment où la fin de l’hégémonie occidentale nous confronte à la multiplicité des cultures dans le monde et dans chacun de nos pays? Elle se trouve évidemment au coeur de la question européenne et partout dans le monde.

Pour les uns la différence est liée à la suprématie de la civilisation occidentale et ses origines identifiée à « La Civilisation » et le réflexe de défense est de type nationaliste. Pour les autres la différence tiens à l’universalisme intellectuel, moral et opérationnel de notre civilisation et singulièrement de la France et son Modèle Républicain qui rabaisse tout ce qui n’y sacrifie pas ou le conteste.

Paradoxalement pour ces derniers la question de la diversité des civilisations est insupportable puisqu’il n’y en a qu’une de véritable, la notre.

Mais alors comment expliquer cette dénonciation violente des propos de Claude Guéant par la gauche. C’est parce qu’elle est prise dans un noeud de contradictions radical et qu’il ne faut pas en soulever le couvercle. François Hollande nous dit « La France n’est pas le problème mais la solution ». C’est bien du modèle français identifié au Modèle Républicain qu’il s’agit. En réalité il ne s’agit que d’une certaine conception de la république française dont les valeurs ne sont pas liberté, égalité, fraternité mais leur interprétation opportuniste selon les trois principes: individualisme, rationalisme, matérialisme qui en sont les véritables fondements.

La liberté c’est ici l’individualisme du libéralisme moral, de la revendication d’un libre arbitraire, d’un relativisme pour qui tout se vaut et où la diversité d’apparence va avec une indifférenciation de fond. La revendication des mêmes droits pour tous quelques soient les différences, réduites aux apparences va avec la libre affirmation des égos et des comportements dans la mesure où il n’y a pas d’altérité véritable. Le jeu des apparences et donc des masques et des semblants est là essentiel.

L’égalité c’est ici l’identification à une même norme et cette norme c’est celle, universelle, de la raison du rationalisme. Que l’on parle de normes idéales ou de normes naturelles ou structurelles c’est le magistère moral, organique et systémique d’un Etat jacobin qui est censé établir de façon juridique et scientifique les termes de l’équation égalitaire. Il y faut, bien sûr, des raisons supérieures aux autres, les raisons d’Etat sans doute. L’altérité est ici forcément une source d’altération de l’égalité.

La fraternité c’est ici la solidarité matérialiste. Le matérialisme ne connait que des liaisons et des forces d’origine matérielles. On peut donc solidariser deux morceaux de bois avec de la colle mais aussi par toute autre force de liaison endogène ou exogène. Il est vrai que les attractions répulsions des affects ressemblent à ces phénomènes de liaisons, d’inclusion et d’exclusion, de clivage ou de solidarisation. Question d’atomes crochus sans doute. Il y a toute une dialectique « sociale », binaire et manichéenne qui s’y source. L’altérité est une menace contre la cohésion et la solidarité.

Ces trois logiques différentes trouvent à se conjuguer dans un processus de déni de l’altérité, d’anti-humanisme radical au nom des droits de l’homme dument réinterprétés. On voit bien les risques du dévoilement, risque d’explosion d’une convergence apparente, risque totalitaire de tentative de colmatage des fractures, risque de violence dénégatrice de l’altérité. Libéralisme moral, étatisme, lutte des classes trois « tendances » à marier? Tel est le challenge de grands équilibristes en campagne. Le ciment pourrait être le déni d’altérité et les dénonciations associées. Mais il y a aussi cette synthèse, ce syncrétisme de l’accusation de l’homme, de l’antihumanisme radical et son déni d’humanité, cette réduction de l’homme à l’ordre des choses, à la Nature des choses. Il y a toujours une sorte de shyzophrénie qui le permet où l’humanité de l’homme postule sa propre négation.

Mais l’individualisme est-il de droite ou de gauche? L’étatisme est-il de droite ou de gauche? Le matérialisme est-il de droite ou de gauche? l’écologisme est-il de droite ou de gauche?

Et le choix de civilisation, question centrale? il suppose qu’il y ait pluralité. S’il n’y avait que dualité on se retrouverai dans un manichéisme classique. S’il n’y avait qu’étalonnage à une référence universelle supérieure on se trouverait dans une suprématie à vocation hégémonique. S’il n’y avait que multiplicité arbitraire alors tout se vaut et le choix n’est que l’exercice d’un libre arbitraire de plus, question de goût ou de dégout.

Alors quels critères de choix? Observons qu’il s’agit de civilisations humaines et que s’il y a des critères ils doivent être en rapport avec des valeurs humaines.

Alors pourquoi ne pas réinterpréter les valeurs de la république française comme des valeurs humaines, liées à l’humanité de l’homme, des valeurs humanistes donc.

La liberté, de nature proprement humaine, l’autonomie, ce n’est pas l’indépendance mais la maîtrise responsables de ses dépendances. La liberté responsable est ce vers quoi tend toute civilisation humaine. Plus de liberté cela veut dire plus de conscience, plus de maturité, plus de responsabilité dans les communautés de vie partagée. Elle se conçoit sur la base d’une transcendance de la personne qui se révèle progressivement et reconnait la contingence de son existence entièrement prise dans ses communauté d’existence et sur laquelle s’exerce sa responsabilité grâce à cette liberté là.

L’égalité c’est l’égale dignité de l’humanité que porte en lui chaque homme, quelles que soient ses conditions d’existence. L’égalité c’est la reconnaissance de l’altérité de chaque être, unique et partageant la même humanité. L’humanité porte en elle le pire et le meilleur, l’égalité aussi. Il faut donc que cette humanité soit engagée dans cette liberté responsable à cultiver pour que sa dignité s’exprime et soit reconnue en même temps que celle des autres membres de la communauté. Le fait que cette liberté responsable trouve à s’exprimer dans la communauté donne à celle-ci sa vocation de révéler et cultiver l’humanité des hommes qui la compose.

La fraternité c’est le partage d’humanité dans le Sens du bien commun au sein d’une communauté de devenir en commun. C’est aussi le partage d’humanité entre des communautés différentes selon le Sens du bien commun d’une communauté de communautés. Ainsi la fraternité est-elle constitutive du lien social dès lors qu’il est engagé dans le Sens du bien commun. Sans communauté pas de fraternité. Sans fraternité pas de communauté en voie de développement et d’accomplissement humain.

Alors la civilisation c’est le mouvement de développement et d’accomplissement d’une communauté selon la culture de son Sens du bien commun et la part d’humanité qui lui est propre.

A ce titre, là où il y a civilisation il y a aussi le pire, potentiellement au sein de chaque communauté. Chaque communauté est unique et à ce titre d’égale dignité humaine mais totalement différente dans sa culture. Chaque communauté est engagée dans une histoire où son niveau de civilisation est évolutif et peut même régresser.

Il y a là des éléments de réponse à la question « est-ce que les civilisations se valent? » et à la question « quel choix de civilisation ». Ces deux questions ont changé totalement de visage.

A la seconde la réponse est : la civilisation de l’humanité au sein de chaque communauté culturelle, selon sa vocation et à sa façon donc. La communauté mondiale est dans une mutation de civilisation, l’avènement de l’ère de l’humanité corrélative à l’ère de l’Esprit ou du Sens. Hominescence pour Michel Serres, âge de l’Esprit pour de grands visionnaires, âge du Sens et des communautés de Sens pour l’Humanisme Méthodologique, révolution humaniste pour Marie Anne Kraft.

A la première, la réponse naïve n’est plus possible. Il a fallu redéfinir ce qu’on entendait par là. Les civilisations sont toutes différentes et d’égale dignité mais les cultures ne sont pas toujours engagées dans leur meilleur Sens, dans leur processus de civilisation ou n’en sont pas au même niveau d’accomplissement de leur vocation et de leurs valeurs.

Alors il reste à relire les discours et les propositions politiques pour regarder de quoi ils parlent et qu’est ce qu’ils engagent, pour le pire ou le meilleur de la communauté française.

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Identité nationale : le concept

Il y a l’identité d’une communauté et la nation comme cas particulier, différente des régions ou des communautés internationales comme l’Europe. On se place à priori dans le cadre des communautés territoriales mais il y a d’autres cas tels que le territoire n’est pas le déterminant et même fait problème. Citons les Kurdes par exemple.

Les communautés humaines sont des communautés de personnes et pas des collections d’objets ou d’entités juridiques ou administratives. L’Etat n’est pas la Nation, une collection d’individus réunis par des liaisons formelles ou matérielles n’est pas une communauté humaine (La solidarité des choses n’est pas la fraternité des hommes, et qui d’autre?). Les communautés humaines posent la question du rapport entre des personnes humaines et leurs communautés. Unité de la personne et diversité de ses implications communautaires, unité de la communauté et multiplicité de ses membres. Une nouvelle théorie des communautés humaines pose qu’elles sont des phénomènes de nature humaine. Selon la conception de l’homme on conçoit la communauté et selon la conception de la communauté c’est de la vision de l’homme qu’il s’agit implicitement. C’est bien l’enjeu fondamental de la crise identitaire française et du débat sur l’identité nationale (être français).

La problématique identitaire d’une communauté, nationale par exemple, pose le problème fondamental de l’unité et de la multiplicité. On verra que son oubli transforme le débat en bavardage ou en détournement du sujet.

Passons en revue une série de problèmes à résoudre.

L’unité et la multiplicité des positions culturelles d’une même communauté. Comme les personnes, elles ont des tendances contradictoires et pourtant en quête d’une meilleure position, qu’on appellera le Sens du bien commun. A contrario on identifiera une communauté à l’une de ses positions telle qu’elle est à un moment donné ou telle qu’on veut la voir, monolithique.

La singularité et la variété des expressions. Une autre multiplicité est celle des conditions historiques ou bien circonstancielles qui se traduisent par des comportements, des discours, des choix d’identification différents. Savoir conjuguer la singularité, l’originalité avec le changement des circonstances et donc une pluralité identitaire, est un acte de maturité. Réduire l’identité à une forme figée est une aliénation. Un exemple l’universalité  figée sans l’originalité avec d’ailleurs un trafic sur les origines (table rase) et indépendante des circonstances.

La cohérence et la variété des référents identitaires. Si l’unité est renforcée par le choix d’un Sens, celui du bien commun, alors comment cela se traduit-il pour identifier la communauté ou s’y identifier? Il y a trois dimensions complémentaires et indispensables. La dimension rétrospective de partage de références du passé et leurs mises en valeurs avec une interprétation des origines. D’où venons nous? La dimension introspective avec les qualités de caractère que l’on se reconnait ou qu’on nous reconnait. Qui sommes nous? la dimension prospective avec les projections dans l’avenir et selon les différents horizons internes et externes. Qui voulons nous devenir? L’articulation des trois est indispensable. L’oubli d’une seul et c’est l’identité qui devient un problème. Racines sans avenir, utopies narcissiques sans racines, auto-centration close, absence d’humanité collective. Bien des moyens de figer ou de stériliser une communauté par une identité défaillante. A lire identité prospective

Permanence et variabilité. l’identité est un moyen d’assurer la conscience d’un soi durable ou celle des autres. La permanence  réclame des fondements atemporels une transcendance que la théorie du Sens de l’Humanisme méthodologique va éclairer. Permanence communautaire (des siècles ou des millénaires parfois), diversité des positions selon les époques mais variation des conditions et circonstances qui donnent à l’identité des visages changeants. Figer ceux-ci c’est tuer la vie ou l’humanité singulière de la communauté. Enfermer l’identité dans une définition définitive y contribue.

Rassemblement et diversité. Une communauté rassemble des personnes humaines. Ce ne sont pas des clones mais des personnes appelées à plus d’autonomie  selon leurs trajectoires propres. La communauté engagée dans le Sens du bien commun les rassemble dans un mouvement de développement, de civilisation, qui n’est autres que l’exercice et la recherche de cette autonomie, « d’empowerment ». On peut d’ailleurs faire un parallèle entre l’évolution des personnes et de la communauté et leur empowerment réciproque. A quoi sert l’éducation  nationale par exemple lorsqu’elle a une vocation éducative (et pas normative ou conformative). L’identité de la communauté renvoie à l’identité de ses membres tous caractérisés par leur originalité, leur singularité, fusse-t-elle d’origines, de cultures, de religions, de genres, de caractéristiques physiques, comportementales, mentales ou affectives. C’est d’une diversité « d’altérités » que se construit une communauté majeure, progressivement, et pas une collection de « mêmes », uniformes. La ressemblance que procure l’implication dans une même communauté de devenir n’exclue pas, bien au contraire, la singularité, unique, de chacun. Mais pour cela il faut avoir une conception de l’homme qui manque cruellement aux matérialistes et aux rationalistes.

Enfin l’identité communautaire va avec la multiplicité des communautés. L’identité de l’une suppose l’existence des autres, non pas comme des « individualités » isolées, des électrons libres mais comme des altérités communautaires, formant à leur tour d’autres communautés. Qui ne voit, à part les aveugles volontaires, qu’une communauté nationale est faite de communautés multiples. Cela ne porte pas atteinte à son unité mais la constitue. De même, cette communauté nationale ne peut pas, sauf défaillance régressive, ne pas se reconnaitre dans une ou des communautés plus larges. A quoi sert l’Europe, la communauté européenne? Seulement, une communauté nationale abrite aussi des communautés qui traversent ses frontières, identitaires mêmes. Par exemple la communauté des chercheurs se retrouve bien à sa manière en France et ailleurs aussi. Internet fait exploser ce potentiel de constitution de communautés dont certaines durables, ce qui n’empêche pas les autres communautés de perdurer. On voit bien que le réductionnisme étatique, nationaliste, sur les plans juridiques, économiques, culturels ou autres sont remis en question. De même une communauté nationale est impliquée dans de multiples communautés multi ou transnationales dont on voit la nécessité, la complexité et la richesse à l’heure de la mondialisation.

Comment la Chine et les pays émergents font-ils pour se développer aussi vite sinon en s’inscrivant dans ces communautés transnationales. Pendant ce temps d’autres construisent des murs et veulent figer dans le marbre, ou le fronton des édifices publics, l’identité de leur pays.

Mais alors cet enchevêtrement de communautés de personnes et aussi, souvent, de communautés de communautés, amène à considérer que les personnes constituent ou participent à plusieurs communautés, de façon stable ou volatile, pour une raison ou une autre, une part de vie et une autre. l’identification fixée définitivement d’une personne et d’une communauté est une conception archaïque. L’évolution des personnes et des communautés vers plus d’autonomie amène à considérer que la participation à une communauté est affaire de vocation de celle-ci et d’accomplissement des celles-là.

Avec la mutation de civilisation qui ébranle les certitudes et les fixations pathologiques, les personnes s’engagent ou se trouvent engagées dans plusieurs communautés. Elle y réalisent leur existence et leurs enjeux en rapport avec le Sens du bien commun propre à chacune.

Alors le concept d’identité nationale? La complexité, maintenant abordée pour se débarasser des simplismes et des détournements du sujet communautaire, permet de reprendre la question sous trois angles.

Les communautés humaines comme les nations sont faites d’humanité et rien d’autre et leurs enjeux identitaires sont des enjeux individuels et collectifs qui débordent la seule communauté nationale.

Les nations sont des communautés particulières où se jouent sans doute des questions de vie ou de mort et ce qui se passe entre les deux, chacune à sa manière.

L’identité nationale est une question qui renvoie le pays à sa singularité, sa vocation, ses origines, son histoire, son ambition, ses qualités et ses valeurs (communautaires), son rôle dans un monde en mutation. C’est l’occasion d’un recentrage, d’un repositionement et pourquoi pas d’un redéploiement d’une renaissance pour de nouvelles ambitions à partager.

Qu’on est loin des critiques qui ont pour effet sinon pour but d’évacuer tout cela. Mais qui ne veut pas grandir dans ce pays? Ceux qui sont trop grands déjà et qui se croient détenteurs de l’universel?

Toute cette complexité va devoir s’approfondir pour certains avec une série d’articles destinés à poser plus rigoureusement les problématiques et apporter les réponses de l’humanisme méthodologique que l’on confrontera à d’autres le cas échéant. Elle va devoir se traduire dans la singularité d’un cas, l’identité française. Pour cela un prochain article s’appuiera sur une « étude de cohérence culturelle » réalisée dès 1981 et publiée il y a peu.

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