Category: Démocratie

la problématique de la démocratie et les apports conceptuels de l'Humanisme méthodologique

Le libéralisme communautaire

Les stades de maturité politique des communautés humaines.

L’émergence du libéralisme communautaire

Roger Nifle 5 Janvier 2016

Nous sommes dans une période de mutation, mutation de civilisation donc de niveau de maturité des sociétés humaines. Toute mutation connait une période de crises, crise de passage avec ses régressions et ses apprentissages de nouveaux mondes, de nouvelles conditions de l’existence humaine. Le passage dans lequel nous sommes engagés laisse apparaitre partout des crises dont on craint l’issue ou dont on espère de nouvelles émergences de civilisation. Des printemps s’annoncent et aussi des violences que l’on croyait derrière nous. Des conditions qui ressemblent à l’arrivée de l’imprimerie ont  déjà bouleversé les relations entre les hommes, même dans les pays les plus démunis, en moins de 20 ans. Seulement les modèles de pensée et de fonctionnement habituels semblent incapables de comprendre ce qui se passe et particulièrement dans notre pays où la Raison semblait souveraine. Alors là où nous plaçons le centre de notre identité collective et de notre devenir commun, le Politique, semble au bord de l’implosion. A ce jour la communauté nationale et ses intellectuels médiatiques et politiques semblent en passe de divorcer. Les attentes de la communauté nationale et les offres du monde politico médiatique semblent incompatibles. Mais n’est ce pas cette communauté là qui est éprouvée par cette mutation, le politique n’en étant qu’un symptôme? Telle se conçoit la communauté et son devenir, tel se conçoivent le politique et ses enjeux. Les modèles de l’un et de l’autre sont obsolètes, le nouveau n’est pas encore mûr.

C’est à ce travail de maturation que nous voulons contribuer, tant pour en comprendre les différents stades que pour en dessiner des perspectives et des projets. Avec L’Humanisme Méthodologique ont été approfondis les phénomènes humains communautaires et les stades de maturation de l’humanité. C’est le phénomène communautaire le plus commun semble-il qui est le lieu d’une mutation radicale et donc de tous les malentendus et de toutes les émergences décisives. La civilisation qui s’annonce est celle des communautés humaines, d’une humanité dont la condition est d’abord communautaire, une « hominescence » dirait Michel Serres qui correspond à un stade de  « maturescence » de l’humanité. Mais franchir un seuil de progrès ne met pas à l’abri des régressions et surtout des troubles que les crises manifestent. Comment nos sociétés et particulièrement la nôtre peuvent se saisir de cet enjeu avant tout politique ? L’Humanisme Méthodologique propose pour cela un paradigme nouveau, le paradigme communautaire qui articule à la fois la compréhension des phénomènes en jeu, la visée de toute maturation communautaire, les processus d’évolution qui permettent de telles transformations.

Ici ce sont les stades de maturité politique qui vont permettre d’éclairer les problèmes et l’orientation souhaitable. La connaissance des quatre stades de maturité politique des communautés humaines va éclairer la situation et dessiner une perspective qu’il faudra ensuite développer par ailleurs.

1 – Le communautarisme tribal

C’est le stade le plus archaïque du politique et des communautés humaines. Y règnent les sentiments et les passions, les promesses fusionnelles et les combats inexpugnables contre les autres, ceux d’autres tribus, d’autres communautés. Le politique c’est le domaine du pouvoir, pouvoir d’emprise qui sait manier séductions, promesses et menaces. Sans ennemis, difficile d’entrer en fusion et la fusion c’est le lien que le pouvoir soutien par l’entretien des passions. Les sciences politiques se sont vautrées dans ces mystères dont le spectacle médiatique réjoui l’arène. Le domaine des tribus communautaristes est vaste. Là ou les enjeux de pouvoir et de possession matérielle ou morale sont actifs, là ou des religions s’abiment dans l’intégrisme, là où les empires se bâtissent et se détruisent, là où les jeux du cirque d’antan passent pour le divertissement culturel indispensable.

Notre pays caractérisé par une culture de l’ordre où la Raison s’est voulue reine, est assailli par le ressentiment contre l’ordre établi, celui des autres, jugé injuste. On s’y abîme dans la doxa révolutionnaire, lieu de toutes les vertus qui, au lieu de construire, dénonce l’adversaire. D’un côté la plainte victimaire multiplie les communautés fortes de leurs défaites et donc de leurs tyrans et exploiteurs en tous genre sans lesquels elles n’existeraient pas semblet-il. D’un autre côté la passion paranoïaque rêve d’anéantir les pouvoirs qui lui échappent, si bien que les extrêmes se retrouvent régulièrement sur le champ de bataille où les fantassins passent d’une armée à l’autre. Toute ressemblance avec l’actualité n’est pas fortuite. Le communautarisme tribal prend donc ainsi des formes nationalistes ou anti-nationalistes, internationalistes ou anti-mondialistes. L’européisme, conception dégradée de l’Europe y ajoute sa place de punching-ball. La France a un rapport abusif avec la Révolution comme un trauma dont ne vient que pathos en attendant la résilience. Epreuve de liberté elle touche à l’humanité de l’homme   tant par sa transcendance au sein des communautés de co-existence et de co-dépendance, que de sa peur de la liberté de l’autre et donc de la sienne propre. Elle devrait aussi se souvenir de la façon dont l’idéalisation de la Raison a permis au 20 ème siècle les hécatombes les plus terribles. Elle devrait se souvenir que les héritiers de ces horreurs sont équipés intellectuellement et techniquement pour commettre le pire et il ne suffira pas de brandir des valeurs idéales pour avoir raison. L’universalisme rationaliste constitue une ligne « Maginot » imaginaire parfaitement vaine surtout quand elle veut s’imposer et prendre le pouvoir sur le monde. Conquérir le pouvoir est le degré le plus bas de la maturité politique des communautés humaines. Nous en avons eu notre saoul ces derniers temps.

2 – Le socialisme égalitaire.

C’est là le stade primaire des communautés humaines et du politique. Primaire n’est pas ici péjoratif sauf s’il y a régression ou infantilisation de la société civile comme dans un maintien sous tutelle. Le politique c’est le domaine de la gestion, de l’administration, de l’organisation collectives. Subsistance, sécurité, confort sont les préoccupations principales des collectivités et de la société. Le politique gère et administre, établissant les modalités qui sont sensées subvenir aux besoins de la collectivité et donc de ceux qui y sont inscrits. L’économie y a une grande place et évidemment le chômage est un dysfonctionnement dont il faut trouver des compensations de même que toutes les défaillances dans le fonctionnements collectif et les redistribuions. Il s’agit bien de fonctionner. Salariés comme fonctionnaires occupent le statut optimal qu’il serait bon de généraliser. Cependant il y a de nombreuses collectivités constituant autant de milieux où ces questions de subsistance, de sécurité et de confort sont aux prises avec les tendances régressives des pouvoirs d’emprises. L’idéal serait de constituer une seule collectivité mondiale qui uniformise les modes de fonctionnement. C’est l’horizon normatif des idéologues politiques mais aussi la règle pragmatique de l’administration des intérêts généraux.

En France où l’ordre est si prisé, l’organisation du fonctionnement égalitaire de la société est une habitude seulement contestée par les jeux de pouvoirs et de contre pouvoirs. Une société bien organisée pour « vivre ensemble «  tel est le régime politique souhaité dans une société immature et dépendante. La République est comprise comme cela, la gestion et l’organisation des affaires collectives. Elle se veut aussi universelle que les principes d’organisation impersonnels qui la régissent. C’est pour cela que les arrangements collectifs ont vocation à être coordonnés entre Etats, c’est-à-dire administrations, comme l’Europe en est un exemple. De ce fait on n’aime pas les communautés dotées d’une personnalité, d’une identité, d’une ambition, d’une originalité, d’une créativité, d’une dynamique différenciée, d’une culture singulière ou pire d’une spiritualité propre. Elles sont assimilées au communautarisme. A l’inverse il faut bien une doctrine pour s’y opposer et cette doctrine c’est le socialisme égalitaire c’est-à-dire indifférencié. Ici l’égalité est un terme de l’équation arithmétique nécessaire à l’équilibre des fonctionnements où les réactions sont prévisibles et le jeu social bien contrôlé sous le régime comptable qui convient. Subsistance, sécurité, confort sont à la charge des  organisations politiques et de la myriade d’associations, de services administratifs et de structures intermédiaires qui sont là pour organiser la société, son fonctionnement et ses règles d’organisation mais aussi ses règles morales, d’une morale fonctionnelle administrative. Pour cela le recours à l’Etat est indispensable, un Etat chargé du service public, de l’action publique, c’est-à-dire de cette administration socialiste égalitaire du collectif. Mais l’Etat lui-même est une organisation administrative à laquelle est voué le politique. Nous sommes là dans une démocratie administrative et comptable où l’idéal statistique et même le tirage au sort sont parmi les procédures espérées par une société irresponsable puisque impersonnelle.

3 – L’élitisme Etatiste.

Il s’agit maintenant d’un âge de maturité plus avancé, l’âge secondaire celui d’une maitrise intellectuelle des affaires humaines et du monde qui nous entoure grâce aux vertus lumineuses de la Raison. Les représentations du monde, des sociétés, de la cité et ses structures, des idéaux vecteurs de progrès s’accumulent en sciences, philosophies, Culture et même Civilisation. Il va de soi que le politique se fonde sur une rationalisation idéale de la cité. Chacun y a sa place selon le titre auquel il peut prétendre dans l’édifice social. De là une forme d’individualisme différencié selon ses mérites, ses études, ses titres, ses diplômes, sa carrière. Chacun a droit de cité dans le développement général auquel il est invité à participer selon les règles établies. L’exaltation de l’individu, de la cité, du progrès individuel et collectif prépare un élitisme où l’échelle de valeur humaniste est en fait l’échelle de maitrise intellectuelle des préoccupations selon les lois de la Raison. La Raison fait loi et le politique est évidemment corrélé à la Raison supérieure tant pour connaître, comprendre ou concevoir les perspectives et les modalités du développement ou progrès collectif.

Ce privilège de la Raison est le viatique que procurent les grandes écoles ou les aristocraties qui en jouissent directement ou indirectement. L’Etat tel que Hegel l’a bien exposé est à la fois détenteur de la Raison supérieure par les élites qui le constituent et donc de la maîtrise de son exercice dans la gestion et d’administration de la société civile. Juge et partie, justifié par son excellence rationnelle il est détenteur de l’Intérêt Général, sa définition et sa réalisation. On voit là qu’il a besoin d‘une société civile à encadrer et d’un politique qui lui octroie ses droits constitutionnellement et  légalement. C’est bien là le rôle qui est assigné au politique.  Quant aux politiques, localement, comme dans toutes les administrations coloniales ils constituent ces chefferies indigènes que l’on aime penser corrompues. Le dilemme entre la représentation locale et la représentation nationale y trouve ses racines. Bien sûr une oligarchie des « maîtres de la Raison » régit les affaires selon ses catégories, ses excellences intellectuelles et maintenant systémiques. Affaires de la société primaire, affaires de l’édifice de sélection des élites, affaires d’accumulation et transmission des savoirs, affaires d’intérêt universel, forcément, comme l’est la Raison.

La France, maîtresse de la Raison et des Lumières, c’est le tableau qui convient aux élites, et oligarchies dont le sommet a été atteint avec cette école nationale d’administration des affaires du monde, ou du moins c’est sa vocation. La démocratie représentative qui légitime cette oligarchie Etatique est l’élection des représentations intellectuelles comme supérieures, à toute réalité humaine particulière. Il n’y a que les chefferies locales qui pourraient avoir d’autres critères d’élection mais elles sont tenues en respect par les faiseurs de lois et de territoires. Nous sommes d’ailleurs les plus productifs en matière de lois et règles qui ordonnent le bon fonctionnement de la société et l’édification de la cité (menacée ont le sait par tous les avides de pouvoir qui remettent en cause l’hégémonie de l’Etat).

Le problème c’est que la mondialisation peine à croire dans l’omniscience de l’Etat français et sa légitimité universelle, malgré son adoption des thèmes planétaires du développement durable et des lois financières de l’économie systémique. Les crises rebattent les cartes et les régressions archaïques comme les solutions primaires sont à l’ordre du jour d’un Etat orgueilleux devenu bien malade.

4 – Le libéralisme communautaire

La liberté est le propre de l’homme et l’axe de son devenir. Aucune chose déterminée par les lois de la nature des choses, actions ou réactions, ou par le hasard n’est véritablement libre. La condition humaine ne se réalise pourtant que dans ce champ des dépendances, simples ou complexes. Mais c’est parce qu’il peut, non pas s’en affranchir mais en révéler la source humaine que sa liberté se découvre comme une conscience d’être co-auteur de son existence, co-réalisateur de son monde, co-constructeur de son avenir. Il y a corrélation entre l’émergence, l’éducation d’une conscience  existentielle qui aboutit à cette révélation de son être de Sens et l’exercice possible d’une liberté de Sens et ainsi de Sens partagés en conSensus, qui sont co-création et co-responsabilité des affaires communes.

A un nouveau stade de civilisation, faut-il s’attendre à des idées simplistes ou à des idées banalisées depuis des siècles ? Ce serait en revenir aux âges de maturation précédents ceux que les crises proposent à nouveau. Et pourtant ce sont les affaires des personnes humaines et des communautés humaines qui sont toujours en jeu mais ce sont les phénomènes humains eux-mêmes qui se comprennent s’engagent et se réalisent autrement.

Le libéralisme communautaire vise le développement d‘une liberté responsable liberté des personnes dans le champ des communautés de co-existence. On aurait pu l’appeler communisme libéral mais les connotations du premier terme sont trop chargées pour un usage dépassionné. Espérons que le libéralisme, si combattu politiquement dans la patrie des libertés, ne contaminera pas trop l’idée de responsabilité communautaire indissociable. Un des termes significatif qui s’est répandu est celui d’empowerment, empowerment des personnes et des communautés humaines. La traduction officielle (commission de néologie) est autonomisation. L’autonomisation est un but et une trajectoire qui n’est pas indépendance mais plutôt une maîtrise des dépendances, exercice d’une liberté responsable. La traduction par « pouvoir d’agir » préférée par certain idéologues français est évidemment régressive.

A ce stade de maturation, les affaires humaines sont engagées dans une trajectoire de plus grande autonomisation de la communauté et des personnes. Le Sens du bien commun propre à la communauté, est l’axe de son développement. C’est là l’enjeu du politique, donner l’orientation et les perspectives du développement communautaire. Dans une communauté majeure la démocratie prend sa vrai dimension celle de la participation des personnes, non seulement aux décisions mais aussi aux réalisations communautaires. Cependant un telle communauté est évidemment concernée par tous les âges de maturation humaine. Ainsi sentiments et passions ne sont plus seulement à assouvir mais à investir dans l’action et la gestion des besoins. Ceux-ci ne sont pas une fin en soi mais l’occasion d’un développement intellectuel, lui-même investi dans la vocation propre de la communauté. L’implication des personnes dans la communauté et son devenir est l’exercice même des responsabilités. La démocratie devient un engagement actif et différencié selon les personnes et leurs capacités. Cependant, il faut distinguer trois stades de la démocratie communautaire mais aussi d’implication dans le devenir commun.

Le démocratie élective qui choisi en général une personne repère chargée ensuite de dire le Sens du bien commun et de l’incarner. C’est aussi un champ de responsabilités majeures dans la communauté tenues par ceux qui en ont la possibilité.

La démocratie représentative qui est constituée de représentants chargés de décliner l’orientation de la communauté en projets, règles, institutions, stratégies. C’est un champ de participation à une intelligence collective et une compétence dans la conception de solutions et de leur mise en oeuvre.

La démocratie participative est focalisée sur des actions et des activités dont la préparation est encadrée par les représentations précédentes. Les membres d’une communauté sont ici acteurs des affaires communes et non pas seulement agents sous tutelle.

Le libéralisme communautaire vise à l’accomplissement simultané des personnes et des communautés humaines et ce au travers de l’existence commune et ses différents stades de maturité. Les enjeux sont économiques avec l’économie communautaire, éducatifs avec l’éducation communautaire, et plus généralement le développement communautaire. On concevra aisément que la liberté responsable de la communauté ne l’empêche pas d’avoir recours à des institutions comme la justice, la police ou l’administration mais ce sont là des services à la communauté et donc sous sa responsabilité et son contrôle. Le service de la communauté ne lui dicte pas sa loi, ne la met pas en dépendance, ne décrète pas son intérêt général et au contraire est évalué selon sa contribution au Sens du bien commun dont le politique est responsable. On voit là les renversements par rapport à certaines déviances nationales.

Les grands axes du libéralisme communautaire comme mutation du politique.

De quelles communautés s’agit-il ? Des communautés territoriales d’abord, comme traditionnellement le sont les communautés politiques. On y retrouve des ensembles communautaires comme les nations ou l’Europe, mais aussi des régions ou inter-régions, communes ou inter-communalités. Les ensembles communautaires ne nécessitent pas forcément une territorialisation. Contrairement aux schémas anciens, des nations majeures peuvent ne pas avoir de territoire ou du moins ne pas être définies par un territoire et des frontières. Ainsi telle ville voit les membres de sa communauté vivant partout dans le monde et cette communauté a une certaine autonomie tout en participant à d’autres communautés régionales, nationales, internationales. Le critère d’indépendance n’est plus un gage de souveraineté c’est-à-dire d’autonomie responsable. Des communes peuvent avoir un territoire sans être des communautés majeures. Dès lors elles sont parties prenantes de communautés plus larges politiquement majeures. Bien d‘autres communautés anciennes ou récentes peuvent constituer des ensembles communautaires et même devenir politiquement majeures. C’est un caractère essentiel de la mutation de civilisation en cours. En effet l’explosion des possibilités de communication et de relation fait naitre des communautés de tous ordres et transforme les communautés traditionnelles. Ainsi le paysage communautaire est en voie de transformation majeure à toutes les échelles.

Parallèlement on voit émerger la question des multi-culturalismes, des mobilités et des phénomènes d’immigration majeurs, celle de quartiers ou de territoires multiculturels et même celle de l’hétérogénéité des communautés locales, nationales ou internationales. Les mouvements culturels ou religieux complexifient le processus.  C’est là que la question des niveaux de maturité du politique est d’une importance capitale.

Pour le communautarisme tribal on devine l’explosion des conflits et des alliances combatives. Nous y sommes. Pour le socialisme égalitaire ces différences désorganisent les modes de gestion et d’administration sociaux économiques. Nous en sommes de plus en plus témoins là où il prédomine. Pour l’élitisme étatiste sa tentative d’intégrer la diversité vise à maintenir ses normes à de plus larges échelles en déniant les différences. Il semble que la tentative ne soit pas un succès comme l’Europe et la crise de l’Etat français l’annoncent. Le libéralisme communautaire propose une relecture des phénomènes communautaires mais surtout de nouvelles pratiques participatives et d‘identité prospective.

Il importe maintenant d’embrasser le champ des communautés majeures avant de considérer les méthodes de développement du libéralisme communautaire.

La considération des communautés de co-existence.

Au plus large la communauté monde n’est pas d’évidence une communauté majeure susceptible immédiatement d’une gouvernance démocratique. Pour cela il faudrait éclairer le Sens du bien commun dont le discernement n’est pas de première évidence comme le montre l’histoire. Mais peut-être faudrait-il privilégier le discernement plutôt que les déclarations formelles. Le cas de la déclaration universelle des droits de l’homme mériterait un tel approfondissement pour en venir à une déclaration des devoirs de l’homme vis-à-vis de l’humanité, de soi et des autres en personnes et en communautés. Un exercice difficile mais qui peut convoquer toutes les sources de discernement spirituel, évitant de se réfugier dans des idéaux incantatoires ou des objectifs seulement pragmatiques. Comme toute communauté, la communauté monde est une communauté de personnes et de nations toutes différentes et que les tentatives de normalisation méconnaissent.

La communauté monde est la communauté des nations ou des grandes régions mais aussi d’autres communautés monde. Chacune doit être prise en considération comme communauté libérale c’est-à-dire appelée à une autonomie responsable. Pas de souveraineté sans responsabilité communautaire. La reconnaissance réciproque des potentiels, richesses humaines, et vocations originales viendrait à identifier chacune sous son meilleur jour sans nier ses faiblesses pour autant. On en verra les méthodes. la confortation de chaque nation, pour elle-même et pour les autres est le seul chemin de paix possible. Ce serait le rôle des communautés mondes d’y travailler et l’accompagner.

Les nations sont des communauté singulières et leur identification à un territoire clos, non seulement est et sera de plus en plus démentie par les faits, déplacements et réseaux mondiaux, mais aussi par le droit toujours communautaire à toutes les échelles. De nombreux conflits sont dus à la négation, au mépris ou à la faiblesse des identités nationales mais aussi à leur réduction territoriale. Le dedans dehors territorial détruit le jeu des altérités communautaires et nationales.

Il est possible que des nations forment des ensembles communautaires multiples auxquels elles prenne part. La seule raison d’être de ces communautés de nations est soit l’entraide notamment pour la maturation des plus faibles mais aussi pour la maturation commune dont le libéralisme politique devrait être dorénavant la visée. Bien des questions sur la gouvernance démocratique et déjà participative des communautés de nations enrichirait ces dernières pour leur propre gouvernance mais aussi leur permettrait de mieux intégrer les communautés régionales dont on voit bien que la question reste insoluble partout où le libéralisme communautaire n’est pas envisagé. Pensons à l’Ecosse, la Catalogne, la Corse, ou le pays Basque, l’Italie, la Belgique pour citer les plus criants. Penser des régions comme communautés majeures autonomes et responsables de leurs engagement communautaires nationaux notamment et bien au-delà selon les cas. Le modèle normatif est à sa fin et les plus anciens obsolètes. Cependant la France connait ou veut méconnaitre deux exemples qui montrent une autre voie. La Réunion dont le rassemblement multiculturel est constitutif, Les Caraïbes où la « créolisation » qu’Edouard Glissant présentait comme pensée archipélique, archipel constitué par toutes ces communautés que l’on appelle là-bas nations. Il est vrai que les modèles que la France y impose en sont plutôt dénégateurs.

La nation française est en crise, crise d’identité surtout lorsqu’on a voulu dénier le fait communautaire et sa nécessaire identification à un « nous », à une âme à laquelle s’identifier. Il faut d’urgence remplacer la norme formelle par la reconnaissance des identités régionales sous réserve que ce soit aussi des identités prospectives tournées vers le devenir commun, identités de projet sans oublier les identités originelles mêmes symboliques et les identités qualifiantes et gratifiantes de valeurs propres (communautaires et non pas des abstractions idéalistes). Les tendances régressives avec leur cohorte de ressentiments et de passions favorisent les communautés victimaires identifiées souvent plus au pire qu’au meilleur et le nationalisme comme forteresse assiégée et vindicative. Il importera de considérer dorénavant non pas les tares identitaires françaises mais la vocation singulière qui en fait la richesse sinon les talents.

Les régions françaises sont prises dans le tourbillon de l’actualité. Comment faire signe aux communautés provinciales tout en les enfermant dans des carcans territoriaux. C’est l’oeuvre de l’élitisme étatique mais aussi des pulsions uniformisatrices sur lesquelles s’assoient beaucoup de pouvoirs au nom de leur « République » (pas celle de la communauté des français). La caricature de fiefs régionaux renvoie aux allégeances nécessaires à la souveraineté des nationaux. Or sont à l’ordre du jour la dénomination de régions, leur siège, leur président (démocratie élective ?). La reconnaissance des communautés régionales selon le libéralisme communautaire devait leur permettre d’intégrer culturellement leur héritage, de développer une gouvernance participative et aboutir à une gouvernance démocratique majeure. Elles auront alors à traiter de leurs contours, leurs départements, et leurs rapports avec d’autres communautés qu’elles rassemblent, sans perdre de vue leur participation à la communauté nationale, la communauté européenne, des communautés de voisinage et mêmes des communautés mondes.

Les régions sont habitées, formées par villes et pays. On y remplace le terme de communautés par agglomérations et à la pointe du progrès on baptise des ensembles de communes « territoires » auxquels on affecte un numéro dans le nouveau découpage du Grand Paris. c’est dire le mépris communautaire des architectes des raisons territoriales ou déraisons communautaires. Métropoles, ou communautés d’agglomérations sont des édifices administratifs justifiés par des arguments de gestion mais le plus souvent une malveillance de la Raison supérieure. Les villes sont des communautés qui ont une personnalité qui rayonne bien souvent sur le monde entier. Elles devraient être parmi les premières à adopter le libéralisme communautaire comme c’est le cas dans le monde entier. Cela n’enlève pas leur responsabilité régionale, nationale et autres comme l’Europe par exemple. Le concert des nations peut faire écho au concert des villes du monde, toutes régionalement implantées. Alors fusionner des villes ou territoires arbitrairement vise plus à les amputer de leur âme qu’à les inviter à une nouvelle maturité, une des pratiques de l’administration coloniale depuis les romains.

Dans les régions sont identifiés des pays malgré des découpages arbitraires qui réunissent des communautés de proximité formant une culture locale porteuse de valeurs et potentiels propres. Y sont rassemblées aussi des communes ou communautés de communes dont on a voulu oublier, au pays d l’humanisme, qu’il s’agissait de communautés humaines. On entend régulièrement cette antienne : il y a trop de communes en France. C’est comme dire il y a trop d’arbres dans la forêt. S’il s’agit de communautés alors le propos est stupide. S’il s’agit d’entités administratives sous la tutelle normative de l’administration d’Etat alors il est sûr que c’est un modèle d’organisation obsolète à l’heure des méthodes de gestion rationnelles et du nécessaire renforcement des tutelles au temps des velléités individualistes de décentralisation.

Il est vrai cependant que toutes les communes ou communautés de pays ne sont pas des communautés majeures appelées à une autonomie de gouvernance démocratique. Mais c’est bien là le critère. L’autonomie communautaire comme autonomie des personnes cela se construit avec les maturations progressives, avec l’aide des communautés englobantes.

On en viendra à ces communautés d’existence que sont les quartiers des villes ou ces unités de vie que sont bourgs, cités, hameaux, villages et autres rassemblements de co-existence. Partout la maturation d’une conscience communautaire est la condition d’un développement humain de leurs membres plutôt qu’un agglomérat de logements où les personnalités et les cultures ne comptent pas. Nous sommes, avec les quartiers notamment, au noeud des symptômes et contradictions radicales de notre pays qui a su transformer des milieux de vie en lieux de relégation et ce grâce aux principes et aux méthodes persévérantes des administrateurs de la cité et leur pouvoir d’Etat qui leur donne toujours raison. Nous sommes devant la démonstration de l’incurie de la Raison rationalisante et arraisonnante, même supérieure, lorsqu’elle ignore le Sens des communautés humaines et leur vocation d’autonomisation.

Il reste maintenant à évoquer des éléments de méthodes qu’il faudra approfondir et s’approprier, avec la même exigence qu’un changement de paradigme réclame comme mutation des esprits et de pratiques.

Eléments de méthode du libéralisme communautaire

La première chose à faire est de considérer, prendre en considération, chaque communauté où on veut agir. Considérer c’est écouter et entendre leur singularité que des témoins peuvent transmettre. Pour l’entendre à un niveau d’entendement suffisant c’est le Sens du bien commun qui leur est propre qu’il s‘agit de discerner. On sait déjà que la Raison y est impuissante et il faut avoir recours au processus d’intelligence symbolique avec, par exemple, les pratiques d’analyse des cohérences culturelles. Reconnaitre comme cela toutes ces communautés dont il a été question et aussi les ensembles communautaires, change déjà le paysage de l’humanité et du politique. Le repérage de ce « meilleur » de chaque communauté en éclaire les valeurs propres, les talents, les usages, la culture mais aussi les failles et les tares. L’analyse de cohérences culturelles de la communauté nationale française a montré l’importance du rapport à l’ordre, son édification et son souci d’authenticité que le ressentiment et l’abstraction idéologique ne cessent de combattre. La construction d‘un ordre juste, dénué de ressentiment et d’idéalités opportunistes en serait la meilleure voie de développement, reconnue par d’autres pays dans de multiples domaines au lieu des héritages délétères si souvent entretenus.

L’identité communautaire, identification de ceux qui y participent, personnes et communautés et identification par ceux qui la considèrent, forme le coeur de la reconnaissance, au travers des signes, usages et sensibilités qui en constituent la culture. Si chaque communauté participante a aussi son identité et ses signes d’identification, elle partage les modes d’exister communs dans l’espace commun. Ainsi telle personne selon les milieux qu’elle fréquente peut avoir des identités variées mais dans tout espace commun elle partage les usages, représentations et sensibilités. Nous sommes là au coeur d’un problématique que la raison universelle ou la différentiation radicale échouent à traiter. Ainsi, si une communauté de français cultive des héritages qui leur sont propres dans leur champ de coexistence ceux qui veulent y habiter sont conviés à partager le mode de vie et de coexistence de la communauté française. On voit bien que cela vaut pour des communautés régionales, ou d’origine étrangère ou même de croyances et d’affinités multiples. Ainsi les modes d’existence d’une communauté nationale sont ils communs sans pour cela uniformiser les modes d’existence propre à d’autres communautés dans leur champ propre de coexistence, mais qui participent aux règles de la communauté nationale dans son champ propre. On imagine bien un groupe culturel invité à se présenter dans ses modes habituels alors que ses membres partagent par ailleurs le mode de vie commun à la nation (mais c’est aussi valable à tous les niveaux communautaires). Ainsi en France on vit selon les modes de vie français déjà très variés et évolutifs mais entre soi de telle ou telle communauté on peut en exprimer les modes d’exister spécifiques sans déranger le monde commun. C’est une expérience très courante mais tellement difficile à penser pour les rationalistes et les porteurs de ressentiments systémiques.

L’identité communautaire qui doit être à la fois rétrospective, introspective et prospective, est la

considération d’une singularité avec son Sens du bien commun qui est en même temps le ciment et le moteur du développement communautaire. Cette considération identitaire contribue à mobiliser et motiver les membres de la communauté et donc la source des dynamiques communautaires dont celles de maturation et d’autonomisation. C’est donc le levier de tout projet « politique » et de transformation. Considérons que tout travail communautaire ou d’ensemble communautaire puisse être précédé par cette reconnaissance et on peut comprendre alors comment les situations les plus inextricables peuvent être résolues. Chaque progrès encourage les investissements et la spirale de développement peut donner des résultats surprenants même en rapidité. On sait avec Gustave Le Bon que la manipulation des affects peut avoir des effets dévastateurs et rapide. La reconnaissance des modes d’exister communautaire dont les affects ne sont pas exclus, mais pas les mêmes, peut aussi déboucher sur des changements rapides. il y a là un effet de pertinence de l’action communautaire.

Il y faut aussi des vecteurs, médiateurs de Sens dont l’effet de redondance permettra l’engagement d’une dynamique auto-portée. N’oublions pas les sollicitions parasites habituelles mais elles sont aussi susceptible de se trouver engagées dans le meilleur Sens. Ainsi de nos élites pourraient dépasser la simple raison formelle pour la mettre intelligemment au service du Sens du bien commun. Il faut qu’elles se’y reconnaissent dans l’identité communautaire. Ainsi de nos compatissants bénévoles par exemple pourraient mettre leur « bonne volonté » ou « volonté bonne » au service du Sens du bien commun dans les situations réelles. Leurs exigences ne tiennent en rien aux slogans républicains ou du marketing caritatif, ou aux des plaintes victimaires.

Les vecteurs de mobilisation et d’engagement sont des « opérateurs symboliquement structurants ». C’est par la pertinence du Sens qu’ils véhiculent, la redondance qui leur donne leur intensité qu’ils sont agissants, à condition d’utiliser des modalités et des représentations culturellement significatives. Les moyens de communication du type story-telling mais aussi toutes les évocations qui rappellent le Sens du bien commun peuvent être sollicitées dans des stratégies de mobilisation cohérentes et pertinentes. Les techniques de créativité de l’intelligence symbolique sont utiles pour ne pas tomber dans la reproduction de stéréotypes, par définition erronés pour de tels changements.

Vient ensuite la concrétisation des implications du libéralisme communautaire. Elles sont souvent déjà en émergence dans des innovations majeures qui bouleversent les conceptions classiques. L‘économie en est un terrain privilégié, l’éducation aussi. De nouvelles questions communautaires implicites ou explicites sont posées.

L’économie communautaire (à toutes les échelles) dispose d’une échelle de valeurs indicatrices du Sens du bien commun qui lui est propre et par suite d’une possibilité d’évaluer et mesurer en commun la valeur de toutes choses. En particulier elle peut se doter d’une monnaie propre qui a cette fonction de mesure dans les échanges de « biens » et « services », les rémunérations, et les régulations des revenus et toutes les capitalisations ou investissements.  L’économie retrouve son sens communautaire. Bien sûr une communauté n’est pas un monde  clos et s’inscrit dans d’autre communautés avec d’autres économies et elle-même constituée de communautés avec leur économie propre comme des organisations, entreprises ou associations. Il y a des expériences dites d’économie collaborative qui trouveront à la fois leurs régulations locales et leurs régulations plus élargies simultanément. Les « blockchains » permettront d‘édifier techniquement des systèmes communautaires d’échanges fiables. Ils font partie de toutes ces innovations qui vont bouleverser le monde socio-économique non pas dans la pente de la puissance capitaliste mondialisée mais celle du libéralisme communautaire et ce à toutes les échelles. Il est vrai que l’élitisme étatique est désarçonné par ces perspectives et est tenté tant par le verrouillage de ses systèmes que par l’emprise sur ceux qui semblent dominer le monde et notamment sur le plan financier.

On retrouvera cette crispation en ce qui concerne l’éducation où le libéralisme communautaire est vu comme ultra-libéralisme au service du (grand) capital et déstructurant les « humanités » qui ont construit la machine sélective des élites. Sont aussi combattus le pragmatisme utilitaire du socialisme égalitaire  et bien sur très bientôt les initiatives des puissances économiques dominantes. L’éducation communautaire trace la trajectoire du grandir humain d’étapes en étapes mais aussi tout au long de la vie. Si l’éducation populaire s’était pensée communautaire elle ne serait pas en train de vouloir renaitre pour un peuple qui n’est plus seulement primaire mais une société en voie d’empowerment, émergeant au libéralisme communautaire.

Ainsi c’est sur cette trajectoire que le développement des personnes, des organisations ou associations et celui des communautés se déploie d’âges en âges. A l’âge du libéralisme communautaire qui émerge, le discernement du Sens du bien commun propre à chacune, leur permet de déployer une intelligence collective qui n’est pas un exercice élitaire de la Raison sans pour autant en négliger l’usage. C’est plus une activité de l’esprit (Sens et consensus) que l’on peut traiter de créative en même temps qu’inspirée. Elle fait appel à des lumières autres que celles de la seule raison et qu’on a pu appeler « génie propre » au temps où l’interdit rationaliste sur les communautés n’était pas aussi dominant. il est d’ailleurs notable que cette intelligence collective, communautaire donc, est constitutive d’une culture propre qui ne prétend à aucune universalité formelle tout en témoignant de l’universalité de la part d’humanité qui la constitue. L’intelligence collective est associée à une compétence collective qui fait que le développement communautaire est un agir qui mobilise aussi cette même culture y compris dans ses modèles, ses règles et ses modalités d’administration et de structuration de ses affaires. Nous sommes tellement habitués ici à l’universalité formelle qu’il est difficile de comprendre l’universalité symbolique de toute singularité communautaire et donc la singularité de toutes les solutions et pratiques de chaque communauté et ensemble communautaire.

En particulier le libéralisme communautaire réclame un mode de gouvernance participative qui fait que, aux différents âges de maturation, chacun contribue à l’existence et au développement commun selon une hiérarchie et une organisation culturellement pertinente.

Enfin vient la question de la gouvernance démocratique celle du politique dont les prémisses ont été présentée plus haut. Il n’y pas de gouvernance démocratique, c’est-à-dire de démocratie communautaire sans que cette « autonomie » de maturité soit suffisante. Ainsi l’infantilisme participatif est une régression par rapport à un élitisme étatique et peut être aussi être tenté par une régression plus grande ou le pouvoir (d’agir ou de manifester) est à reprendre, animé par quelque ressentiment. La maturité démocratique qui émerge avec le libéralisme communautaire n’exclue pour autant aucune communauté de son champ. Seulement il y a des communautés politiquement majeures et d‘autres qui le deviendront. Entre temps ces dernières sont intégrées dans des ensembles communautaires majeurs.

Ainsi si des nations sont majeures leurs régions le sont, ou non, leurs villes, pays, communes et quartiers aussi. Inversement on peut trouver des ensembles communautaire qui ne sont pas encore majeurs politiquement mais dont des communautés membres qui en portent le projet le sont. Ainsi le niveau de maturité politique n’est pas corrélé à la taille ni souvent à l’ancienneté des communautés surtout lorsqu’elles sont en crise et qu’elles préfèrent les régressions au dépassement. C’est le cas de la France, pays avancé qui n’est pas sur de le rester mais dont des régions ou autres communautés à toutes les échelles peuvent franchir un nouveau stade de démocratie avec le libéralisme communautaire.

Et maintenant que peut-on faire?

Se focalisant sur les communautés de co-existence c’est à dire la société civile de chacune il reste à ce que le « nous «  se construisent. On commencera selon le cas par les réparations et confortation d’identité puis par l’engagement d’une gouvernance participative et enfin, le moment venu, par une gouvernante démocratique. L’inverse est une illusion comme on le voit avec des « démocraties participatives » sans assise communautaire. Mais pensant ce temps là, il y a le régime des partis entièrement voué à la conquête du pouvoir et le communautarisme tribal que constituent ces partis avec leur « peuple » et leurs bateleurs qui organisent le spectacle. Bien sur on n’oubliera pas qu’il faut organiser la gestion du pays et son économie pour égaliser les modes de vie et obtenir un mode de fonctionnement dont le « vivre ensemble » est un enjeu primaire. On s’étonne que le socialisme égalitaire y prolifère. Ensuite, l’élitisme étatique en crise détiens encore la Raison des choses complexes aux mains des technocrates oligarques qui verrouillent le pays et ne cessent d‘aménager et défendre leur emprise, ce qui les ramène à des régimes ou il ne manque plus que le tyran pour imposer leur loi. Les Bonaparte sont toujours espérés. Enfin le réveil d’une société civile sous tutelle depuis des siècles, grâce aux ouvertures au monde et aux autres que favorisent les nouvelles relations et communications, laisse entrevoir un nouvel horizon.

Le libéralisme communautaire, sans rapport avec l’individualisme, ni le socialisme, ni l’étatisme, ouvre la voie et les horizons de l’empowerment communautaire à toutes les échelles. C’est évidemment là que les chantiers de la démocratie donc du libéralisme communautaire sont à entreprendre. Quartiers, villes et villages, pays et communautés territoriales, régions, nation, Europe sont nos chantiers de proximité. ils sont aussi impliqués dans ce qui se passe dans le monde où le libéralisme communautaire a des réponse à offrir. Elles commencent par la considération due aux autres, qui constituent des communautés de personnes et des ensembles communautaires où nous co-existons pour grandir ensemble. Tel est l’enjeu de la mutation de civilisation déjà engagée.

Alors dans cette carte des paradigmes ce n’est pas le Sens d’un super Etat français avec ses hauts fonctionnaire mondialisés qu’il faut rechercher. Ce chapitre est en train de se clore dans une amertume que bien des intellectuels expriment. Ce n’est pas non plus celui de la constitution de super puissances avec de super pouvoirs auxquels des précédents veulent se réfugier trouvant devant eux bien pire encore.

Il serait tentant de se vouer alors aux macro-systèmes planétaires dont nous deviendrions les agents neuro-biologiques, libres de les subir pour en profiter. A la mode, tellement y croient, déçus par les deux autres.

C’est à l’inverse le libéralisme communautaire qui est la voie de l’empowement et de l’accomplissement humain avec le paradigme communautaire et sa compréhension du monde et des communautés comme phénomène humain, son éthique du « commun bien » que la république porte pour chaque communauté avec l’universalité humaine des valeurs singulières et la singularité culturelle de leurs expressions et enfin ses pratiques qui sont toutes, comme le suggérait Hannah Arendt, action humaine donc communautaire.

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le multiculturalisme républicain

Les banlieues comme laboratoire du nouveau modèle français.

La France est habitée depuis toujours et plus que jamais par une multitude de communautés culturelles, régionales, locales, professionnelles, religieuses,  associatives, idéologiques, de multiples origines.

Or le modèle français se pose comme négateur de ces cultures pour préserver « l’unité républicaine » qui est conçue comme une uniformité culturelle inscrite sur une échelle de civilisation ou de Culture c’est-à-dire de mérite. Ce modèle est intériorisé par beaucoup qui s’y assimilent, notamment grâce à l’oeuvre volontaire et séculaire de l’éducation nationale. L’Etat central en est le garant avec le concours des structures intermédiaires qui en défendent les principes normatif.

Les banlieues sont des espaces où cette uniformité n’est pas de mise. On pourrait dire que le processus de normalisation est insuffisant et la multi-culturalité éclate au grand jour. Le modèle se défend alors soit par le déni des cultures soit par une imposition renforcée du modèle normatif,  en sacrifiant les marges qui résistent.

La situation est telle qu’il faut avoir recours à quelque bouc émissaire pour justifier cette carence du modèle. Les inégalités économiques, les ostracismes répertoriés comme racismes ou encore les croyances religieuses sont les épouvantails favoris de l’Etatisme à la française qui se sert d’une laïcité comprise comme refus des différences, essentielles et même accessoires.

Mais, sans doute par utilités électorales, les populations multi-culturelles doivent être ramenées au bercail de la citoyenneté républicaine dont l’essentiel est de mettre le bon bulletin dans l’urne. Ca ne marche pas bien et ce modèle de citoyenneté ne touche guère ceux qui n’y sont pas conditionnés.

Alors vient un deuxième modèle celui du multi-culturalisme défensif ou victimaire. Sont légitimes les communautés culturelles qui on été ou sont victimes de cette communauté nationale, celle que vénèrent les nationalistes. Si le communautarisme est cette déviance des communautés humaines régressives, défensives et même agressives alors le nationalisme et le multi-culturalisme victimaire sont des communautarismes. D’ailleurs le modèle précédent considère toute communauté majeure comme relevant d’un communautarisme.

L’alternative multi-culturaliste habillée des oripeaux anglo saxons interprétés de façon opportuniste, passe alors pour anti républicaine pour les uns, nouvelle expression avancée de la démocratie pour les autres avec l’émergence de minorités combatives. Mais peut-on concilier le dogme de l’universalisme républicain avec l’alliance pour le pouvoir avec des communautés mobilisables pour la bonne cause ? Oui si le modèle précédent a basculé dans un communautarisme clanique se servant des principes étatiques républicanistes et de la laïcité comme idéologie de combat de tous contre tous. Nous y sommes. Les banlieues sont alors l’arène de tous les combats

Mais il y a un troisième modèle qui gagne du terrain à bas bruit. C’est le modèle naturaliste de la diversité. La bio-diversité des cultures et des croyances serait facteur de synergie et d’homogénéisation sur l’essentiel. L’essentiel est a-culturel, inscrit dans les lois de la nature et régi par quelque sélection naturelle. La diversité des cultures, prises dans leur folklore, est interprétée comme une variété de rapports avec la nature et même un gage d’authenticité. Ce modèle qui manipule les sentiments, les bénéfices hédonistes et festifs, laisse penser que les lois de la nature ont leurs exigences imparables. La démagogie se nourrit de comportements et de pensées politiquement corrects dont la versatilité favorise les homogénéisations. Oui aux différences à condition qu’elles soient accessoires. Les banlieues sont ici le lieu de comportements « naturels » des habitants comme on le disait des indigènes au temps des sciences naturalistes du 19 ème siècle.

Ces trois conceptions obnubilent la pensée et l’action politique avec des modèles anciens y compris ceux qui se disent modernes. Le quatrième modèle a donc à se construire dans les ruines d’un terrain miné par ces constructions classiques dont les banlieues sont les signes de l’échec et par conséquent le lieu d’une renaissance possible, d’un laboratoire du « multiculturalisme républicain »

Le multiculturalisme républicain, un modèle français alternatif et exemplaire.

Les hommes vivent en communautés, c’est là que se réalise leur existence et chaque communauté porte une part d’humanité qui fait sa singularité et sa culture. Cette culture est la façon de cultiver ses propres potentiels dans des circonstances très variables. De ce fait cette culture évolue selon trois facteurs :

  • l’orientation vers le meilleur ou non de ses potentiels qui lui permet de régresser ou de progresser, de manifester ses faiblesses ou ses qualités et valeurs essentielles
  • elle évolue en progressant selon une échelle de maturation humaine, c’est son développement par lequel sa culture progresse dans sa conscience, ses compétences, ses talents et sa vocation singulière.
  • Enfin selon les circonstances locales et historiques elle cultive les réponses adaptées qui sont les siennes et dépendent de sa culture, chaque communauté réagissant à sa manière.

Il y a donc dans chaque communauté un potentiel d’humanité qui se traduit dans sa culture et qui témoigne ainsi de l’Humanité à sa manière. Elle doit pour cela trouver à s’orienter selon le Sens du bien commun qui est le sien, Sens de son développement et de celui de ceux qui y participent. Pas de bien commun sans communauté.

Mais chaque communauté est composée d’autres communautés qui y participent. En même temps elle s’inscrit aussi dans d’autres communautés si bien que toutes les communautés sont intriquées les unes dans les autres, intégrées les unes dans les autres. Il en va de même pour les personnes qui les composent toutes et y sont intégrées. Ainsi une communauté est porteuse d’une culture propre mais participe en plus aux cultures de ses communautés d’appartenance. Mais alors sa participation se fait aussi à sa manière propre. Ainsi se constituent des communautés culturelles qui rassemblent plusieurs communautés culturelles. L’unité de la première est constituée de la diversité des autres (mais pas de leur simple addition). Mais c’est vrai à de multiples niveaux, ce qui fait la complexité des situations multi-culturelles. C’est une expression du fait que toute communauté humaine est faite de personnes uniques et différentes et donc aussi de communautés culturelles différentes.

On s’aperçoit que les conceptions précédentes sont simplistes et réductrices. L’universalisme étatiste élimine les différences (et la profondeur de l’humanité). Le communautarisme ne connais que des rapports de force, de pouvoirs et de suprématie. Le naturalisme de la bio-diversité fait des différences un artifice accessoire.

Si on passe à la pratique de cette analyse alors on verra que les communes sont des communautés inscrites dans d’autres communautés locales, régionales, nationales. Qu’elles sont composées de quartiers donc de communautés de quartier. Chaque quartier est composé de plusieurs communautés culturelles selon différents critères mais surtout selon la façon dont se rapprochent ceux de chaque communautés. Mais les personnes participent aussi à plusieurs communautés et de ce fait, la communauté de quartier par exemple n’est pas simplement l’addition de plusieurs communautés mais leur conjugaison dans un ensemble, un rassemblement unique et original. Bien sûr on peut, sans difficulté, passer des communautés nationales à des communautés internationales européennes par exemple. Mais aussi des communautés intégrées dans une communauté de quartier participent aussi de communautés nationales et internationales. En plus avec internet vivent de multiples communautés à distance qui complexifient encore le tableau. Il est important de prendre conscience de cette complexité, de la complexité multiculturelle pour éviter de tomber dans les simplistes précédents.

Ainsi on ne va pas chercher à additionner ou soustraire  les cultures mais considérer chacune pour elle même, pour sa participation à d’autres communautés et pour la participation d’autres communautés à son devenir.

Une communauté de quartier a une culture propre et, si elle est engagée dans la culture de son bien commun, alors elle saura intégrer d’autres communautés dans sa gouvernance et les faire progresser dans leur propre culture et dans la culture commune.

Ainsi la recherche du bien commun d’une communauté de quartier contribue à la reconnaissance de l’existence de communautés culturelles singulières qui la composent et de leur participation à ce bien commun. La maturation de la communauté de quartier est la voie de la reconnaissance multi-culturelle et de la contribution de chacune à la culture commune.

Si à l’échelle d‘un quartier, d’une commune ou d‘un territoire on va trouver là les principes d’une démocratie communautaire, à l’échelle nationale la recherche du bien commun de la communauté est le principe même de la République débarrassée de ses interprétations réductrices. Alors la république devient le principe d’une communauté nationale multi-culturelle et ce à tous les niveaux.

Mais comment engager ce processus de multi-culturalisme républicain.

L’idée de le faire par le biais d’un engagement des structures politiques nationales ou leur réforme se heurte au fait que les élites qui en ont la charge sont entièrement construites sur les modèles classiques et que beaucoup parmi les milieux intellectuels sont aussi tentés par la logique naturaliste. C’est comme cela que les banlieues restent en déshérence de par leur incompétence pour penser et agir dans ces situations.

Le deuxième point est la nécessité de travailler au niveau de communautés politiques c’est-à-dire, dans le contexte national, au niveau de communautés territoriales. Théoriquement le niveau régional ou intercommunal serait propice si leurs responsables administratifs et politiques en étaient capables étant engagés dans un mono culturalisme institutionnel prédominant.

On peut alors penser que le mouvement doit être engagé au plus près du terrain multi-culturel c’est-à-dire les quartiers. Ils constituent des communautés politiques en gestation, dénuées de gouvernance et disposant de la diversité culturelle dont les potentiels sont encore souvent à révéler. C’est donc la défaillance des modèles actuellement en crise qui désigne les banlieues comme laboratoire d’une nouvelle démocratie, la démocratie communautaire qui se trouve être un multiculturalisme républicain.

Une question méthodologique se pose alors. Faut-il d’abord travailler avec la communauté territoriale (dite communauté politique) ou avec les multiples communautés qui y participent ?

La réponse est claire. Le multiculturalisme n’est pas un projet mais un fait. En outre il est localement d’une très grande complexité et par lui même peut être engagé dans n’importe quel Sens. Or un multi-culturalisme républicain est orienté dans la recherche du bien commun celui de la communauté de quartier. De ce fait c’est à l’émergence et au développement de cette communauté de quartier qu’il faut travailler avec comme visée l’existence d’une communauté politique donc majeure, multiculturelle de fait et capable de se rassembler avec d‘autres communautés, communales par exemple.

La trajectoire de maturation communautaire passe par quatre phases : se sentir bien ensemble, cet ensemble là; faire ensemble pour s’identifier à des qualités et compétences collectives, un « nous valons » ensemble; concevoir et s’organiser ensemble dans les affaires communes en cultivant une intelligence collective et enfin, assumer un dispositif de gouvernance communautaire local et ses responsabilités d’avenir.

Cependant il faut noter le caractère unique de chaque communauté et donc d’un développement culturel unique dont il faut identifier les voies et critères dès le départ. Cela suppose donc un accompagnement éclairé et compétent employant des méthodes ad-hoc et non pas des recettes passe partout.

On peut alors se demander quelle initiative peut engager un tel processus. Il y a plusieurs réponses possibles. L’initiative d’un maire éclairé qui en fera un prototype pour le reste de sa commune, l’initiative d’une ou plusieurs personnes des services municipaux, l’initiative d’une association qui a accès au territoire et à la communauté locale, l’initiative d’un groupe professionnel de ces démarches relayée par la communauté, l’initiative d’un collectif du quartier qui en assume l’enjeu et la démarche. Il est capital de comprendre qu’il y faut des compétences dont le professionnalisme est encore aussi rare que cette démarche elle-même et qu’il faut donc démultiplier.

Pour soutenir ce projet au niveau national il faut rassembler plusieurs forces.

Un support « politique » pour faire exister le concept et l’illustrer dans le monde politique et son environnement (national et local)

Un support intellectuel pour faire exister le projet dans l’intellectualité publique avec un groupe qui interpelle des intellectuels sur les articulations théoriques et pratiques du projet.

Un support opérationnel avec un groupe d’accompagnateurs formés sur le terrain (formation action)

Un support de communication capable de porter un projet de type storytelling, empruntant tous les vecteurs pertinents.

Un support philosophique et méthodologique avec un cercle dédié à la démocratie communautaire avec l’Humanisme Méthodologique.

Une petite équipe stratégique doit piloter le tout.

Roger Nifle 29 mars 2015

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Développement communautaire et démocratie participative

Développement communautaire et démocratie participative
Principes et pratiques

Le temps des communautés mineures

Les formules du titre marquent à la fois une perspective espérée pour les uns ou alors inquiétante pour les autres. Il est intéressant d’en dresser un tableau au travers de la relation entre deux conceptions antagonistes de la vie collective.

L’horizontalité
Elle donne l’image d’un rassemblement des égaux, ou du moins en passe de l’être. La vie collective est désirée comme un vivre ensemble convivial. La qualité de ce « vivre ensemble » est le fait d’un fonctionnement régulé de la société qui permet un bien vivre. Ce fonctionnement est fait de relations et d’interactions ludiques ou coopératives. Les initiatives collectives d’organisation se multiplient grâce aux moyens de communication et de mise en relation. L’ancrage dans la nature et l’environnement est considéré comme une saine condition de pérennité.

La verticalité
C’est l’édifice construit par une culture, une civilisation qui hiérarchise les utilités comme les mérites et la maîtrise des affaires de la cité. Le politique se fonde sur un pouvoir central qui veille à l’unité. Il se structure au travers d’institutions aux rôles formels bien définis. Ces structures, toujours intermédiaires, encadrent le fonctionnement de la cité, contrôlent la régularité des comportements, forme les individus à ces règles de penser et d’agir et sélectionne ses élites et ses élus pour assurer l’encadrement.

Là commence l’antagonisme.
Pour les premiers la verticalité incarne des formes d’autorités abusives, l’exercice d’un arbitraire sous couvert de rationalités technocratiques, une hiérarchie de castes conservatrices et un conformisme qui aliène tout progrès. Le pire ne manque pas d’exemples pour alimenter la dénonciation de ces tyrannies.
Pour les seconds, l’horizontalité marque un certain infantilisme, sinon une naïveté irresponsable, plus soucieuse de confort que d’ambitions, d’une utopie qui ignore la malignité humaine et la complexité des affaires de la cité. C’est cependant considéré comme une mobilisation des sentiments qui peut détourner des passions dommageables à l’édifice des structures de la cité. Du pain et des jeux disait-on.

Mais cet antagonisme aux velléités d’exclusion mutuelle ne s’articule que sur des liens étroits de nécessité et de défiance réciproques. La première conception, horizontale, ne peut subsister que si par une sorte de tutelle la seconde veille au grain. Pour éviter l’arbitraire on le remplace par un intérêt général dénué de subjectivité. L’Etat veille sur l’état de la société civile et celle-ci se tient sous cette tutelle dans un état de minorité dont la contestation fait partie ainsi que le jeu des « débats démocratiques » véritablement joués. La seconde conception, verticale trouve dans ce terreau ce qui lui est nécessaire, les ressources matérielles et humaines pour assurer son devenir. Il y trouve aussi les légitimités de sa suprématie par la dénonciation des dangereuses initiatives des individus surtout en groupes et à plus forte raison en communautés à prétention d’autonomie c’est-à-dire majeures et responsables. Elle y trouve ses justifications par la protection due aux plus faibles et aux mineurs (peu responsables on le sait).

Alors on ne peut s’étonner du succès des idées participatives et de leur relatif échec récurent. On ne peut s’étonner de la désagrégation de l’édifice de rigueur historique sous les coups de boutoir de l’émancipation de la société civile. Les solutions sont-elles dans la sauvegarde des idées familières ou dans leur interrogation en vue d’une mutation que les deux versions antagonistes de la vie collective manquent avec persévérance.

L’intégration du développement communautaire et la démocratie participative.

Le temps des communautés majeures

La gouvernance c’est un processus de conduite des affaires communes. Nous allons voir que l’intégration des dimensions verticale et horizontale est caractéristique de son engagement dans le Sens du bien commun.

Qui dit bien commun dit communauté terme qui fait trembler les verticalistes qui y voient la compromission de l’unité de la République et du rôle de l’Etat central. Mais cela implique aussi un devenir. Si pour l’homme vivre c’est devenir, pour les communautés humaines le devenir c’est le développement communautaire qui fait écho au développement personnel.

Le développement communautaire
Il relève d’une dynamique et d’un processus de progression humaine, individuelle et collective, l’une par l’autre. La communauté, figure du rassemblement horizontal, est engagée dans un développement vertical et non dans l’établissement d’un fonctionnement idéal, sous tutelle. Il y a bien là un mouvement « bottom up » qui est vertical, et qui permet à la communauté de gravir une échelle de progrès, de maturation, dont les visées sont l’autonomisation responsable ou empowerment si on traduit ce terme selon une perspective de progrès humain et non de rapports de force ou d’indépendances immatures.

Ce mouvement est assimilable à un apprentissage, par l’expérience de la participation aux affaires communes. Mais cette expérience, placée sur une trajectoire de progrès, intégre les différents niveaux de maturité humaine. L’archaïque des premières gestations ou quelques régressions communautaires, passionnelles par exemple. Le factuel du faire ensemble ou s’organise la subsistance et la confortation individuelle et collective. La raison qui permet les représentations intellectuelles médiatrices et aussi conceptrices des affaires communes. Enfin l’âge du Sens et du symbolique ou se discerne et se détermine le Sens du bien commun. On peut dire que le développement est le processus vécu et réalisé par une communauté pour grandir en humanité au travers de la participation aux affaires communes et selon les différents âges de maturité.

On notera que l’âge du faire ensemble nécessité de sortir d’un âge ou les pulsions commandent pour le pire ou le meilleur ce qui nécessite prises en charges ou même thérapeutiques adéquates. À l’âge du faire ensemble les apprentissages peuvent être accompagnés pour s’autonomiser. À l’âge des représentations et de la raison la construction des cadres et projets communautaires réclame des compétences d’intelligence collective habituellement reservées aux experts dans une conception verticaliste. Enfin l’âge du Sens réclame quelque clairvoyance et surtout les repères d’orientation selon le Sens du bien commun.

Ainsi on s’aperçoit que le cheminement de développement réclame la conjugaison d’une dynamique collective mais initiée, conduite et accompagnée par des compétences particulières. Il y faut une gouvernance participative. Cette « éducation participée » réclame un accompagnement dont on n’oubliera pas qu’il vise l’autonomisation ou empowerment communautaire. On n’oubliera pas qu’il s’agit de la participation des personnes et des acteurs à l’appropriation d’un devenir commun dans tous ses aspects. On notera aussi la participation de toute communauté à d’autres plus larges, de même que la participation des personnes à plusieurs communautés.

La gouvernance participative est la conduite d’un processus de développement communautaire par la participation des personnes et des acteurs à l’appropriation active des affaires communes. Toutes les affaires communes qui constituent l’activité de la communauté en devenir sont de son ressort en fonction de son niveau de maturité et d’autonomisation.

Seulement cette gouvernance communautaire n’est pas une génération spontanée pas plus qu’une éducation sauvage ne permet à l’humanité de grandir. Cela posera alors la question du politique et donc de la démocratie.

En effet que ce soit par elle-même si elle en a la maturité ou que ce soit par une communauté d’appartenance le devenir de la communauté est l’enjeu même du politique. C’est le politique qui oriente ou en donne les repères, c’est le politique qui en dessine les cadres et les projections dans l’avenir, c’est le politique qui en organise les conditions du faire ensemble. C’est le politique qui en définitive initiera une gouvernance participative pour toutes les affaires communes.

Le politique
Le politique assure ainsi une gouvernance démocratique, c’est-à-dire liée à l’implication de la communauté dans ses décisions et son autorité de régulation pour toutes les affaires communes. Ainsi elle engage et accompagne la gouvernance participative du développement. La gouvernance politique engage l’exercice de la démocratie et initie et facilite la gouvernance participative.

La gouvernance démocratique.
Elle se détermine en trois niveaux successifs.
la démocratie élective. Elle consiste à incarner le Sens du bien commun dans la personne d’un élu. L’élu et ceux qui contribuent à ce rôle ne se tiennent que par la reconnaissance de la communauté qui s’y fie. Cette confiance repose non sur l’arbitraire de l’élu mais sur la pertinence de sa position, du Sens qu’il donne à l’avenir et au bien commun, au développement communautaire donc. Pour cela, c’est au coeur de la communauté et l’inconscient collectif qui en détermine l’existence qu’il peut le discerner et se déterminer au point de s’y identifier. C’est pour cela qu’en le reconnaissant la communauté se reconnaît en lui. Encore faut-il que la communauté soit suffisamment mature pour se reconnaître comme communauté politique. Sinon c’est une autre communauté d’appartenance qui en tiendra lieu ou y contribuera.
La démocratie représentative. Elle représente les personnes, acteurs, groupes et communautés qui forment la communauté politique. Ces représentants sont là pour traduire le Sens du bien commun en projets, cadres, règles, normes, ainsi que d’envisager les moyens de les réaliser. La démocratie représentative rencontre la nécessaire représentation de la communauté qui dépend de sa maturité. Trop immature, son identité incertaine, personne ne peut la représenter authentiquement. Il faut donc que le travail de gouvernance participative soit suffisamment avancé. On notera la différence entre l’élaboration participative des cadres et projets communs et la décision politique exercice de délibération de la démocratie représentative sous couvert de la démocratie élective.
La démocratie participative. Elle concerne le plus grand nombre quant à la préparation et la réalisation des actions qu’impliquent les affaires communes. Il s’agit aussi de décisions dans le cadre politique et d’élaborations dans le cadre de la participation aux affaires communes. En effet ce sont les acteurs qui agissent, le principe de la démocratie participative et cette action est l’action publique elle-même. C’est seulement dans le cadre tutélaire que l’action publique serait du ressort d’acteurs publics non impliqués dans la vie communautaire.

Ainsi la gouvernançe participative implique les membres de la communauté dans son développement comme processus de maturation et d’autonomisation selon une logique bottom up et la gouvernance démocratique procède aux décisions, délibérations et évaluations préalables selon une logique top down. La confusion de ces deux boucles est aussi pernicieuse que leur exclusion. Communauté de développement sans le politique, politique sans développement communautaire, tels sont les enfermements dont l’époque demande de sortir peut-être comme signe de maturité à venir avec ses crises de passage habituelles.

La mise en pratique des principes

La gouvernance démocratique

Démocratie élective
L’acte symbolique premier est l’élection de la personne repère par un procédé de reconnaissance par la communauté de la position qu’elle incarne, le Sens du bien commun si possible. La position de l’élu à pu provenir d’une connaissance intime de la communauté et du discernement du Sens du bien commun qui lui est propre. Qu’elle soit intuitive ou plus explicite, l’élu aura toujours à l’approfondir et à le signifier par ses positions repérantes ou orientations politiques, orientations des politiques. Pour cela il peut s’appuyer sur une équipe dont le consensus témoigne de cette position.

Démocratie représentative
La représentation dans une communauté majeure est celle des communautés de vie (quartiers par exemple) mais aussi des communautés de projet ou d’activités qui portent les affaires communes. Cette représentation suppose une identité communautaire pour qu’il y ait des mandataires représentatifs. Le travail principal des structures de représentation est la délibération sur les projets, les règles et les cadres des affaires communes. Il y faut des structures appropriées comme « des Groupes de Gouvernance Démocratiques » regroupant les représentants des parties prenantes. Ces groupes de délibération sont orientés par la démocratie élective, aidés par des expertises qu’ils consultent sans s’y substituer. Ils sont alimentés par les « Cercles de Gouvernance Participative » s’ils existent au niveau de maturité suffisant.

Démocratie participative
La part de décision du plus grand nombre se situe dans l’action et l’activité qui constituent les affaires communes. Dans l’action publique ou d’intérêt communautaire, ce sont alors les acteurs qui agissent. S’ils peuvent être assistés par des « acteurs publics » la démocratie participative disparaît lorsque ces derniers se substituent aux acteurs de la communauté. C’est le cas aussi lorsqu’il s’agit de prise en charge des faiblesses et difficultés. Dans le cas d’une immaturité radicale de la communauté ou d’un engagement qui ne vise pas le Sens du bien commun, la démocratie participative se réduit à des délégations nécessaires et à une participation aux affaires de l’administration publique.

Une gouvernance démocratique qui ne se soutiendrait pas d’une gouvernance participative correspondrait soit à un leurre soit à un état de communauté parfaitement majeure, cas que l’on peut exclure dans un monde habitué à la vie sous tutelle.

La gouvernance participative

Comme on l’a vu, elle doit être initiée, soutenue et accompagnée par la gouvernance politique. On notera que c’est là que ce situent les besoins en compétences nouvelles et donc les reconversions professionnelles et en partie la réallocation des ressources. En effet la connaissance des phénomènes de développement communautaire et de gouvernance participative restent largement méconnus et inexpérimentés.

La gouvernance participative va demander des méthodes et des compétences, distribuées en fonction des enjeux ( les affaires communes) et des niveaux de maturation avec les processus associés.

Les enjeux

La vie commune comme par exemple celle des quartiers, celle de communautés de devenir, celles mêmes d’organisations qui sont toutes concernées par le développement communautaire. Les méthodes de développement approprié sont là nécessaires.

Il y a aussi les projets petits et grands qui sont communautaires ou d’intérêt communautaire. Les méthodes d’appropriation active sont ici pertinentes.

Les politiques publiques de tous ordres sont des enjeux de gouvernance participatives. Elles réclament très souvent un haut niveau de maturité communautaire et des méthodes d’appropriation spécifiques.

Les initiatives particulières d’intérêt communautaire elles peuvent être prises par des personnes, des acteurs, des communautés. Elles seront accompagnées en conséquence selon leur envergure.

Les niveaux de maturation

Les communautés en difficulté, ou en crise, demandent un accompagnement de type quasi socio thérapeutique. Il consiste souvent en un investissement des affects dans des activités ou des fêtes, où se reconstruit une estime commune.

Cependant c’est l’expression des potentiels communautaires (culturels) propres qui doit être favorisée dans le « faire ensemble » plutôt que l’adoption mimétique de modèles extérieurs. Cette dernière pratique, très courante, favorise les désinvestissements ultérieurs plutôt que les dynamiques d’appropriation et de développement.

Les communautés de « faire ensemble » vont accéder par les maîtrises cultivées et acquises, à une représentation collective, une identité valorisante, condition de soutien de tout investissement dans des projets de développement, les affaires communes complexes ou la participation aux délibérations démocratiques. Le stade des représentations est le stade de développement d’une intelligence communautaire faite d’évaluations, de créativité, d’organisation, de communications. C’est aussi le stade de la concertation avec des parties prenantes multiples.

Vient ensuite le temps du politique ou la participation assume l’existence de la communauté politique elle même participant à d’autres communautés politiques. L’autonomisation responsable est le stade avancé du développement communautaire.

Méthodes et techniques (issues de l’Humanisme Méthodologique)

Les cercles de gouvernance participative
Ils sont constituées au cours ou à la suite d’un processus de maturation indispensable. Par exemple, sans la restauration ou l’instauration d’une identité communautaire valorisante et bien appropriée, pas de « nous » capable de se projeter dans un développement et donc d’y participer de façon majeure. C’est la négligence de ces préalables qui condamne à l’échec tous ces comités de quartier, de développement, de concertation etc. et leur ajouter le qualificatif de citoyen n’arrange pas la situation. Les cercles de gouvernance participative doivent être précédés d’une préparation plus ou moins complexe, être le lieu des apprentissages et des maturations nécessaires, et enfin de l’appropriation de la gouvernance communautaire, gouvernance du développement ou gouvernance démocratique en final.

Les analyses de cohérences culturelles pour discerner le Sens du bien commun qui sera le vecteur des dynamiques à engager et le repère des valeurs et enjeux significatifs. Elles rejoignent celles de tout projet dès lors que la communauté de référençe ou communauté porteuse est identifiée. Ces analyses permettent de toucher les ressorts de motivation et d’estime qui vont permettre les appropriations actives.

L’écoute activante. C’est par l’écoute activante auprès de témoins significatifs que se font les sensibilisations et se repèrent les potentiels, les valeurs, les motivations et éventuellement les obstacles.

Les processus de créativité générative. Ils permettent d’engager des groupes dans un mouvement de créativité imaginative et de construction rationnelle. L’appropriation communautaire développe une compétence collective qui va favoriser et quelques fois déborder les échanges avec les parties prenantes.

Les opérations symboliquement structurantes. Elles ont pour but de dynamiser et renforcer une identification communautaire dans le Sens du bien commun par une mise en situation qui favorise une appropriation active. La communication y tiens plus du récit et de la chronique que de messages, d’injonctions ou d’images captateurs.

Les méthodes de conception et de conduite des processus, d’élaboration et de réalisations participatives de projets. Elles associent, élaborations progressives, dynamiques humaines, maturations progressives, constructions rationnelles etc.

Et aussi

Le livre de gouvernançe un support virtuel de conduite de grands projets participatifs comportant la chronique structurée du projet, l’information et la communication avec le public, le travail collaboratif des cercles de participation.
La méthode des référentiels de valeurs partagés pour renforcer la cohérence et la cohésion communautaire ( organisation, communautés d’enjeux …)
La méthode de l’identité culturelle prospective pour préparer et mobiliser une communauté de développement
Les cercles de prospective opérationnelle pour permettre des projets de mutation et d’innovation majeures.
Le marketing communautaire ou marketing des valeurs.
La communication stratégique
L’évaluation communautaire participative
Le management communautaire.

Roger Nifle 15 mai 2014
rnifle@coherences.com
06 32 31 78 63

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Lettre à un maire qui vient d’être (ré)élu

L’implication des habitants et des acteurs de la cité dans les affaires communes.

La défiance et même la colère des habitants et des acteurs vis-à-vis de l’action publique sont arrivés à un point de basculement. Il oblige à une mutation démocratique qui dépasse les bonnes intentions et les incantations.

Le modèle traditionnel dans notre pays a été marqué par deux approches complémentaires qui sont profondément remises en question.

Pour la première, l’action publique encadre et règlemente la vie et l’activité collective basée sur les expertises de l’Etat et des collectivités locales. Le résultat en est une ignorance fréquente de la chose publique par les populations et une mise en dépendance, même du politique.

Pour la seconde, l’action publique est conçue comme (re)distributrice de ressources et de moyens pour compenser des manques ou des besoins sociaux. L’ambiguité des motivations, la montée des exigences et des défiances avec les soupçons de clientélisme disqualifient la façon dont cette fonction est exercée et notamment son rapport coût/efficacité.

La mutation de notre époque et de notre monde, marquée par une succession de crises de transitions, se caractérise aussi par le développement progressif d’un processus d’autonomisation responsable, dite aussi « empowerment », des personnes et des communautés. Elle se caractérise aussi par la possibilité de multiplications des relations de proximité, même à distance, c’est-à-dire le tissage de liens autour d’enjeux communs, à toutes les échelles.

La réhabilitation des communautés d’existence et d’enjeux rétablit les conditions d’engagement et de développement communautaires des habitants et des acteurs qui s’y retrouvent.

La participation des habitants et des acteurs aux affaires communes trouve alors :
– un levier pour l’action et le développement individuel et collectif : des communautés majeures d’enjeux ou de territoires (quartiers, villes…) à toutes les échelles.
– un principe éthique : le Sens du bien commun, propre à chaque communauté et à chaque ensemble communautaire (quartiers, villes, communautés de communes, d’agglomération, régions, nations, etc.) qui exprime des valeurs, des richesses humaines et une motivation partagée.
– une trajectoire et une démarche de développement communautaire appropriée, en fonction des niveaux de maturité et de conscience avec de nouvelles méthode de participation démocratique.
– son propre modèle culturel de développement et de gouvernance communautaire où sont associées toutes les parties prenantes et les communautés impliquées.

Dès lors l’action publique se justifie par sa contribution au développement communautaire et donc aussi celui de tous ceux qui les constituent : personnes, groupes, acteurs, organisations… et non par une tutelle ou une ressource distributrice inépuisable, deux modèles « parentaux » pour mineurs.

Cependant de nouvelles compétences sont nécessaires, appuyées sur la connaissance des phénomènes et dynamiques communautaires, la mobilisation et l’accompagnement de processus d’autonomisation responsable. Ainsi les méthodes d’appropriation active des affaires communes, la conduite des processus de conscience et de maturation, la direction et la conduite de projets communautaires deviennent des conditions majeures.

Elle réclament :
– la constitution de pôles de compétence pour capitaliser et démultiplier ces compétences nouvelles.
– l’engagement d’une mutation culturelle et professionnelle des acteurs de l’action publique, conditionnés par les modèles classiques
le développent d’un nouveau type de gouvernance, la démocratie communautaire, dans tous les domaines de l’action commune.


La démocratie communautaire comporte l’articulation de trois niveaux d’exercice :
– la démocratie élective qui incarne le Sens du bien commun propre à chaque communauté. Pour la ville c’est le maire qui en est l’élu et exerce cette fonction de repère de direction et d’orientation avec l’appui des relais de sa politique générale.
– la démocratie représentative qui ne doit par rassembler seulement les élus du plus grand nombre mais aussi les représentants des groupes et communautés qui participent à l’édification du bien commun. Des conseils communautaires basés sur cette représentativité sont chargés de déterminer règles, cadres, projets, stratégies, etc. selon les niveaux de maturation collective acquis.
– la démocratie participative qui porte sur l’activité et les actions communautaires, selon les cadres et projets développés dans le Sens du bien commun et selon le principe : ce sont les acteurs qui agissent. Les acteurs sont les habitants, les forces vives, les groupes et communautés constituées, les entreprises et organisations, les institutions et tous ceux qui composent la communauté ou y participent.

La compétence collective et l’intelligence collective se développent à partir de cette participation aux enjeux communs et s’y exerce dans tous les domaines de la vie et du développement communautaire. Ce modèle de participation n’a rien à voir avec les simples consultations sommaires habituelles, ni les débats pseudo équilibrés, ni les négociations qui ramènent tout aux rapports de forces ni les naïvetés dont l’échec récurent ne trouble pas la répétition incantatoire. Il tiens compte de la richesse des potentiels humains individuels et collectifs mais aussi de leur nécessaire maturation au travers de situations et d’apprentissages progressifs préparés, soutenus et accompagnés.

Alors, avec la mise en place de nouveaux conseils municipaux, les maires de ce nouveau cru doivent songer non pas à reproduire les modèles qui les enferment mais à se préparer à cette mutation que la société civile attend de façon plus ou moins confuse et qui se manifeste déjà de plus en plus clairement.

A titre d’éclairage un texte de 2009 « le temps des démocraties majeures »

le 27 Mars 2014
par Roger Nifle
chercheur prospectiviste et promoteur d’un Humanisme Méthodologique.
mailto:rnifle@coherences.com

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La participation démocratique

Participation des habitants et démocratie communautaire.

Un contexte en pleine mutation

En résonance avec la mutation de civilisation et les troubles qui l’accompagnent, le « modèle républicain » de notre pays se trouve aux prises avec trois forces qui se combattent et à une émergence qui est la réponse de la « société civile » avec la participation des habitants aux affaires communes.

L’universalisme formel considère que l’égalité formelle est sa traduction impérative. Il a besoin d’un Etat central de type jacobin pour normaliser et encadrer de ses normes et contrôles toute la société civile. Celle-ci peut s’étendre à toutes populations et territoires dans la mesure où ils rentrent dans ses normes de conformité. C’est comme cela qu’est conçu l’assimilation de ceux dont les différences sont ignorées.

Le nationalisme considère que la Nation est la propriété de ses membres et leur confère privilèges et protection. Il est ainsi inquiété par les emprises extérieures et les immigrations étrangères qui ne peuvent être tolérées que si elles respectent ces prérogatives. Sinon, leur marginalisation est impérative dans les ghetto que l’on connait.

Ces deux modèles conflictuels sont historiquement imbriqués dans des formes politiques multiples où le rapport aux étrangers n’est pas si différent et où le colonialisme en d’autres temps faisait quasi unanimité.

Avec l’évolution des esprits, et l’ouverture au monde un autre modèle est envisagé, une sorte de multi-culturalisme à la française où l’égalité devient droit de cité des différences, reconnues comme identités équivalentes dès lors qu’elles peuvent se réclamer d’une origine victimaire. Ce sont « les minorités«  qui constituent des communautés citoyennes en droit de « pouvoir d’agir », c’est-à-dire capacité à revendiquer leurs droits dans un rapport de force avec toutes les autres et en particulier ce qui faisait communauté nationale. Ce modèle ne peut que susciter des réactions défensives des précédents qui sont déjà à l’oeuvre. (Contrôle de l’Etat central, protectionnisme).

En même temps la société civile à la croisée de ses multiples racines culturelles et de son ouverture au monde commence à revendiquer une implication dans la participation active aux affaires communes. Le thème de la démocratie participative y a contribué même si son immaturité en a été sanctionné par l’échec à peu près systématique lorsque ce n’était pas simple simulacre. Cependant l’aspiration à une plus grande autonomisation et à la participation aux affaires communes font émerger un autre modèle de société. Combattu par les trois autres il lui faut trouver ses voies et moyens pour acquérir un maturité indispensable.

La démocratie communautaire est autant nationale qu’internationale ou locale lorsqu’elle est territoriale. C’est cependant aussi un modèle pour des communautés non territoriales, organisations, activités, projets, enjeux communs. Elle repose sur un principe : la recherche du bien commun à toutes les échelles communautaires.

Démocratie communautaire et participation des habitants.

La participation des habitants se doit d’être située dans une communauté de référence dont ils peuvent s’approprier la recherche du bien commun. Ce seront des quartiers, des projets d’intérêt commun, des villes et au-delà, à toutes les échelles. Habiter ensemble est alors aussi un engagement de l’avenir, d’un devenir commun comme aussi tout projet qui ne s’achève pas dans sa réalisation mais dans les visées communes qu’il poursuit.

La participation des habitants aux affaires communes ne peut se faire que par une approche d’appropriation active (ni simple adhésion, ni appropriation passive, ni revendication conflictuelle).

Dans le domaine territorial il s’agira de développer des communautés territoriales majeures et des projets d’intérêt public. Il faut insister sur le fait que cette maturité des communautés impliquées vise aussi leur participation à des communautés plus larges comme la considération de toutes les communautés transversales ou locales.

Le développement communautaire de territoires ou de projets réclame trois conditions impératives qui sont souvent négligées.

– L’instauration ou la restauration d’un identité commune mobilisatrice. Elle doit pour cela avoir des racines rétrospectives, une identification introspective de qualités et de valeurs communes singulières, une projection dans le futur désirable ou identité prospective. C’est comme cela que s’exprime le Sens du bien commun tel qu’il a pu être élucidé au préalable (méthodes d’analyse de cohérence culturelle).
– La création d‘une dynamique humaine d’implication et d‘apprentissages progressifs qui se traduise par une intelligence collective des affaires communes, une créativité et des compétences associées. La démarche présente un caractère d’apprentissage qui ne peut être seulement ponctuel mais vise à franchir différentes étapes de maturité, ce qui caractérise la poursuite d’un bien commun d’autonomisation responsable.
– Le développement d’une gouvernance démocratique appropriée à la communauté. Cette gouvernance démocratique ne peut qu’être le fruit d’une expérience et d’un apprentissage progressifs. Une communauté majeure doit se gouverner y compris dans ses rapports avec d’autres communautés mais sa gouvernance dépend du niveau de maturité communautaire.

La gouvernance communautaire des communautés majeures.

Elle comporte trois dimensions articulées.

Une démocratie élective pour la désignation d’une personnalité incarnant le Sens du bien commun pour en constituer le repère, oeuvrer au consensus et indiquer la direction. Le mode de choix ou de désignation (élection) dépend de chaque communauté, sa culture et de son niveau de maturité.

Une démocratie représentative qui représente les différentes populations, groupes et acteurs de la communauté afin de constituer (concevoir et établir) les références communes en termes de règles, de projets, de cadres institués, de stratégies, en cohérence aussi avec la participation à d’autres communautés plus vastes.

Une démocratie participative qui n’est autre que la participation des habitants, groupes et acteurs aux actions et activités communes, depuis leur définition, leurs réalisation, et leur évaluation. Cette participation active s’appuie sur les références communautaires et sur tous les concours ou services qu’elle peut solliciter (publics ou privés). Sans les références communautaires et sans les concours sollicités la démocratie participative reste un leurre entre naïveté immature et déviances opportunistes.

Dans une communauté en cours de développement les différents niveaux de démocratie doivent faire l’objet d’assistances ou de substituts temporaires selon leur niveau d’évolution (Chefs de projets, comités de participation…).

Les conditions de mise en oeuvre

Elles dépendent du niveau de maturité de la communauté initiatrice (ex : la ville pour le quartier ou les projets publics) et se traduisent par un mode de gouvernance des projets participatifs.

Ignorance des processus de participation communautaire

Les actions sont alors ponctuelles et semi-clandestines. C’est le cas le plus fréquent actuellement, ce qui pose des problèmes de pérennité.

Orientation vers un participation communautaire

Ce sont des projets ponctuels de concertation ou de développement communautaire de quartier qui réclament une volonté politique suffisante pour en assurer la pérennité dans un milieu fondé sur d‘autres logiques.

Mise en oeuvre d’un management par projets communautaires

Comme le management par projet il consiste à confier à un pôle de compétence la conduite des projets et des actions publiques. Il s’appuie sur les services qui sont soit des services supports soit qui assurent le fonctionnement administratif et technique quotidien. Ici le pôle de compétence est constitué principalement de chefs de projets généralistes particulièrement formés au développement communautaire et à la conduite des dynamiques humaines d’appropriation active.

Choix d’un nouveau mode de gouvernance pour la communauté initiatrice (ville etc.)

C’est toute la gouvernance de la cité qui est alors à revoir avec les trois niveaux : de démocratie élective (ex : le maire), de démocratie représentative (les élus et d‘autres représentants de la cité), de démocratie participative pour toute l’activité et l’action communautaire. Un tel mode de gouvernance, adapté à chaque communauté, ne peut résulter que d’un processus de développement communautaire à ce niveau.

Roger Nifle 14 Février 2014

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Quel modèle de société ?

Quatre modèles de société

La mise en question du modèle de société dans notre pays est de plus en plus patente. Différents rapports sur l’intégration en sont des analyseurs. Deux modèles sont d’ores et déjà en conflit, l’universalisme républicain et le différentialisme.

Le modèle rationnel. L’universalisme Républicain est devenu une prétention exorbitante au point de vouloir s’imposer au monde entier. Justifié par une interprétation opportuniste des Lumières et de la Raison il fait de la rationalisation de la cité un idéal. Seulement une organisation rationnelle tutélaire y exerce le pouvoir : l’Etat. En fait c’est une oligarchie élitiste qui gouverne à partir de ses bonnes Raisons, et de son monopole de la détermination et du jugement de l’intérêt général. Cet universalisme de la raison supérieure réduit ce qui fait la singularité de chaque être humain et chaque communauté culturelle à ses normes, uniformes. C’est donc là un anti-humanisme qui fait de l’accessoire, la raison, l’essentiel et de l’essentiel de l’humanité en l’homme une tare à éliminer… C’est pour cela que l’émancipation de toute origine et racine culturelle, familiale et religieuse, leur éradication est posée publiquement comme finalité de l’école et le conditionnement normatif aux productions de la raison comme la méthode de formatage et de sélection des élites. Cet universalisme abusif crie au loup dès qu’il faut prendre en considération quelque différence non dûment rationalisée. Ce projet est toujours à l’oeuvre au nom de l’égalité, une « valeur » dénuée de rigueur conceptuelle en l’occurrence. Dans ce modèle il y a la société civile, une société inférieure, sous tutelle y compris ses prétentions démocratiques. C’est le terreau sur lequel prélever des ressources, exercer un contrôle normatif, ruser avec les passions, justifier ses fonctions propres, et jouer avec des libertés fantasmées conçues comme accès aux droits distribués par l’Etat et sous son contrôle. Les étrangers sont invités à se fondre dans cette société civile et toute communauté est suspecte ce qui fait que le lien social est sous la dépendance de l’Etat et la foule de ses structures intermédiaires et associations en mission de service public c’est-à-dire de l’Etat. On notera que l’assistanat est indispensable pour tenir en dépendance la société civile, qu’elle soit bénéficiaire ou ponctionnée, ou les deux.

Le modèle passionnel. Le différentialisme. La révolte contre le système précédent se fait au nom des différences et de la conflictualité attachée à leurs revendications ou leur défense. Les hommes sont identifiés à leurs passions et leurs rapports de force justifiés par des différences apparentes forcément inégalitaires. Chaque groupe s’identifie à la défense de ses intérêts et leur légitimité historique. Celle-ci vient de l’oppression des autres groupes, alliés quelques fois dans quelque conflit mais adversaires par réduction aux différences patentes et leurs conflits existentiels. A certains d’origines étrangères on donnera un pouvoir d’agir qui serait plutôt « pouvoir de réagir contre »… les autres. D’autres verront dans le multiculturalisme une menace pour leur identité propre pendant que d’autres le revendiquent. D’autres encore, réunis en groupes d’intérêts corporatistes chercheront à gagner contre tous les autres. Des communautés d’identité défensive alimenteront le fameux communautarisme par leur intégrisme ethnique, religieux, philosophique ou même économique. Le régime des passions est aussi celui du populisme. On notera que le peuple est appelé à se révolter contre l’oppression désignée, celle des autres qui n’en font pas partie. De ce fait les « milieux populaires », le peuple de gauche ou de droite, sont convoqués à cette résistance ou cette révolte en solidarité avec d’autres communautés discriminées avant de combattre contre leurs prétentions. Des mouvements comme le féminisme, le LGBT, les ex colonisés, les antirascistes ostracistes, les racistes exclusifs, alimentent un populisme généralisé ou chacun se juge l’opprimé de l’autre et légitime ainsi sa défense et ses attaques. Ce modèle de société qui a eu ses heures de gloire avec la lutte des classes et les conflits mondiaux du siècle dernier reste toujours agissant, celui de tous contre tous, de l’autre comme menace. C’est l’un des modèles jugé réactionnaire par le modèle universaliste étatique dit républicain.

Mais ces deux modèles ouvrent sur une autre alternative décisive, la voie de la facilité ou la voie de l’exigence humaine.

Le modèle naturel. Les lois de la nature des choses régissent les affaires humaines croit-on. Alors n’ayant de cesse de dénoncer les atteintes de l’homme à la nature par tous les actes de civilisation et de progrès matériel consommatoire, le retour au naturel est le leitmotiv d’une néo modernité. Vie naturelle, empreinte minimale, respect des besoins naturels et des comportements instinctifs, valorisation de l’enfance et des âges premiers, bons sentiments, relations spontanées, sont autant de critères de bonne conscience où la biologie fait figure de sacré. La vie est un jeu que les autres sont invités à partager. Mais la nature des choses s’exprime aussi dans les lois scientifiques, sociologiques, technologiques même. Dès lors de nouveaux modes de vie respectueux des évolutions biologiques, bio technologiques, d’une économie naturelle dans ses lois et ses productions durables intègrent aussi des relations dégagées de morales et d’exigences qui n’ont pas lieu d’être selon la nature des sentiments et des besoins ressentis. Ce modèle qui s’exprime dans des milieux de proximité ou dans des mouvements mondialisés, dans le local et le global, rejoint le rapport quasi religieux à la terre et à la planète reliées par des systèmes qui tissent les liens d’un transhumanisme, ou d’un post humanisme pour d’autres. La conscience comme évidence collective, se débarrasse des exigences et des disciplines de maîtrise de la nature et de la nature humaine et s’érige en éthique de la nature. Dès lors, au nom de la nature des choses ou des pulsions, toutes les monstruosités sont possibles. Rappelons-nous la place de l’éthique naturaliste dans le nazisme ou de l’éthique sociale égalitaire du stalinisme. Ce ne sont pas des accidents mais les conséquences d’un déni d’humanité.

Le modèle communautaire. La communauté de bienveillance veille au bien de chacun et au bien commun. Comment penser bien commun sans une communauté, une conscience collective, un Sens donné au bien commun qui soit le bien de tous parce que celui de chacun. Le bien humain est dans son devenir, ce que vivre veut dire qui n’est pas survivre. Veiller au bien ce n’est pas autre chose que veiller à ce devenir. Bienveillance nourricière, éducative, économique, politique telle est la responsabilité de chacun et le service qu’il reçoit de la communauté et des autres. Ainsi chacun est à la fois source de bienfaits pour la communauté selon ses potentiels et singularités et à la fois bénéficiaire de bienfaits de par la communauté et les autres. Mais chaque petite communauté est aussi membre de plus grandes et fait l’objet de bienveillance de même que l’on peut attendre sa bienveillance à l’égard de la communauté plus grande et ainsi jusqu’aux plus grandes, territoriales ou non. C’est ce qui permet la diversité culturelle, religieuse et l’altérité des personnes dans un rapport réciproque de bienveillance mutuelle au sein de communautés de devenir. Penser le rapport de bienveillance qui est un respect mais orienté vers un devenir commun et aussi singulier, amène à penser toutes ses formes et ses pratiques, ses degrés et ses déviances. La communauté de bien est donc la base de toute société et de toutes les affaires humaines lorsque le bien humain est le critère de valeurs et donc d’éthique c’est-à-dire un humanisme véritable. Le modèle communautaire n’est pas un angélisme puisque toujours à l’oeuvre au travers de toutes les affaires et les situations humaines. Il est cependant le seul capable de les réguler en rapport avec un Sens du bien commun associé au développement et l’accomplissement humain. Politique et démocratie, économie et activités, éducation et développement sont tous à penser et réaliser sous le régime de la bienveillance, non sans exigences de réciprocité. C’est bien sûr comme cela que doit être accueilli tout autre, nouveau né ou étranger, personne ou communauté.

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Elire un président, oui mais pour quelle république ?

La république est-elle une entité sacrée et universelle ou bien un mode de gouvernance de la société? Est-elle un contre pouvoir ou un pouvoir dominateur ? La république est-elle synonyme de démocratie ou de régime totalitaire. Les références historiques gréco-romaines, les discours révolutionnaires et post révolutionnaires, l’expérience des «républiques populaires» et la comparaison des multiples modèles contemporains montre qu’il n’y a pas une seule définition possible. Chacun peut l’interpréter dans le Sens qui lui convient légitimant ses projets et ses désirs, ses valeurs, ses ambitions et ses croyances.

Au moment d’élire un président de la république on pourrait penser que le choix porte sur le meilleur de ceux qui incarnent les valeurs et enjeux de la république. C’est le cas en période pacifiée où le consensus national républicain permet ce type de choix. Si ce sont plusieurs conceptions de la république qui sont en jeu il y a alors un enjeu implicite de refondation, de remise en question.

Nous y sommes. Non pas que ce soit nouveau dans l’histoire de notre pays mais, hormis dans des périodes de crise, la question ne s’est pas posée explicitement, chacun cultivant implicitement sa conception derrière un conSensus supposé. Les références au Conseil National de la Résistance, plus de 65 ans après sont à prendre soit comme un repli conservatoire soit comme l’émergence d’une remise en question radicale. La mutation de civilisation, les turbulences du monde actuel qui avance de crises en crises ébranlent les croyances sur le plan symbolique et les structures sur le plan politique et économique.

L’élection du président de la république est ainsi l’élection d’un type de république que les candidats incarnent chacun. Pour préparer son choix ou en comprendre les implications, une typologie des conceptions de la république, du point de vue de la culture française serait bien utile. Cette typologie peut-être aussi utilisée pour comprendre les rapports avec le monde actuel et l’Europe en particulier.

Pour cela une analyse des Sens et cohérences de la culture française (Travaux de l’Humanisme Méthodologique – 1981) http://journal.coherences.com/article302.html permet de construire cette typologie ou du moins d’en donner quelques repères.

On donnera d’abord quatre constituant deux couples antagonistes et ensuite leurs croisements qui dessinent quatre types de républiques qui occupent l’esprit des français et sous-tendent les positions tenues.

Les repères

La république authentique : la gestion démocratique des affaires communes
à l’inverse :
La république dogmatique : modèle idéologique totalitaire de référence

La république révolutionnaire : L’opposition radicale aux pouvoirs établis
à l’inverse
La république organisatrice : L’édification d’un Etat de droit

Les conceptions explicites ou implicites des candidats.

La république dogmatique révolutionnaire : Les extrémismes manichéens et fascisant

Au nom de cette république on entend la fureur, dénonciatrice d’un système assimilé à quelque connivence avec le mal. Evidemment les tenants de cette république manichéenne se portent mutuellement une haine qui les engage à se détruire les uns les autres comme au bon temps de la guillotine pour trancher les sujets à coup de justice et de morale expéditives. Leur conception de la démocratie est plutôt celle de la rue et ses hurlements que celle de la délibération des citoyens. Est-ce que cela s’appelle populisme? Alors être président de la république n’est ce pas être le prochain décapité ? On sent d’ailleurs souvent d’étranges reculs des candidats affichés. Sont-ils à la tête de «partis de gouvernement» ?

La république organisatrice dogmatique : L’Etat jacobin et les oligarchies

La démocratie a souvent été assimilée au gouvernement de notables constituant une aristocratie hiérarchisée et auto-légitimée. L’Etat jacobin, maintenant en crise, en a poussé l’organisation à des sommets de rationalité étendant son pouvoir sur toutes les sphères de la société. Rationalité scientifique, juridique, économique, administrative, tout cela justifie une oligarchie et sa morale élitiste, c’est-à-dire qui confond élite et pouvoir, raison et pouvoir. La Raison d‘Etat y a toujours raison. Alors que vient faire un président de la république ici ? Se vouer à la défense de l’Etat dont il n’est le chef que pour cela. Le service de l’Etat est alors considéré comme étant celui de l’intérêt général et donc ne se discute pas. Au passage, république ou pas cela ne change rien sauf les sacralités idéologiques justificatrices invoquées.

La république authentique révolutionnaire : La défense du peuple contre les puissants

Le souci exclusif des plus pauvres, des plus faibles, des déshérités, des handicapés, fait de la république une «république providence». Il est d’ailleurs étrange que l’on parle d’Etat providence alors que ce sont les «partenaires sociaux» qui géraient seuls les dispositifs de «sécurité sociale». Au-delà des frontières le champ de son dévouement exclusif aux «pauvres» est assimilés à la protection et la défense des peuples contre les tyrans c’est-à-dire les pouvoirs en place. C’est ce qui fait de cette république revendicatrice une machine de guerre contre le pouvoir établi et non pas une méthode de résolution des problèmes. La république des bons sentiments sert les intérêts des bonnes consciences. La surenchère électorale, en dépit de la question du Sens du bien commun remplace la communauté nationale par la figure morale du peuple forcément opprimé. Le candidat président, comptable des affects, chercherait-il dans un bain de souffrance un brevet de sanctification?

La république authentique organisatrice : La construction d’une nation exemplaire

La communauté nationale est constituée par la participation à un projet commun qui mobilise conscience collective, intelligence collective, compétence collective. Ce projet est celui de l’élaboration et l’exercice d’une gouvernance communautaire démocratique. Il conjugue les réalités locales des français et de leurs communautés de vie et d’activités avec les réalités globales du monde actuel et celles des communautés de voisinage comme avec l’Europe. C’est comme cela que l’on peut dire que le projet national est avant tout un projet «politique» et la république son incarnation. Le président de la république, chef de l’Etat national en est comme le chef de projet. On en attend les propositions faites aux français des enjeux et de la méthode qui les mobilisera, en fonction de leurs situations dans le moment présent et pour le futur. Alors espérons les projets de gouvernance démocratique des enjeux communautaires pour une république du 21 ème siècle à l’ère de l’expression généralisée des cultures et des moyens de communication communautaires.

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Comment construire une démocratie majeure

Le propos ici est de répondre à une problématique de plus en plus prégnante alors que les conceptions traditionnelles semblent devenues obsolètes. Le deviennent aussi heureusement des conceptions tyranniques du pouvoir mais aussi des conceptions technocratiques, juridiques ou administratives notamment. Le sont aussi, tout en prétendant à une nouvelle modernité, les conceptions totalitaires, systémiques, naturalistes, qui font rimer démocratie avec abandon de tout libre arbitre et, en définitive, de toute humanité véritable au profit de «lois naturelles incontournables».

Du coup, s’il est de plus en plus urgent de construire de nouvelles démocraties il faut renouveler aussi d’urgence les conceptions et les pratiques.

Le but de cet article est de donner des repères, des clés indispensables pour traiter le problème. Il est bien évident que cette présentation schématique doit être étoffée par toute l’épaisseur d’une pensée et d’une ingénierie humaine, celles de l’Humanisme Méthodologique. La complexité de la question et la diversité de ses domaines d’application ne peuvent continuer à recourir à des idées simplistes ou à des formalismes de plus en plus dénués de sens intelligible. Les querelles sont plus souvent les masques d’une manipulation des esprits qu’une véritable recherche de progression de la question.

La question démocratique va être balisée par des repères majeurs, des clés indispensables au temps où nous sommes, au moment d’une mutation de civilisation c’est-à-dire aussi du dépassement d’une civilisation antérieure avec ses crises et ses troubles. Il ne s’agit pas de recommencer comme avant comme trop de nostalgiques du passé le préconisent, surtout en Occident, pour éviter de se remettre en question.

Construire une démocratie majeure c’est un enjeu pour un nouveau temps fondé sur de nouvelles bases schématiquement données ici.

On envisagera trois questions et leurs réponses, nouvelles pour beaucoup. Où se pose la question de la démocratie? En quoi consiste la démocratie ? Comment développer une démocratie majeure.

La démocratie c’est où ?

La question démocratique ne se pose que dans une communauté donnée. Que l’on parle de peuple, de société, d’organisation, de collectivité, la démocratie est une affaire de communauté humaine, de nature humaine donc. Toute communauté humaine est concernée par la question démocratique et est appelée à développer tôt ou tard une démocratie majeure. S’il n’y a pas d’identification commune à une communauté de devenir il n’y a pas de démocratie possible n’y ayant pas, par exemple, de vouloir commun auquel participer.

Quelles communautés ? Nous allons donner toute une variété d’exemples.

La Libye au premier rang en ces jours où elle se donne des échéances pour y arriver. L’Egypte, la Tunisie on le sait mais aussi cela se joue au Maroc, en Jordanie ou des progrès s’enregistrent. Bien sûr la Syrie est à l’ordre du jour mais que dire de l’Iran, de la Chine, et de tel pays où l’Etat prétend s’imposer à la nation. L’Europe, les pays européens, l’Afrique, les Amériques. On le voit toutes les nations du monde sont concernées et aucune ne peut se dire avoir une démocratie aboutie surtout celles ou les incantations dominent le discours public en la matière. Sont concernés les ensembles nationaux comme l’Europe mais aussi ceux d’Asie comme d‘Amérique et les multiples configurations destinées à traiter des affaires communes, c’est-à-dire communautaires. Que dire alors de l’ONU qui ne sait si elle est une union ou une communauté, comme d‘autres, comme l’Europe. Et pourtant on ne peut pas dire que la question démocratique ne se pose pas partout où une conscience commune du bien commun se fait jour, c’est-à-dire une communauté de devenir.

Changeons d’échelle pour penser à des communes, à la ville et à ses quartiers là où on vit ensemble. Il y a des communautés de communes et dans notre pays des communautés d’agglomérations, des pays, des départements, des régions. Il y a aussi des inter-régions entre nations proches. Autant de communautés où la démocratie est en question.

Dans une autre registre les entreprises, les institutions, les organisations, les associations, les groupements d‘activités sont autant de lieux où la question de la démocratie est posée même si c’est de façon embryonnaire et que des solutions viables restent à inventer et à construire. On ne savait pas encore très bien en effet concilier démocratie et efficacité.

D’une façon générale la multiplication des communautés née de possibilités relationnelles inconnues auparavant avec internet repose la question à toutes sortes de niveaux et, on le verra, surtout des niveaux de maturité. La trame communautaire de notre monde en est au début d’un bouleversement sans précédents et personne ne peut dire que cela n’a pas une incidence sur chacune des communautés citées. La question de la démocratie se pose partout.

L’énoncé des tous les cas précédents amène à considérer un fait majeur c’est que toutes ces communautés ne sont pas isolées. Mieux elles sont elles-mêmes constituées de communautés qui participent plus ou moins à leur propre devenir. De même elles participent à d‘autres communautés qu’elles contribuent à constituer. Il faut impérativement considérer la théorie des ensembles communautaires, communautés de communautés comme aussi communautés de personnes. Notons ceci ; une personne peut participer successivement ou simultanément à plusieurs communautés et ce sera de plus en plus vrai, posant la question de sa liberté et de la maturité de ses participations. Une personne qui participe à une communauté peut être partie prenante d’une autre communauté qui appartient à la première ou y contribue. Si une communauté est constituée de plusieurs groupes, des personnes de la communauté peuvent participer à plusieurs de ces groupes et donc de plusieurs manières différentes à la démocratie communautaire. Ce sont des personnes mais aussi des communautés qui participeront aux processus démocratiques.

Si cette complexité dépasse l’entendement de beaucoup d’idéologues elle correspond à des réalités humaines de plus en plus patentes. Prenons le cas de l’Europe (qui ne sait si elle est union ou communauté) où la démocratie européenne reste assez pauvre et se concilie difficilement avec les communautés nations et encore moins les communautés régions et les autres. La communauté nation France ne sait comment faire avec ses communautés d’étages et une démocratie qui en intègrerait intelligemment la diversité.

Il faut dire que pour cela il faut repenser ce qu’est la démocratie, en quoi elle consiste. En France l’interdit de penser la démocratie va avec l’interdit de penser la communauté, les communautés, le seul lieu où se pose la question démocratique.

La démocratie c’est quoi ?

La démocratie à minima c’est la participation des hommes à la détermination de leur devenir et pour cela aux affaires communes dans les communautés où ils s‘inscrivent.

De là deux questions majeures se posent; celle d’abord de la capacité d’appréhender les questions en jeu et les modes de participation démocratique associés, celle ensuite des enjeux auxquels la démocratie est confrontée. Ni l’une ni l’autre ne sont tout à fait claires et sont pourtant déterminantes pour définir la démocratie. Ce sont des aspects essentiels du phénomène humain qu’est la démocratie qui dépendent donc et de la conception de l’homme pour concevoir la démocratie et de la conscience que l’on peut en avoir.

Le premier axe de réflexion est celui des niveaux de participation à la communauté, des niveaux de conscience associés et des niveaux de maîtrise des affaires humaines correspondants. Si la démocratie est une participation à cette maîtrise alors c’est un critère discriminant des modes de contribution démocratiques.

Grâce à l’anthropologie de l’Humanisme Méthodologique on peut distinguer quatre niveaux, correspondant à quatre «âges d’évolution».

Le premier est celui de l’âge archaïque. C’est celui d’une participation principalement émotionnelle à la communauté faite de peurs, de passions, d’émois, de confusions, de répulsions, tout cela étant à la fois très «influençable» ou très lié à des problématiques personnelles et culturelles inconscientes ou encore à des évènements éprouvants. C’est notamment le terrain de ce qu’on appelle une démocratie d’opinion aux mains d’acteurs qui font assaut de machinations au service d’un pouvoir sur les populations. Ici la démagogie tiens lieu de démocratie. C’est le terrain des dominations, des tyrannies, des pouvoirs médiatiques. Une communauté de ce niveau est en voie de perte totale de maîtrise, associée à une dégradation communautaire. La seule solution par rapport au devenir c’est l‘intervention extérieure, bienveillante, qui trace et permette un chemin de reprise de conscience communautaire et d’apprentissage d’une voie de progression. Il s’agit là de communautés en régression, ou de communautés encore prises dans un «bain affectif originel», ou encore de personnes dans cette situation dans une communauté évoluée et même de personnes «évoluées» embarquées dans un pathos régressif. On voit que leur participation n’est pas possible et qu’une forme de tutelle ré-éducative doit être assurée chaque fois que possible.

Le second est l’âge primaire. La participation à la communauté se fait au travers des activités liées à la vie collective touchant à la subsistance, à la production, à l’organisation, au fonctionnement. C’est tout le domaine de l’action communautaire et des réalisations qui contribuent aux enjeux collectifs. C’est là que les membres de la communauté peuvent être dits des acteurs. Les acteurs de la communauté, individus ou même groupes et communautés, peuvent avoir un niveau de maîtrise correspondant à leur action et leur compétence. De ce fait le champ de participation est limité aux domaines où les acteurs peuvent accéder et c’est là le domaine de la démocratie participative. Le grand principe c’est que ce sont les acteurs qui agissent et c’est là leur statut démocratique à la mesure de leur champ d’action. La participation aux affaires de la communauté à ce niveau commence donc avec la conception ou la définition des actions, leur participation aux réalisations et l’évaluation. Trois considérations complémentaires. La dimension affective et émotionnelle, toujours présente, doit être dominée par la maîtrise des activités et des utilités communautaires. La participation démocratique à l’action et l’activité communautaire est évidemment perfectible et fait l’objet d’apprentissages éducatifs dans toutes les communautés évoluées que ce soit des enfants mais aussi tout au long de la vie. Enfin c’est grâce à un autre niveau de conscience qu’une vue d’ensemble des enjeux communautaire deviendra possible sans quoi l’action communautaire risque d’être sans cohérence et la démocratie participative en partie un leurre.

Le troisième âge d’évolution est l’âge secondaire. C’est celui, en principe, de la civilisation d’où nous venons. Ce qui en est l’enjeu ce sont les représentations partagées, représentations de la communauté, son identité, représentations de son histoire, passé et futur, représentations de ses projets, de ses stratégies, de son développement. Cela réclame un niveau d’évolution, de conscience et de maîtrise plus avancé à la mesure cependant de l’importance des communautés en question. Pour une petite communauté c’est plus accessible que pour un pays ou même des enjeux internationaux ou mondiaux. La démocratie ici est représentative. Elle doit être assumée par des représentants capables d’assurer cette maîtrise des représentations. Il s’agit pour cela d’un travail de délibération, de formulation, de communication, de conception, de créativité. L’erreur peut-être de confier cela à une élite d’expertise, d’Etat par exemple. Si cette expertise est utile c’est pour servir la démocratie représentative et pas s’y substituer. La démocratie représentative est faite du rassemblement de représentants mais aussi de tous les dispositifs dont ils ont besoin pour délibérer des projets et stratégies de développement communautaires. Ces représentants, pour être représentatifs, doivent représenter les multiples populations concernées et ce notamment au travers des groupes et communautés où elles s’inscrivent en tant qu’acteurs. Une représentation territoriale n’a aucun sens si elle n’est pas rattachée à une communauté identifiée.

La démocratie représentative travaille plutôt sur le moyen terme et permet ainsi de donner un cadre stratégique à la démocratie participative centrée sur l’action ponctuelle. Pour qu’une telle démocratie participative soit pertinente il faut qu’elle soit orientée par le Sens du bien commun de la communauté. Tout autre Sens ne justifie pas une démocratie qui resterait un leurre.

Nous sommes maintenant au niveau tertiaire où l’enjeu est le discernement et l’indication du Sens du bien commun par une personne qui l’incarne. Un noeud de difficulté et d’incompréhension vient d’un défaut de conscience de Sens. Le Sens du bien commun est inhérent à la communauté et ne résulte d’aucune délibération. Par ailleurs depuis toujours, toutes les communautés s’arrangent pour trouver une personne pour incarner ce Sens. Toutes sortes de procédés sont utilisés qui se traduisent toujours par une sorte d’élection, élection formelle d’un candidat selon un processus culturellement significatif ou reconnaissance et acceptation de celui qui tiens un rôle culturellement significatif. C’est là la démocratie élective, la reconnaissance implicite du Sens du bien commun de la communauté par la recherche et l’acceptation explicite d’une personne qui l’incarne. A l’âge des représentations on n’a pas accédé à une intelligence du Sens de cette démocratie en en faisant souvent des caricatures qui débouchent sur autre chose que l’indication du Sens du bien commun. Il n’est que de voir la place de cette question du Sens du bien commun et des processus culturels de son élection dans les conceptions en vigueur de la démocratie.

Par ailleurs une certaine maîtrise des représentations les a cru suffisantes avec la maîtrise de la raison et de ce fait en est venu à disqualifier ce rôle central en en faisant une représentation accessoire. Il y a aussi les conceptions plus immatures qui considèrent que la personne élue est une autorité forcément nuisible et donc à éliminer. Malgré cela soulignons qu’aucune communauté ne s’en passe, quelque soit l’artifice pour le justifier. Songeons à toutes les communautés citées au début et nous verrons quelle en est la situation sur ce plan. La démocratie participative s’appuie sur l’incarnation du Sens du bien commun de la communauté par le biais d’un rituel culturel de démocratie élective. Elle y trouve l’orientation qu’elle doit ensuite projeter en projet développement, stratégies et autres représentations de l‘avenir de la communauté au travers des affaires communautaires.

C’est là la seconde question initialement soulevée, celle des enjeux de la démocratie pour la communauté. On en voit la construction et l’architecture à laquelle est adossée la démocratie sous ses différents aspects. L’orientation communautaire d’abord, le projet et la stratégie de développement communautaire ensuite, l’activité communautaire enfin.

L’orientation de l’avenir selon un Sens du bien commun propre à la communauté, est l’enjeu de la démocratie élective celle uniquement des personnes membres de la communauté. Vient ensuite sa projection au travers de multiples représentations, celles du développement communautaire et toutes les règles ou plans qui le dessinent. C’est la place de la démocratie représentative. On notera que la démocratie élective désigne des personnes qui peuvent aussi représenter la communauté dans un ensemble communautaire plus vaste. Vient ensuite le plan de l’action collective ou des multiples activités qui contribuent au développement commun, champ de la démocratie participative où interviennent les personnes et aussi par exemple leurs communautés de travail et de services. Restent les plans plus archaïques de la vie communautaire qui réclament une prise en charge et un contrôle qui sont la condition de la possibilité même d’une démocratie.

La démocratie comment ?

On conçoit qu’il y a une infinité de situations selon que l’on se trouve dans des communautés de différentes natures et de différentes tailles, d’histoires et de cultures différentes. Les ensembles communautaires amènent aussi leur complexité. On notera ici les conditions nécessaires et des moyens de construction de la démocratie communautaire.

Tout d’abord l’identification de la communauté. Cela ne va pas toujours de soi dans la mesure ou la désignation d’une communauté tiens aussi de son histoire et sa culture. Elle est indispensable pour que le Sens du bien commun en soit éclairé et exprimé de façon à ce qu’il puisse être approprié de façon gratifiante et mobilisatrice. L’identification à la communauté au «nous» est indispensable pour qu’une démocratie majeure puisse s’exercer. C’est donc un enjeu prioritaire de toute construction ou reconstruction démocratique. La construction de référentiels de valeurs identitaires ou opérationnels est un bon moyen d’appropriation. Cependant il faut être en mesure d’élucider ce Sens du bien commun vecteur culturel d’un développement communautaire mais aussi de ses valeurs, richesses et potentiels. Ce qui se faisait intuitivement ou par le charisme d’un homme peut se faire de façon plus sûre grâce à la théorie des cohérences culturelles et aux méthodes d’analyse de cohérences culturelles et tous les moyens d’intelligence symboliques déployés par L’Humanisme Méthodologique. Désigner la communauté et la présenter sous son meilleur jour est la condition et le moteur d’un processus d’identification nécessaire à la démocratie. On remarquera que lorsque ce sont des penchants plus négatifs, combatifs aussi, qui sont mis en avant cela contamine le processus démocratique ultérieur, Une victoire par exemple suscite une identification polémique qui en fera une démocratie de combat plutôt que de développement. La glorification des tares est un boulet pour la démocratie. Là une aide extérieure peut être précieuse pour aider la communauté à s’identifier, le regard des autres étant aussi un vecteur puissant.

Cependant, l’identification ne doit pas faire abstraction d’autres identifications de communautés plus proches, plus familières. Les régions pour la nation, les nations pour l’Europe, mais aussi toutes les configurations que l’on retrouve dans les pays ou toutes les autres sortes de communautés. Il est capital d’articuler la communauté avec les communautés qui la constituent et celles auxquelles elle participe. Par quoi commencer ? Par ce qui est le plus accessible et qui servira de soutien pour aller plus loin la réponse n’est pas la même en Libye ou en Tunisie, ou dans tel ou tel ensemble communautaire. C’est une question de niveau de maturité, pas forcément de simple sentiment d’appartenance. On notera qu’une communauté doit être suffisamment avancée dans son identification pour pouvoir participer de façon majeure à un ensemble communautaire avec d‘autres.

A partir de là les trois niveaux de démocratie sont en jeu mais ne peuvent être généralisés simultanément. Sur le plan opérationnel il faudra commencer par le niveau d’orientation avec une « élection « provisoire venue opportunément assurer cette fonction. Il faudra de toutes façons constituer rapidement ce repère même provisoire, même si cela apparait comme venant d’un homme providentiel». Ensuite il faudra constituer le champ des représentations communautaires, à partir des communautés constitutives par exemple. Cela aussi peut passer par des dispositions provisoires même par l’apport d’expertises externes. Si le premier point et assuré et le Sens du bien commun identifié et explicité alors le développement communautaire peut être engagé sans que la démocratie représentative soit parfaitement établie. Elle réclame en effet un niveau de maturité qu’il s’agit de favoriser par le développement communautaire lui même. Ensuite la démocratie participative peut s’exercer dans la mesure ou un projet cadre est établi. C’est la condition pour mettre en concourance les activités communautaires et permettre aux acteurs de participer au développement communautaire.

Dans un processus de construction de la démocratie, la démocratie participative est la première qui peut se développer à condition que des palliatifs aient été mis en place pour la démocratie élective et la démocratie représentative. Celles-ci seront mises en oeuvre au fur et à mesure de la maturation communautaire et sa capacité de les assumer c’est-à-dire de devenir une démocratie majeure.

Il arrive que L’Etat se substitue à la démocratie. Une idéologie prend la place du Sens du bien commun avec une «élection» fallacieuse. Les expertises se substituent à la démocratie représentative sous prétexte de maitrise des affaires complexes de la nation éliminant du même coup les communautés qui y participent culturellement. Enfin il en vient à réduire à néant la démocratie participative s’arrogeant le monopole de l’action publique. Le résultat est une régression de la communauté aux archaïsmes, ceux du politique et ceux d’une société sous tutelle prise dans les passions et les futilités. Il n’est pas facile d’en sortir sans une identification forte à la communauté selon le Sens du bien commun qui leur est propre et les valeurs culturelles associées (surtout pas universelles et donc anonymes).

La construction de la démocratie va avec le déploiement d’un projet de développement communautaire qui est en même temps le champ d’un apprentissage progressif de l’exercice de la démocratie sous ses différents modes. On peut dire qu’une gouvernance provisoire, basée sur une orientation et une stratégie de développement cadre permettra une appropriation qui commence alors par la démocratie participative celle des acteurs portant sur l’action.

La maturité qui s’en suit permet de s’approprier la démocratie représentative de façon élargie à toutes les représentations des communautés constitutives et à la participation à des ensembles communautaires. A chaque communauté son chemin pour cela.

Ensuite la démocratie élective qui touche au symbolique peut sortir de l’implicite de l’élection des «re-pères» de la nation par exemple. C’est ce que notre époque permet en ouvrant à un âge du Sens, celui d’un Sens du bien commun élucidé, compris et cultivé. Qu’en est-il pour notre pays?

On voit bien que la démocratie repose sur une base participative de l’action communautaire mais qu’elle repose aussi symboliquement sur un principe électif celui de l’incarnation du Sens du bien commun. On a voulu la réduire à une représentativité régulatrice qui laisse la place à une « maîtrise » élitiste des représentations, coupée de sa base participative et de son Sens électif. Du coup on s’est mis à croire que le formalisme était la cause de la communauté et que la démocratie consistait à l’entériner, laissant le champ libre à la démagogie et aux passions qui se développent sous couvert d’une technocratie pseudo démocratique. Ce modèle est malheureusement celui qui est trop souvent préconisé pour construire la démocratie avec les déboires que l’on connait.

En résumé pour construire une démocratie majeure :

1 – Identifier la communauté, son Sens du bien commun et favoriser l’identification aux valeurs qui en sont les indicateurs.

2 – Elaborer un projet cadre de développement communautaire selon le Sens du bien commun avec un dispositif d’élection et de représentation provisoire pour engager un processus d’appropriation et de maturation

3 – Mettre en place la démocratie participative avec les acteurs puis, au fur et à mesure de la maturation communautaire, la démocratie représentative et la démocratie élective selon un processus de gouvernance approprié culturellement.

Cela vaut pour les nouvelles démocraties, les vieilles même séniles, pour les entreprises et les organisations, pour les nouvelles communautés de toutes les tailles et aussi pour les communautés mondes et tous les ensembles communautaires. Le plus difficile sera, pour les communautés qui sont persuadées de détenir la formule, de la défendre contre le reste du monde et même contre leur population, au nom du peuple. Celles-là commencent par nier les communautés ou les font régresser au stade archaïque.

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La crise qui vient, la crise du politique.

Les signes du temps

Devant les soubresauts du système économique et financier les politiques tentent de montrer qu’ils peuvent encore, au nom du politique, instaurer quelque régulation salutaire. Mais les jeunes espagnols ne les croient plus. Ils sont indignés comme on nous invite à exprimer émotionnellement nos désaccords, pris comme des atteintes à la dignité. Le promoteur prend l’exemple du sort fait aux palestiniens par Israel et cite comme référence idéale le Conseil National de la Résistance, au moment où les dispositifs établis alors atteignent leur obsolescence. Les fameuses générations futures en ont marre de la solidarité intergénérationnelle à leur détriment.

Il est tentant surtout en France de faire appel aux mannes révolutionnaires, pour désigner le mal et mobiliser l’agressivité populaire. Seulement une des lumières salvatrice vient de s’éteindre avec fracas. Il s’agissait de mobiliser cette vindicte pour prendre le pouvoir permettant de maîtriser, au niveau qu’il fallait et avec l’intelligence requise, les équilibres et rapports de force de cette grande mécanique systémique de l’économie mondiale. L’intelligence à chuté, il ne reste que la vindicte. Ah si les indignés espagnols franchissaient la frontière pour emporter le président tyran ! Voyez d’ailleurs comment des populations ont réussi à faire chuter leurs tyrans dans ces pays arabes dirigés par des clans qui captaient la richesse à leur profit ! Tunisie, Egypte, bientôt la Libye (zut! notre tyran y serait pour quelque chose?) et d’autres encore. Les jeunes avec tweeter et facebook, ces accessoires si décriés d’internet, ont réussi, sans référence aux pères révolutionnaires et aux slogans congelés. Les uns et les autres mettent en question leurs dirigeants « socialistes » mais on voit bien que cela importe peu. C’est la démocratie en vigueur qui n’est plus crédible, plus réelle disent-ils en Espagne. Pourquoi? Parce que les explications fournies pour justifier les difficultés et les plans de redressement relèvent de systèmes de représentations obsolètes qui ne prennent pas en compte les gens réels et leur vie réelle. Qu’ils soient d’un camp ou celui d’en face c’est pareil, leurs représentations du politique sont obsolètes. Les efforts d’efficacité des uns, les efforts de dénonciation des autres n’y répondent plus. Les diversions du salut planétaire ou celles du salut dans l’entre soi défensif non plus. Ils témoignent de sentiments individualistes banalisés depuis la nuit de la généralisation des privilèges (dans les esprits). Pourtant c’est bien une rupture que voulait notre président (le tyran pour ses adversaires) mais cette rupture voulait surtout réparer des maux structurels de notre pays, maux cachés, non dits, indicibles, la main mise d’un système philosophico-technocratique sur la nation et sur le politique. Ses tenants ont, bien sur, trouvé chez les dénonciateurs du tyran l’alliance opportune pour les défendre de celui qui les tyrannise.

Et pendant ce temps là, des milliards d’hommes voués par les intelligences occidentales au sous développement, se sont permis de réussir, de mobiliser leurs intelligences, leurs motivations, leurs jeunesses pour cette grande aventure qui les voit non seulement espérer dans l’avenir mais le construire à grands pas de croissance. Là bas dans les vieilles consciences acariâtres en quête de décroissance, on les dits exploiteurs vu les salaires versés, pollueurs vu leurs désirs de bouger et de réaliser, épuiseurs de la nature que nous avions si bien su conserver pour les générations futures. Pire ils sont présents sur internet par centaines de millions qui partagent aussi, tout en restant dans leur culture, l’aventure humaine avec tous les autres.

Mais alors si les politiques ne savent plus où est le réel des hommes, si leurs modèles usés et sacralisés sont si impuissants alors on peut s’attendre à une crise plus grande que celle des « subprimes », la crise du politique. Ce n’est pas une crise seulement française mais une de celles où la France a le plus de handicap, ayant remplacé la pensée créatrice par des raisons toujours indiscutables. Alors la réponse serait la démocratie mais, si on écoute les jeunesses en effervescence, une démocratie réelle. Les anarchistes suggèreraient de supprimer les politiques, d’autres de supprimer les riches affameurs. Il y en a qui revendiquent des emplois, mais à quels distributeurs d’emplois? des droits, à quels distributeurs de droits? Faudra-t-il rétablir les politiques et les riches pour qu’ils donnent des réponses? A moins que, comme d’habitude, des avant-gardes éclairées ne prennent la place vu leurs lumières et leurs vertus. Justement qu’en est-il des vertus morales dans les affaires d’intelligence systémique planétaire. Qu’en est-il de la dignité humaine dans les équations mathématiques et biologiques de la nature? N’y aurait-il pas là de quoi s’indigner? Mais s’indigner ce n’est pas revendiquer sa dignité mais l’assumer, ensemble. Voilà donc les nouvelles racines du politique; non pas distribuer de la dignité avec de la soupe populaire ou l’abondance de biens matériels ou intellectuels mais organiser les modes communs de devenir ensemble selon l’expression et la culture de la dignité humaine. La crise du politique doit nous mener à la refondation du politique, une fois déconstruites les certitudes enkystées de nos combattants cacochymes.

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Les élus, la politique et le bien commun 2

Le Sens du bien commun axe de cohérence du politique et de la démocratie.

Chaque communauté territoriale est le lieu d’un vivre ensemble. Mais vivre ensemble pour les humains c’est partager la recherche d’une plus grande humanité au travers du progrès de civilisation, du développement humain, du progrès des pratiques et des moyens de ce développement. Chaque communauté a son propre Sens du bien commun qui lui donne ses meilleures qualités culturelles, ses atouts, sa vocation. La politique c’est d’abord le repère et l’orientation de la communauté dans ce Sens là. C’est là le rôle de l’élu qui l’incarne. Il se trouve investi d’un rôle de référent du Sens du bien commun.

L’élection c’est la reconnaissance, dans la proposition du candidat, de cette volonté, de cette incarnation, de cet engagement personnel. Même si ses positions sont aussi portées par d’autres son élection est toujours personnelle et implique non seulement une position mais une personnalité cohérente. Dissocier personnalité et position politique donne lieu à des hypocrisies dont on voit les dégâts par la suite.

La première fonction du politique c’est d’indiquer le Sens du bien commun, le Sens de l’avenir, par l’élection qui en a été faite. C’est le principe de la démocratie élective. Il se trouve que très souvent cette élection est indirecte, par des représentants eux-mêmes élus dans les collectivités locales.

Il y une autre fonction du politique c’est de dessiner l’avenir sous la forme du projet communautaire. Il indique vers quoi on veut aller ensemble et comment procéder. Il s’agit là de tous les aspects de la vie collective, plus ou moins significatifs selon les communautés et leur culture. Bien sûr il faut tenir compte de la diversité des acteurs de la communauté mais aussi des autres communautés avec lesquelles on partage aussi des enjeux communs. Pour cela il faut des représentants de la diversité des acteurs de la communauté, représentants élus pour leur représentativité. C’est la base de la démocratie représentative articulée avec la démocratie élective.

il y a encore une fonction du politique c’est de contribuer à la réalisation des activités communautaires visant le bien commun dans leur domaine propre, dans le cadre général et sectoriel du projet communautaire. L’erreur a été de penser que c’était au politique de prendre en charge l’action publique. L’action publique ou communautaire est le fait des membres de la communauté, c’est le principe d’une démocratie participative où ce sont les acteurs qui agissent ensemble. Le rôle du politique c’est de faciliter, d’animer, d’accompagner, d’encadrer quelques fois. C’est ce qu’on appelle la gouvernance politique. Si des actions publiques nécessitent une organisation communautaire cela n’est pas la même chose que de prendre en charge l’action publique en dépossédant la communauté de ses propres affaires. C’est le cas avec d’autres conceptions du bien commun ou lorsqu’on considère la population comme mineure nécessitant une tutelle pour décider à sa place. C’est malheureusement la tradition française dominante mais qui sera remplacée bientôt par celle de la démocratie participative avec l’influence de l’évolution du monde, l’autonomisation des personnes et des communautés et les progrès de civilisation auxquels nous participons. Les trois types de démocraties sont liées et l’une ne peut aller sans les autres et certainement pas à la place des autres

Il y aurait bien une quatrième fonction du politique qui serait de prendre en charge la vie des gens dès lors qu’ils ne seraient pas en mesure de l’assumer par eux-mêmes. C’est la conception d’un Etat providence ou d’une administration territoriale qui, d’une part, ignorent le fait communautaire de vivre ensemble un développement commun et, d’autre part, maintiennent les populations, dépendantes à l’état de mineures donnant à une caste d’élites auto sélectionnées le soin et le pouvoir d’en décider. C’est le plus grand conflit interne auquel est confronté notre pays avec un régime technocratique qui tiens en son pouvoir le politique ne serait-ce qu’en le disqualifiant sans cesse.

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